La scène country américaine vit une situation pour le moins inédite : des artistes virtuels trustent les premières places des ventes numériques. Dans le classement « Billboard Country Digital Song Sales » du 15 novembre, trois titres assistés par l’IA figurent dans le top 10. En tête, « Walk My Walk » de Breaking Rust, qui conserve sa première place pour la deuxième semaine consécutive avec un peu plus de 2.000 exemplaires vendus. Cain Walker, autre figure générée ou épaulée par l’IA, place deux titres dans les dix premières positions — « Don’t Tread on Me » (plus de 1.000 ventes) et « Ain’t My Problem » (un peu moins de 1.000).
Bataille pour l’authenticité
Rien de comparable avec les 29.000 ventes de Taylor Swift dans le classement général, mais suffisamment pour installer ces créations dans le paysage country… du moins sur les plateformes de téléchargement. Car pour l’instant, ces morceaux n’ont pas franchi la barrière des radios. « Les auditeurs réagissent négativement à l’idée de voix d’IA sur leurs stations », rappelle à Billboard le consultant Joel Raab, qui cite des études menées sur le sujet. Une prudence partagée par les programmateurs : pas de rotation radio, pas d’antenne, seulement la curiosité des charts numériques.
Cette prudence tient aussi au modèle économique du secteur. Comme le souligne Fletcher Foster, dirigeant de F2 Entertainment Group, la radio dépend étroitement des artistes en tournée : « S’appuyer sur ce type de programmation semble très court-termiste ». Pas de concerts, pas de partenariats, pas de rencontres avec les fans : les artistes virtuels n’apportent aucune des briques traditionnelles de l’écosystème country.
Pour certains observateurs, ces incursions sont le signe d’un changement plus profond dans l’industrie musicale. « C’est un signal notable mais pas une menace existentielle, plutôt le symptôme de mutations plus larges dans la création et la distribution », analyse Leslie Fram, fondatrice de FEMco. Elle rappelle aussi que la country repose sur un pacte très particulier : l’authenticité et la narration. Deux valeurs mises à mal lorsque les artistes n’ont pas d’existence, ni de vécu, ni de voix propre.
Pendant ce temps, Cain Walker vend des t-shirts « Don’t Tread On Me » sur son site, ce qui montre qu’un marketing complet peut être construit autour d’artistes entièrement artificiels.
Malgré ce bouillonnement, les professionnels misent encore sur l’humain. « La musique avec un cœur et une âme humaine gagnera toujours », estime Joel Raab. Leslie Fram partage cette conviction : « Les fans occasionnels peuvent adopter ces titres, mais la fidélité, elle, se construit avec des histoires réelles. » Le country peut donc respirer : ces artistes virtuels font du bruit, mais rien n’indique qu’ils sauront tenir une scène ni un public.
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