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Le « Mark 1 » est tout petit, et pourtant il veut défendre l’Europe contre les drones russes

Le « Mark 1 » est un tout petit missile pensé pour stopper les drones russes sans plomber les budgets militaires. Long de 65 cm, guidé par IA et produit à grande échelle, ce projectile est une alternative « budget » par rapport aux interceptions actuelles, souvent disproportionnées et peu efficaces.

À première vue, le « Mark 1 » ressemble à un jouet. Long de 65 cm, à peine plus qu’une baguette, il tient sans effort dans la main du PDG de la société estonienne Frankenburg Technologies, qui n’hésite pas à l’agiter comme un modèle réduit. Mais ce n’est pas un jouet. « Nous ne nous excusons pas de fabriquer des armes », lance Kusti Salm, ancien haut fonctionnaire de la défense estonienne. « Nous voulons abattre les drones russes à longue portée. »

Une baguette contre les drones russes

C’est qu’il y a le feu au lac pour les armées européennes : comment stopper des salves de drones peu coûteux sans plomber les budgets ? La scène survenue le 9 septembre en Pologne a marqué les esprits : des F-16 ont dû utiliser des missiles estimés à 500.000 € pour tenter d’intercepter des drones Shahed, dix fois moins chers. La moitié ont échappé aux tirs.

De quoi inquiéter l’OTAN, qui planche désormais sur un « mur de drones » à sa frontière orientale, qui mêlerait brouillage électronique et armes d’interception. Mais pour Kusti Salm, la solution passe par un projectile simple, produit en masse et vendu à un prix raisonnable. Contrairement aux missiles occidentaux puissants, rares et hors de prix, le Mark 1 vise à être seulement « suffisamment performant».

Sa portée est modeste (2 km), il fonctionne mal en conditions extrêmes et sa précision n’atteint pour l’heure que 50 % lors des essais, même si l’entreprise promet de viser 90 %. Mais son intérêt tient ailleurs : Frankenburg veut en fabriquer des centaines par jour dans deux usines situées dans des pays de l’OTAN. Le missile coûterait moins d’un dixième des systèmes actuels, quand un Stinger dépasse le demi-million d’euros.

Concevoir un projectile aussi compact implique une série de contraintes redoutables. Dans un si petit cylindre, chaque gramme compte : quand le carburant brûle, l’équilibre se modifie et l’angle de vol peut s’effondrer. Les ingénieurs ont joué sur la forme, la position des ailes, le centre de gravité ou encore la pression aérodynamique pour stabiliser le missile.

L’usage d’une IA pour guider le Mark 1 doit aussi permettre de se passer, en partie, des équipes de pilotes de drones très qualifiés mobilisées en Ukraine pour intercepter les attaques russes. Là où Kyiv a pu former des milliers d’opérateurs, les pays occidentaux n’en comptent que quelques dizaines, ce qui est largement insuffisant pour protéger plus de 2.000 infrastructures sensibles le long de la frontière orientale.

Avec son micro-missile, Frankenburg espère proposer une réponse pragmatique à une menace devenue quotidienne : comment neutraliser massivement des drones cheap sans multiplier les factures stratosphériques. Une logique qui, selon le patron du constructeur, pourrait s’imposer dans les dix prochaines années comme une nécessité stratégique en Europe.

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