Des gardiens pour les navigateurs du ciel
RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, équipe ses lignes avec des balises afinde préserver la sécurité des usagers du ciel. Ces repères visuels s’adressent bien sûr aux pilotes d’avions et d’hélicoptères lorsqu’ils décollent ou atterrissent, mais aussi aux utilisateurs d’engins plus légers qui volent à basse altitude (ULM, parapentes ou encore deltaplanes). Sans ces sphères colorées, un câble électrique, même de plusieurs centimètres de diamètre, pourrait devenir pratiquement invisible depuis le cockpit, surtout par mauvais temps ou la nuit.
L’idée d’équiper les lignes électriques de marqueurs colorés remonte à l’après-Seconde Guerre mondiale. Avec l’essor de l’aviation et l’utilisation croissante des hélicoptères pour le transport et les secours, les premières collisions contre les lignes haute tension ont malheureusement été constatées. Les États-Unis ont été pionniers en testant des dispositifs d’alerte dès les années 1950. Aujourd’hui, l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) a établi des normes précises pour harmoniser cette signalisation à l’échelle mondiale.
Une réglementation internationale stricte
Le déploiement des balises suit des règles bien définies. Selon les recommandations du chapitre 6 de l’annexe 14 de l’OACI, les balises doivent être de forme sphérique avec un diamètre d’au moins 60 cm, et l’espacement entre deux balises consécutives ne doit pas dépasser 30 mètres. Cet intervalle maximum garantit que les pilotes peuvent toujours percevoir la continuité de la ligne.
En France, ces dispositifs sont obligatoires sur les lignes qui traversent des zones identifiées comme à risque. On les trouve donc principalement près des aéroports et aérodromes, où les appareils évoluent à basse altitude, aux abords des grands axes routiers fréquentés par de nombreux vols, et dans les régions montagneuses où le relief rend la navigation aérienne plus complexe.
Un code couleur établi pour une visibilité optimale
Les couleurs des sphères n’ont pas été choisies au hasard. Les balises doivent être vues depuis le ciel dans tous les types d’environnements et de conditions météo. Ainsi, les balises rouges et blanches sont les plus répandues : ces couleurs sont choisies parce qu’elles offrent un contraste optimal avec les éléments du paysage dans la plupart des environnements. Dans les zones montagneuses, où le fond rocheux ou enneigé peut rendre la détection plus difficile, des variantes jaunes et noires sont parfois utilisées.
Fabriquées en polyéthylène ou en aluminium et selon les contraintes thermiques des lignes électriques, ces sphères doivent résister à des conditions extrêmes : températures élevées dues à la proximité des conducteurs sous tension, intempéries ou encore rayonnements UV intenses. Les couleurs sont incorporées directement dans la masse du matériau lors de la fabrication pour garantir une bonne longévité, contrairement à une simple peinture qui pourrait se dégrader trop rapidement.
Une double protection pour les humains et les oiseaux
Si la sécurité aérienne est la fonction principale des balises, elles jouent aussi un rôle important dans la protection des oiseaux. Les lignes électriques représentent en effet un danger potentiellement mortel pour les oiseaux, particulièrement lors des migrations ou dans des conditions de visibilité réduite.
Pour répondre à cet enjeu écologique, plusieurs dispositifs complémentaires ont été développés. Les “avisphères”, des balises plus petites mesurant 25 cm de diamètre et de couleurs rouge et verte, sont spécifiquement conçues pour alerter les oiseaux. Des spirales colorées, rouges pour la visibilité diurne et blanches pour le crépuscule, permettent aux oiseaux en vol de contourner les lignes sur leur trajectoire. Des silhouettes de rapaces sont parfois installées en haut des pylônes pour effaroucher les oiseaux selon le principe de l’épouvantail, et dans les zones de neige ou de verglas, des gaines colorées peuvent être installées directement sur les câbles.
Ce travail de protection de l’avifaune est le fruit d’une collaboration entre RTE, ERDF (devenu Enedis) et des associations environnementales comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et France Nature Environnement (FNE), réunies au sein du Comité National Avifaune.
Un dispositif nocturne complémentaire
Bien sûr, la sécurité aérienne ne s’arrête pas au coucher du soleil. RTE utilise également des lampes néon de couleur rouge pour renforcer la prévention nocturne. Celles-ci sont placées directement sur les lignes et espacées de 70 mètres maximum. Ces dispositifs appelés “BALISOR” fonctionnent sans alimentation électrique externe, grâce à un procédé appelé couplage capacitif : le BALISOR n’a pas besoin d’être branché à une source d’énergie, car il s’alimente grâce au champ électrique de la ligne.
Dans certains cas, ce sont les pylônes eux-mêmes qui prennent le rôle d’avertisseur visuel. Près des aéroports, ils sont peints avec des bandes rouges et blanches alternées pour signaler le tracé des lignes haute et très haute tension.
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