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Les vaisseaux de No Man’s Sky sont-ils scientifiquement plausibles ?

Si Elon Musk voyait les manœuvres des vaisseaux dans No Man’s Sky, il renverrait certainement ses ingénieurs à l’école.

Si vous êtes un fervent adepte du fantastique No Man’s Sky, vous n’êtes pas sans savoir que le jeu s’est relevé d’un lancement absolument catastrophique, pour devenir aujourd’hui une référence dans son genre. Au fil de nombreux correctifs, il s’est bonifié, tel un bon vin, et jamais le studio Hello Games n’a autant convaincu que depuis leur avant-dernière mise à jour, Voyager, le 27 août 2025.

Elle nous a donné, entre autres, la possibilité de construire pièce par pièce le vaisseau de nos rêves, les Corvettes afin d’en faire une véritable base volante. Le rêve absolu pour tout fan de space-opera ou de jeu de survie dans l’espace, qui a redonné un élan exceptionnel au jeu depuis cet été. Une très bonne occasion pour se poser cette question : les nombreux vaisseaux que l’on peut être amené à piloter dans le jeu pourraient-ils exister dans la vie réelle ?

La physique impossible des vaisseaux de No Man’s Sky

Les millions de vaisseaux présents dans le jeu sont équipés d’un moteur permettant quatre modes de déplacement : le vol standard, le vol d’impulsion (boosté), le vol hyper-propulsé (pour les voyages interstellaires) et le saut entre les galaxies (Hyper-saut).

Lorsqu’il entre en vol atmosphérique, un vaisseau standard (non modifié) atteint la vitesse de 50 unités/par seconde. Si l’on suppose qu’une unité du jeu équivaut à un mètre, cela équivaudrait à 180 km/h, soit la vitesse d’un petit avion de tourisme. Dès que l’on souhaite quitter l’atmosphère d’une planète, la propulsion s’emballe et les vaisseaux filent jusqu’à 1 800 unités/par seconde, soit environ 6 500 km/h.

Sachant qu’il est possible de passer de 180 km/h à 6 500 km/h en à peine trois secondes, cela représenterait une accélération de plus de 60 g, soit soixante fois la gravité terrestre. L’inertie serait telle que toute la structure du vaisseau serait compromise et il se désintégrerait complètement sous la contrainte. Sans un système de compensation inertielle parfait (qui n’existe pas), le pilote serait transformé en purée. Un humain ne supporte qu’entre 4 et 6 g maximum pendant une longue période, et seulement 9 g pour quelques secondes (ce que subissent les astronautes au décollage d’une fusée).

En activant le vol d’impulsion pour les sauts entre les planètes, les vaisseaux peuvent atteindre près de 20 000 unités par seconde, autrement dit plus de 70 000 km/h selon la même échelle. Une vitesse qu’aucun engin humain ne pourrait supporter sans se vaporiser instantanément ; le record officiel appartient à la sonde de la NASA Parker Solar Probe, qui frôle 700 000 km/h, mais uniquement en orbite solaire et sans passager à bord.

Corvette
Exemple d’un modèle simple de Corvette, inspiré de l’esthétique utilitariste navale : sans fioriture ni décoration superflue. © Capture d’écran de Camille Coirault pour Journal du Geek / Hello Games

Quant au déplacement entre les systèmes stellaires, ceux-ci ne prennent que quelques secondes alors que ceux-ci sont parfois séparés de plusieurs centaines d’années-lumière. Ce qui pourrait nous amener à des vitesses théoriques (non données dans le jeu) supérieures à plusieurs milliards de kilomètres par seconde, donc bien au-delà de la vitesse de la lumière. Une impossibilité absolue selon la théorie de la relativité d’Einstein.

Outre ces vitesses surréalistes, dans No Man’s Sky, la friction atmosphérique n’existe pas : les vaisseaux plongent dans l’atmosphère des planètes ou en ressortent sans subir la moindre surchauffe ou turbulence. Alors oui, le résultat est absolument grisant, mais sur le plan scientifique, cela n’a absolument aucun sens.

Les engins conservent la même maniabilité et la même vitesse maximale, que ce soit dans le vide spatial ou dans des atmosphères planétaires denses (voire glacées ou surchauffées). Un vaisseau conçu pour l’espace serait totalement ingérable dans une atmosphère, car il lui manquerait les surfaces de portance essentielles, et vice versa.

Donc non, No Man’s Sky n’est pas réaliste, et c‘est justement pour cela qu’on l’aime, car il n’a pas vocation à l’être. Ses vaisseaux sont fantastiques et magnifiquement réalisés pour que l’on puisse s’abandonner à explorer ses quintillions de planètes ; si Hello Games avait dû prendre en considération tous ces paramètres physiques, le jeu aurait perdu tout son intérêt. La seule réelle simulation spatiale existante à ce jour s’appelle Kerbal Space Program, (ou son deuxième opus, qui a peiné à nous convaincre), mais ce sont deux propositions différentes. No Man’s Sky s’adresse à celles et ceux qui rêvent d’exploration, d’aventure sans contrainte, d’horizons infinis, de l’ivresse propre à l’inconnu, et il excelle dans ce rôle comme peu d’autres ont pu le faire. Cela vaut donc bien quelques concessions aux lois de Newton, si c’est pour préserver ce sentiment rare de liberté totale que de trop rares jeux parviennent à transmettre.

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