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L’Union européenne dépense des millions contre l’IPTV illégale … et ça ne sert à rien

Des centaines de millions dépensés pour bloquer l’IPTV illégale, et les pirates s’en jouent en quelques secondes. Un rapport européen tire la sonnette d’alarme : la stratégie actuelle est un échec total.

C’est l’un des plus gros fléaux de la télévision traditionnelle, des services de streaming légaux et des diffuseurs sportifs. Moyennant une centaine d’euros par an, des pirates vous proposent d’accéder à des centaines de chaînes françaises et internationales là où ça vous coûterait dix fois plus cher en passant par les canaux traditionnels ou des abonnements payants à Netflix, Paramount+…

La lutte face à l’IPTV illégale, c’est un des chevaux de bataille des autorités de régulation européennes depuis près de dix ans. A coup de centaines de millions d’euros, elles tentent de mettre fin aux réseaux. Une entreprise qui serait, apparemment, totalement vaine et bien trop coûteuse.

Un rapport du Centre for European Policy Studies (CEPS), un institut d’analyses indépendant établi à Bruxelles, s’est penché sur les coûts de la stratégie européenne de lutte contre l’IPTV illégale et sur sa viabilité à moyen terme. Selon le rapport, les stratégies actuelles sont bien “trop coûteuses, facilement contournables et génératrices de dommages collatéraux majeurs”.

Pourquoi les blocages sont voués à l’échec

Le rapport explique que les méthodes actuelles utilisées pour bloquer l’utilisation d’une IPTV illégale n’ont pas grand intérêt et que, surtout, ils ne fonctionnent qu’à très court terme. Les deux principales méthodes aujourd’hui utilisées sont celles du blocage par adresse IP et du blocage DNS (nom de domaine). Cependant, l’utilisateur peut très facilement contourner ces blocages en changeant de résolveur DNS en quelques secondes ou en utilisant les technologies intégrées à Chrome et Firefox de chiffrement DNS pour masquer les sites consultés. Enfin, les sites pirates peuvent rapidement migrer vers de nouveaux domaines, provoquant une course poursuite sans fin.

Un obstacle, et non des moindres, vient décrédibiliser sérieusement la technique du blocage : le RGPD. Pour mettre en place une réelle stratégie, l’Union européenne devrait déchiffrer directement le trafic des internautes. Mais cela constituerait une violation grave du droit à la vie privée et est totalement incompatible avec le règlement européen sur la protection des données.

On évoquait plus haut “des dommages collatéraux majeurs” cités par le rapport du CEPS. En Espagne, par exemple, une action judiciaire de LaLiga, la ligue de football professionnel, avait entraîné le blocage de quelque 3 000 services légitimes qui partageaient une infrastructure avec des sites pirates. Une situation assez similaire a eu lieu dans l’Hexagone avec le combat mené par Canal+ contre les fournisseurs DNS alternatifs, qui s’est ensuite étendu aux fournisseurs VPN, forçant Cisco à retirer son offre OpenDNS en France.

Une seule solution : la baisse des prix

En fin de rapport, le CEPS émet quelques recommandations à destination des autorités européennes et des principaux acteurs du divertissement, les ayants droits. L’une des principales solutions serait de réduire les prix et d’élargir la disponibilité géographique des contenus. “La solution n’est pas la répression mais l’amélioration de l’offre légale. Une meilleure stratégie consisterait à rendre les contenus plus disponibles, plus abordables, et moins fragmentés”, pointe le CEPS.

Selon le rapport, 43% des pirates affirment qu’ils arrêteraient leur activité si les prix baissaient. La fragmentation des droits sportifs est notamment citée comme l’un des exemples majeurs. Un supporter peut ainsi être contraint de s’abonner à 4 ou 5 abonnements différents pour suivre ses équipes, alors que l’IPTV lui permet d’avoir accès à tout à un prix défiant toute concurrence.

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