L’assassinat d’un militant politique d’extrême droite appelé Charlie Kirk le 10 septembre dernier aux États-Unis a déclenché une nouvelle chasse aux sorcières contre l’industrie du jeu vidéo. Tyler Robinson, le tireur présumé de 22 ans, aimait jouer à Helldivers 2 et traîner sur Discord. Verdict immédiat de la classe politique, sa radicalisation est forcément la faute des jeux vidéo. Encore.
Le président du comité de surveillance de la Chambre a convoqué les PDG de Discord, Steam, Twitch et Reddit pour témoigner le 8 octobre 2025 sur la « radicalisation des utilisateurs de forums en ligne ». La machine à broyer la culture geek est repartie pour un tour, avec son lot habituel d’incompréhensions et de raccourcis simplistes.
Quand les politiques cherchent des boucs émissaires
C’est un refrain que l’on connaît par cœur. À chaque tragédie, les élus sortent leurs violons pour accuser les jeux vidéo de tous les maux. Cette fois, le gouverneur de l’Utah pointe du doigt le fait que Robinson jouait beaucoup aux jeux vidéo et cette « culture internet profonde et sombre, Reddit et ces autres endroits sombres d’internet ». En gros, on ne comprend rien à ce que font les jeunes, mais c’est sûrement dangereux.
Cette obsession pour les jeux vidéo permet surtout aux politiques d’éviter les vraies questions. Pourquoi s’interroger sur l’accès aux armes, les discours de haine ou l’isolement social quand on peut accuser Mario d’inciter à la violence contre les tortues ? C’est plus simple de désigner un coupable externe que de reconnaître l’échec des politiques publiques.
La réalité des faits contre les fantasmes
Pourtant, les faits racontent une histoire bien différente. Les messages que Robinson a échangés sur Discord montrent surtout des discussions banales avec ses amis, loin de l’image de laboratoire de radicalisation peinte par les médias. Un rapport indépendant révèle que ses posts contenaient principalement « des mèmes de chats, des mises à jour météo, des projets de bricolage et quelques références à Garfield ». Les inscriptions gravées sur les balles étaient des « shitposts », que Robinson a même qualifiées de « grosse blague » dans ses messages. Pas vraiment le manifeste politique radical que certains espéraient trouver.
Bien sûr, les plateformes gaming ne sont pas exemptes de problèmes. L’Anti-Defamation League a identifié plus de 1,8 million de contenus extrémistes ou haineux sur Steam en 2024. Ces chiffres interpellent et méritent qu’on s’y penche sérieusement. Mais de là à faire le lien direct avec la violence politique, il y a un gouffre que la recherche scientifique n’a jamais franchi.
Les études montrent d’ailleurs le contraire depuis des décennies. Aucun lien causal n’a jamais été établi entre jeux vidéo et violence réelle. Les millions de joueurs dans le monde ne deviennent pas des assassins pour autant. Sinon, avec les ventes de GTA et le nombre de joueurs sur Fortnite, les rues du monde entier seraient un champ de bataille permanent.

La facilité de l’accusation
Cette énième polémique illustre surtout la paresse intellectuelle de certains élus face aux enjeux complexes de notre époque. James Comer affirme que « le Congrès a le devoir de superviser les plateformes en ligne que les radicaux ont utilisées pour faire avancer la violence politique ». Noble intention, exécution douteuse.
Car au lieu de s’attaquer aux vraies causes de la radicalisation telles que les inégalités et l’échec du vivre-ensemble, on préfère jouer les shérifs face aux méchants joueurs plutôt que de reconnaître les vrais problèmes de sociétés. En stigmatisant encore davantage la culture gaming, on creuse un peu plus le fossé entre les générations. On alimente le sentiment d’incompréhension mutuelle qui nourrit justement les extrêmes. On remarquera d’ailleurs ici que le patron de X Elon Musk brille aux abonnés absents de cette audition, comme s’il ne fallait surtout pas accuser le récent virage complet vers l’extrême droite de Musk de provoquer des violences.
Les auditions du 8 octobre promettent d’être un festival de malentendus. D’un côté, des élus qui découvriront que Discord sert surtout à rassembler des communautés autour de jeux, de l’autre, des PDG qui tenteront d’expliquer que leurs plateformes ne sont pas des fabriques à terroristes. Rappelons qu’en France, nous avons également notre lot d’incompréhension et de politiciens rejetant toujours la faute sur les jeux vidéo. On se rappellera tous de la sortie de route de notre cher Président de la République l’année dernière qui allait encore une fois dans ce sens.
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