On sait ce que vous vous dites. Oui, on triche un peu en remontant légèrement plus loin que vingt ans. Mais on aime les chiffres ronds et il est toujours bon de se rappeler qu’en 2004 sortait Catwoman, une période sombre de notre histoire. Vingt (ou vingt-deux, ne chipotez pas, on a dit) belles années qui auront vu le streaming sortir de terre, le cinéma de super-héros s’envoler dans le ciel (puis s’écraser ?), un rat cuisiner et le combat d’un sorcier s’achever. À l’heure de faire notre sélection des 10 films les plus marquants de cette vaste période, il était impossible de ne pas faire quelques déçus. Alors on a préféré recentrer la liste sur ceux qui ont recréé des codes, lancé un mouvement, tout en n’oubliant quelques surprises internationales, parce que le cinéma de divertissement ne s’écrit pas toujours avec un grand H(ollywood).
Spider-Man 2 – 2004
Qui est le père du cinéma de super-héros moderne ? Le X-Men de Bryan Singer sorti en 2000 ? Le Batman Begins de Christopher Nolan en 2005 ? Le Iron Man de Jon Favreau en 2008 ? Non, pour nous la réponse se situe dans une suite, celle d’une sympathique araignée du quartier. Le Spider-Man de Sam Raimi installait d’excellentes bases, son successeur les améliore. Spider-Man 2 a servi de mètre étalon pour l’ère qui suivra, tout en, paradoxalement, mettant la barre trop haute.
Loin des enjeux mondiaux, voire cosmiques, loin de ses supers trop beaux, trop forts, trop riches, trop invincibles, Raimi interroge sur la notion de héros. Son Spidey nous plaît parce qu’il nous ressemble, c’est un ado qui galère constamment, obligé de faire des choix, des sacrifices. La scène du train à elle seule résume toute l’humanité, le courage et l’abnégation. Spider-Man 2 possède une puissance émotionnelle que beaucoup ont tenté de reproduire, sans y parvenir.
The Dark Knight – 2008
On embraye forcément sur le film qui a peut-être le plus fait jeu égal avec Spider-Man 2. Là aussi, une suite conduite par un auteur et non un faiseur. The Dark Knight de Christopher Nolan. Le réalisateur reprend le mythe, cette fois pour l’intégrer au sein de notre société, avec un premier degré assumé. Y compris chez son Joker, formidablement réinterprété par Heath Ledger. C’est autant un film de super-héros qu’un thriller psychologique, avec une réelle réflexion sur les enjeux contemporains et la notion de pouvoir. Un excellent divertissement et, surtout, un excellent long-métrage.
Avatar – 2009
Vous conviendrez qu’il semblait difficile de faire un top 10 des films les plus marquants des vingt dernières années sans parler de celui qui a « juste » récolté plus de 2 milliards de dollars au box-office. Qu’on aime ou non l’univers de James Cameron (surtout ses suites), le premier Avatar a été une révolution cinématographique, rien que parce qu’il a relancé la 3D au cinéma, obligeant les exploitants à s’équiper et la concurrence à faire de la mauvaise 3D. Et puis même si on peut critiquer le scénario, difficile de ne pas être émerveillé par le monde conçu par James Cameron, qui justifie à lui seul de vivre cette expérience sur grand écran.
The Social Network – 2010
Qui aurait pu imaginer qu’un film sur la création de Facebook et, surtout, sur son géniteur, serait l’un des plus cités lorsque chacun fait son classement des œuvres du siècle ? Les dialogues ciselés d’Aaron Sorkin combinés à l’exigence scénique de David Fincher accouchent d’un The Social Network en mode combat de boxe où les coups s’échangent à cent à l’heure. C’est un biopic, un thriller, un portrait acide de la société, un film d’action… un classique instantané dont l’exigence du projet accouche d’un résultat tout simplement parfait.
