Sur le papier, l’annonce a de quoi faire tourner les têtes. Donut Lab assure avoir mis au point une batterie solide pleinement fonctionnelle — comprendre : sans électrolyte liquide ou gélifié — et, surtout, déjà produite de manière industrielle. Pour appuyer ses dires, la start-up n’est pas venue les mains vides : sur son stand au CES trônait une moto électrique haut de gamme, la TS Pro, développée par son partenaire Verge, commercialisée dès maintenant avec des livraisons prévues au premier trimestre.
Beaucoup de promesses, peu d’explications
Les chiffres avancés sont vertigineux. Donut promet une densité énergétique de 400 Wh/kg, bien au-delà de celle observée sur des cellules lithium-ion actuelles — autour de 240 Wh/kg pour les fameuses 4680 de Tesla. À cela s’ajoutent un coût inférieur aux batteries actuelles, une recharge complète en cinq minutes, une plage de fonctionnement de –30 à 100 °C, l’absence de risque d’emballement thermique… et une durée de vie annoncée de 100.000 cycles de charge.
« C’est quelque chose qui va transformer l’industrie », a fanfaronné Marko Lehtimäki, le patron de Donut, allant jusqu’à juger la combustion « inutile ». Il a insisté : « Nous sommes moins chers que le lithium-ion dès le départ », avec une architecture qui peut s’adapter « du minuscule au gigantesque ». Suffisamment, en tout cas, pour susciter l’intérêt de fabricants de trains ou d’engins industriels.
La réalité commerciale est toutefois plus terre à terre. L’usine finlandaise de Donut ne produira qu’1 GWh en 2026 : « Cette année va être serrée », reconnaît la direction. Et les motos Verge affichent des tarifs élitistes : de 29.900 à 34.900 dollars selon la capacité, bien au-delà d’une Harley-Davidson LiveWire.

Le principal angle mort reste la technologie elle-même. Donut demeure étonnamment discret sur la composition exacte de sa batterie. « Un mélange de science des matériaux et d’innovation industrielle », se contente d’expliquer Marko Lehtimäki, en précisant que les matières premières ne proviennent pas de chaînes d’approvisionnement controversées. Même retenue du côté du développement commercial : « Des matériaux courants, sans contrainte géopolitique », assure-t-on au sein de l’entreprise, avant de balayer toute inquiétude d’un laconique « il n’y a pas de piège ».
Cette opacité invite à la prudence… voire au scepticisme. L’histoire récente regorge d’annonces similaires jamais concrétisées : en 2017, Fisker promettait une batterie solide pour 2023. Le projet n’a jamais vu le jour, et l’entreprise a fini par faire faillite. Un élément joue cependant en faveur de la start-up : la moto Verge sera livrée dans quelques semaines. Elle pourra alors être démontée, analysée, disséquée. On n’aura pas à attendre trop longtemps pour tout savoir.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.