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De Starfield à Artemis : les jeux vidéo ont-ils déjà imaginé les bases lunaires du futur ?

Dans la petite niche des simulations spatiales, il est possible, dans certains jeux, d’établir sa petite base extraterrestre. Existe-t-il réellement un seul d’entre eux où celles-ci seraient réalistes et proches de celle imaginée par la NASA dans le cadre de son programme Artemis ?

Il y a quatre jours exactement, la NASA nous faisait grâce de son premier document officiel structurant enfin la construction de sa base lunaire, étape ultime du programme Artemis. De quoi faire rêver n’importe quel fan d’espace et une autre catégorie de spatiophiles : les gamers acharnés qui ont perdu des nuits entières dopés à la RedBull, les yeux écarquillés pour ne pas tomber de fatigue devant leurs space-sims préférées.

Le célèbre Starfield (pas vraiment de la simulation, mais prenons-le en compte tout de même), Surviving Mars, Space Engineers, No Man’s Sky ou Oxygen Not Included, qui ont tous différentes manières d’aborder la thématique de la colonisation spatiale et de la survie en milieu hostile. Outre leur aspect ludique, ils confrontent parfois le joueur à des dilemmes cornéliens tout en nous incitant à nous creuser les méninges pour concevoir des bases habitables. Mais dans quelle mesure ces titres, par leur gameplay, ont-ils anticipé correctement les défis que l’agence devra affronter si elle veut tenir son calendrier jusqu’en 2032 ?

Starfield et No Man’s Sky : l’amusement avant tout

Commençons tout d’abord par régler son sort à Starfield, parce que c’est un nom qui revient dans les discussions, et que c’est en grande partie immérité. Si nous n’allons pas revenir sur tous les aspects ratés du titre, nous allons en revanche nous concentrer sur son système de construction d’avant-postes : un copier-coller à peine déguisé des settlements de Fallout 4, transposé dans l’espace sans que Bethesda n’ait jugé utile de se demander si une friche post-nucléaire et une planète sans atmosphère posaient les mêmes problèmes à leurs occupants.

Si vous voulez vous installer sur Luna dans le jeu (le surnom de la vraie Lune), vous pourrez le faire sans problème en regardant un documentaire Arte sur YouTube en même temps tant les mécaniques de gameplay sont simplistes. Vous atterissez, vous posez vos modules préfabriqués sur la surface en un clic. Il vous suffira ensuite d’installer un extracteur sur un gisement quelconque, de connecter un générateur, et le jeu considère que vous avez une base spatiale fonctionnelle.

Bethesda a bien implémenté un système de liens de fret entre bases, puisque vous pouvez connecter plusieurs avant-postes pour transférer des ressources automatiquement d’un site à l’autre… et c’est à peu près là que s’arrête la complexité logistique du jeu. Il n’existe aucune mécanique de gestion des réserves de consommables critiques, aucun système de redondance à concevoir pour éviter qu’une panne unique ne rende toute la base inhabitable, aucune réflexion sur la hiérarchie des systèmes à protéger en priorité.

La question de la viabilité à long terme d’un habitat en environnement hostile n’effleure à aucun moment le game design. La pression atmosphérique, les cycles thermiques, la gestion de l’oxygène, la poussière lunaire, rien de tout cela n’existe vraiment. Starfield a été développé comme un light-RPG/FPS, très fainéant sur de nombreuses boucles de gameplay, sur lequel Bethesda a simplement greffé son système de construction de base recyclé de Fallout 4. Il n’a jamais eu vocation à être une réelle simulation spatiale, ce qui se ressent forcément manette (ou souris) en main.

No Man’s Sky, qui a lui aussi intégré la construction de bases depuis ses mises à jour Next et Beyond, tombe dans le même travers, mais on lui pardonnera plus facilement au vu de ce qu’il propose à côté. Le jeu d’Hello Games, s’il n’est pas une simulation, reste tout de même un bac à sable créatif sans limites fantastique, dans lequel il est possible de se perdre durant des centaines voire milliers d’heures. Le titre s’est relevé de sa sortie chaotique de 2016 pour devenir l’un des meilleurs jeux du genre, et le studio nous fournit des mises à jour toujours plus ambitieuses qui continuent à l’enrichir.

Il est possible de construire des bases modulaires en toute liberté, sur n’importe quelle planète, qui peuvent vous servir à faire à peu près ce que vous voulez. Vous détendre après la visite d’un cargo abandonnée ou d’une planète toxique, ériger un musée avec les os d’animaux que vous collectez, un site pour extraire automatiquement des ressources ou même un parc d’attractions.

