En quelques minutes de navigation dans l’app Sora, on peut voir Pikachu voler des Poké Balls dans une pharmacie, un Bob l’Éponge grimé en dictateur, ou encore un faux écran titre d’un jeu « Mario’s Schizophrenia ». L’expérience se résume à un défilement sans fin de séquences générées par IA, où les personnages cultes de la pop culture sont recyclés dans des contextes improbables.
Le spectre du copyright plane
Dès son ouverture, l’application propose aux utilisateurs de s’incruster eux-mêmes dans ces créations en filmant simplement quelques gestes. Résultat : une immersion instantanée dans un flux génératif « slop feed », autrement dit une avalanche de contenus artificiels un peu meilleurs que ceux proposés par la génération précédente de modèles. Mais derrière la performance technique se pose la question délicate de la provenance des images utilisées.
La grande nouveauté du modèle Sora 2 n’est pas tant sa technologie que l’attitude d’OpenAI. Contrairement à ses débuts, la société ne semble plus chercher à masquer que son modèle repose sur d’immenses bases de données composées d’œuvres protégées et collectées sans autorisation. Des images, films, séries, livres, blogs et créations en tout genre alimentent ses algorithmes. Et pourtant, aucune conséquence juridique majeure n’est parvenue à freiner cette stratégie.
La situation tranche avec l’histoire récente : Nintendo, Disney ou Viacom n’ont pas hésité à attaquer en justice de simples fans pour des usages mineurs de leurs personnages. Nintendo a ainsi poursuivi un fan pour une affiche d’événement non officiel, avec une condamnation de 5.400 $ à la clé. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes géants qui se font piller de manière industrielle leurs icônes et leurs univers, sans réaction notable. Le contraste est saisissant.
Ce phénomène illustre en tout cas la déconnexion entre la valeur colossale attribuée à OpenAI — désormais évaluée à 500 milliards de dollars — et l’absence de rémunération pour les auteurs dont les œuvres servent de matière première.
En lançant Sora 2, OpenAI ne fait pas qu’améliorer un générateur de vidéos : l’entreprise met en place sa propre plateforme de diffusion. Plus besoin pour les utilisateurs de publier leurs vidéos sur Instagram ou TikTok : le flux est déjà intégré à l’application. Conséquence : la prolifération d’images générées s’accélère et envahit un peu plus les réseaux et notre temps de cerveau disponible !
Pour l’instant, Sora 2 s’impose surtout comme une machine à générer du buzz, en recyclant sans scrupule l’imaginaire collectif. Combien de temps encore les détenteurs de droits et les créateurs accepteront-ils de voir leurs œuvres servir chair fraîche sans réagir ?
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