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Le premier robot domestique produit en série aime un peu trop votre vie privée (et il est terrifiant)

Neo est présenté comme le premier robot humanoïde produit en série, à destination des particuliers. Mais pour apprendre à faire le ménage chez vous, il a besoin d’un opérateur humain qui regarde à travers ses caméras.

1000 unités réservées en moins de cinq jours au moment de son lancement aux États-Unis. Neo, le robot humanoïde conçu pour faire le ménage chez vous, est enfin arrivé sur le marché. Une étape que la robotique grand public attendait depuis des décennies, mais qui soulève quelques questions embarrassantes.

Le robot qui apprend en vous regardant

Neo, développé par 1X Technologies (norvégo-américaine, soutenue par le fonds OpenAI Startup Fund et Nvidia), mesure 1,68 mètre, pèse 30 kilos. Il se contrôle à la voix ou via une application mobile, et sait déjà accomplir des tâches domestiques basiques : arroser les plantes, vider le lave-vaisselle, ranger des objets, allumer ou éteindre la lumière. Assez logiquement, il est équipé de deux caméras de 8 mégapixels qui lui permettent d’appréhender son environnement. C’est justement là que les choses deviennent intéressantes.

Neo est commercialisé à 20 000 $ à l’achat, ou sur abonnement à 499 $ par mois. L’expansion à l’international, France comprise, est prévue pour l’année prochaine. Présenté comme le tout premier robot humanoïde réellement commercialisé à grande échelle pour le grand public, le produit entend couper l’herbe sous le pied de Tesla avec son Optimus, ou encore de Figure AI, qui n’ont pas encore débuté leur phase de commercialisation.

L’intérêt du Neo réside moins dans ses fonctionnalités que dans sa capacité d’apprentissage. Pour chaque tâche qu’il ne maîtrise pas encore, le robot bascule en ce que 1X appelle le « mode expert » : un opérateur humain basé aux États-Unis, équipé d’un casque de réalité virtuelle, prend le contrôle du robot à distance et guide son apprentissage. Concrètement, cet opérateur voit à travers les caméras de Neo ce qui se passe dans votre salon, votre cuisine, votre chambre. Vous commencez à voir le problème ?

Des garanties insuffisantes face au RGPD

1X Technologies a anticipé les réactions et mis en place plusieurs mécanismes de protection. Les propriétaires doivent planifier et autoriser explicitement chaque session avec un opérateur distant. Un voyant visuel s’allume lorsqu’une connexion est active, et des zones interdites peuvent être définies dans l’application. Il est possible de flouter les visages capturés par les caméras. En théorie, l’utilisateur garde le contrôle.

En pratique, le tableau est plus nuancé. Concrètement, indiquer aux utilisateurs que le robot est en train d’être piloté par un humain ne suffit pas à satisfaire aux exigences du RGPD en matière de consentement éclairé des tiers. Si d’autres personnes vivent ou passent dans votre foyer (et plus particulièrement des enfants), elles n’ont pas nécessairement donné leur accord pour être filmées par un opérateur situé à l’autre bout de l’Atlantique.

La comparaison avec les aspirateurs robots est de mise. Ces appareils, qui cartographient l’intérieur de vos logements pour optimiser leur trajectoire, ont déjà été épinglés à plusieurs reprises pour avoir transmis des données à des serveurs tiers sans chiffrement suffisant. Neo, lui, ne se contente pas de cartographier : il observe, en temps réel, avec la résolution d’une caméra de surveillance.

L’expansion en Europe est prévue pour 2027, et la réglementation européenne sur l’IA, qui encadre les systèmes à haut risque, devra se prononcer explicitement sur des robots domestiques disposant d’un accès en temps réel à l’intérieur des domiciles. Si le cadre juridique reste flou pour l’instant, on peut être certain que les premières livraisons sur le sol européen feront l’objet d’un examen minutieux de la part des autorités de protection des données.

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