La molécule est au cœur d’une vive polémique. Récemment consacrée par l’adoption de la loi Duplomp, l’acétamipride a cristallisé les débats entre les mondes agricole et scientifique, et suscité une mobilisation citoyenne record sur les réseaux sociaux.
L’acétamipride, c’est quoi ?
L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, insecticides qui agissent en perturbant le système nerveux des insectes. Longtemps utilisé dans les cultures maraichères, il avait été interdit en France, mais restait autorisé ailleurs en Europe. La loi Duplomb prévoit une réintroduction dérogatoire et encadrée de la substance, sous la pression de certaines filières agricoles qui dénoncent un manque d’alternatives efficaces.
Quels risques pour la santé ?
Aucune preuve solide de génotoxicité ni de cancérogénicité de l’acétamipride n’a été retenue lors des récentes évaluations européennes, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Une publication en 2022 a néanmoins montré la capacité de la molécule à provoquer le cancer du sein chez la souris, et l’Inserm a confirmé un lien fort entre exposition aux pesticides (en général) et plusieurs types de cancers. Toutefois, les preuves impliquant directement l’acétamipride restent controversées.
Côté neurologique en revanche, c’est une autre histoire. Deux études observationnelles menées en 2017 et 2023 suggèrent des effets délétères sur le développement neuropsychologique des enfants exposés in utero à des pesticides néonicotinoïdes, notamment une baisse de QI et des troubles cognitifs. Chez l’adulte, des troubles cognitifs allant de la perte de mémoire aux tremblements sont évoqués en cas d’exposition prolongée. Sur ce point, l’Efsa reconnaît une incertitude sanitaire, et appelle à de nouvelles études approfondies.
Les protocoles récents de recherche sur les perturbateurs endocriniens n’ont pas encore été appliqués à l’acétamipride, laissant planer un doute sur ce point. Reste qu’à dose élevée, la substance est toxique pour les mammifères, pouvant induire des anomalies cérébrales et des troubles du comportement.
Polluant notoire
L’acétamipride serait bien moins toxique pour les abeilles que les néonicotinoïdes interdits, mais ses effets sur les pollinisateurs, la faune auxiliaire et certains organismes aquatiques sont désormais mieux documentés. Ainsi, son impact sur la biodiversité reste critiqué, notamment en ce qui concerne la santé des pollinisateurs indispensables à l’agriculture.
Face à la menace écocidaire, une pétition citoyenne contre la loi Duplomb a rassemblé plus d’un million de signatures en quelques jours. Les défenseurs du texte avancent l’absence d’alternative pour certaines cultures et le cadre réglementaire européen pour justifier la réintroduction, alors que scientifiques, médecins et associations appellent au respect du principe de précaution, jugeant les études existantes incomplètes ou datées. Plusieurs institutions médicales françaises comme la Ligue contre le cancer, la Société française de neurologie, et la Fondation pour la recherche médicale appellent à des protocoles d’homologation plus exigeants et à une meilleure prise en compte des effets chroniques et à faible dose.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.