Vous ne pouvez plus voir vos collègues en peinture ? Vous n’êtes pas les seuls. Mais en entreprise, un minimum de savoir-vivre s’impose. Et ça commence par dire bonjour. Selon la jurisprudence française, ne pas saluer ses collègues le matin constitue une faute grave si elle est sciemment répétée, et peut même justifier un licenciement.
Obligé de dire bonjour le matin
Le droit du travail ne dit pas explicitement qu’il faut dire bonjour. Aucun contrat de travail ne l’écrit noir sur blanc. Et pourtant, refuser obstinément de saluer ses collègues ou sa hiérarchie peut coûter cher. Selon l’article L1222-1 du Code du travail, le contrat de travail doit être exécuté de bonne foi. Plus concrètement, cela signifie que vous n’êtes pas seulement tenu de faire votre travail. Vous avez aussi l’obligation contractuelle de ne pas nuire au bon fonctionnement de l’entreprise, ce qui inclut la qualité des relations entre collègues. Ignorer systématiquement ses collaborateurs sabote la cohésion d’équipe et, par extension, contrevient à cette règle.
De son côté, l’employeur dispose d’un pouvoir de direction qui l’autorise à imposer des règles de savoir-vivre, souvent formalisées dans le règlement intérieur. Un salarié qui refuse de s’y conformer ne fait pas qu’être impoli : il fait acte d’insubordination, au sens juridique du terme.
Plusieurs fautes déjà actées
La jurisprudence française l’a confirmé à plusieurs reprises : en 2009, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence a validé le licenciement d’un salarié ayant refusé de serrer la main de son supérieur devant d’autres cadres, qualifiant le geste de « marque d’hostilité » caractérisée. En 2014, la Cour d’appel de Lyon a rappelé que le refus délibéré et persistant de saluer ses collègues constituait une faute disciplinaire. Deux décisions pour une même logique : ce n’est pas l’absence d’un bonjour en soi qui pose problème, c’est le refus délibéré et répété de respecter les règles.
L’échelle des sanctions suit, dans les cas avérés, la logique du droit du travail. On commence par un entretien de recadrage, censé comprendre les raisons de ce comportement. S’il persiste, vient l’avertissement écrit, puis la mise à pied disciplinaire en cas de perturbation grave du service. Le licenciement n’arrive qu’en dernier recours, quand l’insubordination est caractérisée et prouvée. La Cour de cassation a validé ce raisonnement dans plusieurs affaires. Rassurez-vous, un oubli ponctuel ne peut jamais justifier une telle issue, même dans le cas où vous détestez ce collègue qui laisse systématiquement ses tasses sales dans l’évier.
De l’incivilité au harcèlement moral
Ce qui complique le tableau, c’est que dans certains cas extrêmes, l’absence de salutation peut dépasser la simple incivilité. Le harcèlement moral par omission est une réalité reconnue par les tribunaux. Quand le refus de dire bonjour s’accompagne d’une exclusion méthodique, d’une mise à l’écart des réunions, ou d’une ignorance systématique, il devient un délit. Devant les Prud’hommes, ce mutisme ciblé est considéré comme un facteur de harcèlement moral, avec des conséquences civiles et pénales bien réelles.
Sans surprise dans ce cas précis, la position hiérarchique aggrave la situation de façon significative. Un manager qui ne salue pas son équipe risque davantage qu’un salarié qui refuse d’en saluer un autre.
Et en ligne ?
La question se pose aussi dans l’environnement numérique. Avec l’explosion du télétravail et des outils collaboratifs comme Slack ou Teams, le bonjour du matin se fait désormais sur les plateformes de discussions professionnelles. Encore une fois, rien ne vous oblige contractuellement à envoyer un message lorsque vous arrivez à votre poste de travail. Reste que l’ignorance répétée des messages reçus, même en ligne, peut, à la longue, être perçu de la même façon qu’ignorer un collègue dans un open space. Les juristes commencent à s’interroger sur la transposition de ces principes au monde digital, même si la jurisprudence reste, pour l’instant, lacunaire sur ce point précis. Ce que la loi protège clairement, en revanche, c’est le droit à la déconnexion : aucun employeur ne peut exiger d’un salarié qu’il réponde à des messages en dehors de ses heures de travail.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.