The Raid – 2012
On reste sur notre logique de traiter des films qui se sont imprimés dans l’imaginaire collectif ou dans l’industrie cinématographique. Et à ce titre, il est impensable d’occulter l’œuvre de Gareth Evans qui a littéralement révolutionné le cinéma d’action. Sans The Raid, pas de John Wick et les ersatz qui se comptent par centaines depuis. Si La Mémoire dans la Peau a permis au genre de se réinventer avec une caméra actrice de l’action, The Raid a provoqué l’effet inverse en remettant la chorégraphie et la physicalité des acteurs au cœur de celle-ci. C’était violent, intense, jouissif et, peut-être, nécessaire.
Mad Max Fury Road – 2015
Il était difficile de ne pas gentiment rire lorsque George Miller, qui n’avait pas réalisé un film en prise de vues réelles depuis Babe, le cochon dans la ville en 1998, décide de ressusciter l’univers qui avait fait sa réputation dans les années 80. Sur le papier, le projet semblait fou, quasiment voué à l’échec. Folie il y a eu, mais à l’écran. Mad Max : Fury Road est la définition de ce que le cinéma d’action peut provoquer quand il est poussé à son paroxysme avec nervosité et audace. Une claque visuelle qui a réinventé son propre univers tout en montrant à la concurrence ce qu’on obtient quand on ne pousse pas les curseurs : on les explose.
Get Out – 2017
Quel film d’horreur a marqué les 20 dernières années ? Conjuring ou Get Out ? On en a débattu et jugé que le premier valait surtout pour sa mise en scène et la mode qu’il a enclenchée dans le cinéma d’horreur, là où le second est resté dans les mémoires dans la façon qu’il a eue de se servir de ce même cinéma pour avoir une portée plus sociétale, plus contemporaine. Jordan Peele, jusqu’ici connu comme acteur comique, fait des premiers pas remarqués et remarquables derrière la caméra (et au scénario), transformant le grotesque en cauchemar sur fond de réflexion sur le racisme. Get Out n’est pas seulement efficace, il est extrêmement malin.
Spider-Man : New Generation – 2018
Dans la liste des « il y a eu un avant et un après », comment ne pas citer un autre film Spider-Man, mais cette fois sans acteurs de chair et d’os ? New Generation (ou Into the Spiderverse) a révolutionné les codes de l’animation en usant des plusieurs techniques combinés, dont des inédites, a livré une formidable histoire autour de ce qui fait un héros, et a parfaitement utilisé le concept de multivers là où le MCU patine encore. C’est original, dynamique, amusant, profond, bourré de clins d’œil sans se laisser envahir… Quel est le meilleur Spider-Man ? Miles Morales.
RRR – 2022
En 2022, il y a ceux qui ont vu Jurassic World : le Monde d’après et ceux qui ont vu la lumière. Les fans du réalisateur indien S.S. Rajamouli nous répondraient sûrement qu’il fallait déjà être là pour le diptyque La Légende de Baahubali (et on l’était), mais son RRR a été un véritable phénomène qui l’a conduit jusqu’aux Oscars. Facile de comprendre pourquoi, le long-métrage est d’une générosité incroyable avec des séquences à couper le souffle. L’inventivité de certaines scènes enterre facilement des grosses productions américaines plus frileuses à sortir des clous. Quand Bollywood regarde Hollywood droit dans les yeux en bombant le torse.
Godzilla Minus One – 2023
On arrive déjà à la fin de cette liste avec le regret de ne pas avoir pu y placer tant de films (on avait dit qu’il y aurait des déçus, nous les premiers). Et puisqu’il ne peut en rester qu’un, on a décidé de choisir notre dernier coup de cœur qui n’aura souffert d’aucune contestation. Pour 15 millions de dollars, le réalisateur et scénariste Takashi Yamazaki montre aux Américains comment refaire un bon film avec Godzilla pour peu qu’on a du savoir-faire et une bonne histoire. Godzilla Minus One replace sa créature comme figure du traumatisme japonais de l’après-guerre avec l’humain au premier plan. Ce qui ne l’empêche jamais d’être véritablement impressionnant dès que le lézard rentre en scène. On attend le second avec impatience !
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