Le système de construction est très bien fichu même s’il souffre de quelques défauts d’ergonomie, mais là encore, le maître-mot est accessibilité. Tout comme dans Starfield, les contraintes de l’espace sont simplifiées à l’extrême ou inexistantes. Et à la rigueur, c’est tant mieux : le titre se veut une épopée spatiale décontractée et personne ne le lance pour réviser ses bases en physique et en thermodynamique. Certaines bases construites par les joueurs sont proprement splendides (voir vidéo ci-dessous) et elles constituent un vibrant hommage à la culture SF, piochant leurs influences autant dans Star Wars que dans les visions de Moebius.

Surviving Mars et les autres : les vraies sims hardcore ?

Nous passons là dans une autre catégorie de jeu : toujours ludiques et satisfaisants à prendre en main, mais nettement plus exigeants dans leurs systèmes, et surtout plus proches, dans leurs intentions, d’une véritable simulation de colonie extraterrestre. Par exemple, Surviving Mars, un city builder de survie développé par Haemimont Games, publié par Paradox en 2018. Depuis l’arrivée de son DLC Green Planet, le jeu est encore plus crédible : dômes pressurisés modulaires, gestion de l’eau, de l’énergie et de l’oxygène, dépendance aux réapprovisionnements terrestres, spécialisation des équipages…

Même si le jeu ne se passe pas sur la Lune, on peut aujourd’hui le considérer comme l’un des titres les plus réalistes (toute proportion gardée) si on le compare à la feuille de route du programme Artemis. Avec les bons mods et quelques contraintes auto-imposées, il devient un véritable simulateur de gestion de crise où une seule erreur de planification peut décimer une génération entière de pionniers.

Passons désormais à Oxygen Not Included, développé par Klei Entertainment, un simulateur de colonie à échelle microscopique sorti en 2019. Ne vous laissez pas avoir par son aspect cartoonesque, c’est un véritable RimWorld de l’espace et il faudra vous accrocher pour garder vos colons en vie. Tout (ou presque) est simulé : la diffusion des gaz dans vos couloirs, la pression atmosphérique pièce par pièce, la propagation de la chaleur à travers les matériaux de construction, l’humidité ambiante qui condense sur les parois froides et finit par inonder vos niveaux inférieurs si vous n’avez pas anticipé l’évacuation des liquides.

Vos colons consomment de l’oxygène, produisent du CO2 qui s’accumule dans les zones basses puisqu’il est plus lourd que l’air, et génèrent de la chaleur corporelle qui monte progressivement dans vos espaces confinés jusqu’à rendre certaines salles inutilisables si vous n’avez pas conçu un système de ventilation capable de l’évacuer. Là aussi, une mauvaise décision que vous prendrez à la première semaine peut se payer cash et ruiner votre colonie dans son intégralité au 500ème jour. Terriblement frustrant mais addictif en même temps.

Si la difficulté ne vous effraie pas, Space Engineers est peut être fait pour vous. Développé par Keen Software House et sorti en accès anticipé en 2013 avant sa version finale en 2019, il est peut-être le seul jeu à modéliser correctement la construction de sas, de réseaux électriques et de véhicules dans un environnement sans atmosphère et à faible gravité.

Le jeu n’a pas de tutoriel qui vous prend par la main et vous explique pourquoi votre première base a explosé. Il vous laissera découvrir seul, comme un grand, que la pièce de coque que vous avez utilisée pour terminer un angle n’était pas classifiée comme étanche, que votre atmosphère intérieure s’est vidée pendant que vous construisiez le module adjacent, et que vos occupants sont morts d’asphyxie pendant que vous cherchiez où vous aviez mis les portes hermétiques.

Punitif pour les bonnes raisons, il est très rude à manier, mais saura récompenser vos efforts avec un trophée mental qu’aucun des autres jeux cités précédemment vous offre : la satisfaction d’une base qui tourne correctement parce que vous avez compris pourquoi elle pourrait ne pas fonctionner. Ce lien entre la qualité de votre raisonnement d’ingénieur et la survie de votre installation est ce qui fait de Space Engineers le simulateur de construction spatiale le plus honnête intellectuellement de toute cette sélection.

Si la NASA pose un jour vraiment sa base au pôle Sud lunaire, il y a fort à parier que, parmi toutes ses équipes d’ingénieurs, au moins un ait sué sang et eau sur Space Engineers ou Oxygen Not Included. Même s’ils ne sont pas des outils de formation, ils partagent de nombreux points communs avec les réelles contraintes de l’ingénierie spatiale, une caractéristique absente de Starfield et de No Man’s Sky. Si vous avez perdu quelques heures de votre vie sur ces deux jeux en réussissant à construire une base solide et auto-suffisante, félicitations : vous avez, à votre insu, résolu en miniature certains des problèmes que la NASA devra affronter dans les années à venir. Un haut-fait, disons-le, plutôt rare dans le domaine du jeu vidéo.

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