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Une découverte cauchemardesque en Europe : 111 000 araignées dans la même grotte !

Arachnophobes, s’abstenir, cette grotte abrite la plus grande colonie d’araignées au monde. Si au contraire, vous aimez ces petites créatures à huit pattes, vous allez être ravis.

Dans une cavité à la frontière entre la Grèce et l’Albanie, des chercheurs ont mis au jour un spectacle qui en aurait fait fuir plus d’un. Plus de 111 000 araignées vivant au sein d’une seule et même gigantesque toile, tissée sur les parois d’une grotte baptisée Grotte du Soufre. Un décor surréaliste digne d’un film de Ridley Scott ou d’un donjon de Diablo IV, mais tout à fait réel, dont les chercheurs ont fait état dans cette étude publiée dans la revue Subterranean Biology.

Un cauchemar pour les arachnophobes, mais cette immense cité organique s’avère être l’un des exemples les plus extrêmes d’adaptation chimiotrope et de coopération animale jamais observés au monde.

Grotte Du Soufre
La paroi, d’apparence minérale, est en réalité entièrement biologique : une matrice de soie et de débris organiques, dans laquelle chaque alcôve abrite une araignée. © Marek Audy

Un empire arachnéen

Nichée à plusieurs dizaines de mètres sous terre, cette cavité suffocante, chargée de gaz soufrés (d’où son nom), renferme un tapis vivant de toiles entremêlées. Le recensement a été effectué par l’équipe de l’Université de Tirana et du Muséum d’Histoire naturelle de Crète, et les chiffres sont proprement hallucinants : au total 111 513 araignées sont regroupées sur la même toile, s’étendant sur plus de 106 m².

Jamais une telle colonie n’avait été découverte ailleurs dans le monde, et fait plus surprenant encore, deux espèces d’araignées y cohabitent en paix, au mode de vie normalement solitaire. La Tégénaire domestique (Tegenaria domestica), que l’on retrouve assez communément dans nos maisons, une fois l’été arrivé (69 000 individus). La seconde, moins proche de nous, la Prinerigone vagans, une petite araignée tisseuse qui fréquente d’ordinaire les zones humides, les mousses et les sous-bois tempérés d’Europe (42 000 individus).

Ces deux araignées sont logiquement peu enclines à partager leurs territoires et peuvent même se montrer agressives lorsqu’elles sont confrontées. Ici, rien de tout ça, leurs toiles forment un réseau commun, sur lequel elles vivent en communauté : un tel cas de cohabitation interespèce à cette échelle n’avait jamais été documenté auparavant.

Pourquoi ces créatures, habituellement farouches et territoriales, ont-elles choisi de vivre côte à côte dans la même grotte ? Parce que cet écosystème fonctionne selon des lois différentes de la surface. La Grotte du Soufre est plongée dans une obscurité permanente, la lumière du Soleil n’y pénètre donc jamais, contrairement à d’autres grottes qui bénéficient d’apports organiques extérieurs.

À la base de cette chaîne alimentaire, des bactéries dites chimioautotrophes utilisent un gaz, le sulfure d’hydrogène (H₂S) pour produire leur propre matière organique. Ces biofilms bactériens couvrent les roches, attirent et alimentent une population de moucherons minuscules, les Tanytarsus albisutus, qui pullulent au-dessus du ruisseau sulfureux s’écoulant dans la grotte. Selon les estimations de l’équipe, il y en aurait 45 000/m², ce qui explique les petites traînées blanches que vous apercevez sur la photo ci-dessus.

Ces moucherons, à leur tour, sont la principale ressource alimentaire de ces deux espèces d’araignées. Elles n’ont donc pas choisi de cohabiter par plaisir ou sociabilité, mais parce qu’elles profitent de cette abondance alimentaire, quasiment inépuisable.

Pour expliquer ce phénomène, les chercheurs parlent d’une « colonialité facultative » : un mode de vie collectif adopté uniquement lorsque les conditions environnementales sont exceptionnellement favorables. Ici, la condition principale étant les centaines de milliers de moucherons volant en permanence dans la grotte. Les araignées y ont même développé des comportements coopératifs, un fait encore une fois rarissime : partage des toiles pour la chasse, protection mutuelle des œufs, tolérance des femelles lors de la reproduction et synchronisation des cycles reproductifs. Une forme d’intelligence collective, s’expliquant par un principe fondamental de la théorie de Charles Darwin : la rivalité perd son intérêt évolutif lorsque la densité des ressources disponibles dépasse la nécessité de défendre un territoire. Bonne nouvelle pour les arachnophobes : ces dizaines de milliers d’araignées n’ont absolument aucune raison de sortir de leur petit cocon souterrain !

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