Ce n’est pas le genre d’affaire qui fait grincer des dents dans les supermarchés. Le 13 mai 2026, le tribunal régional de Brême a rendu un verdict inédit : Mondelēz, le géant américain de l’agroalimentaire derrière Milka, Oreo et Toblerone, a été reconnu coupable de pratique commerciale trompeuse. Le motif ? Avoir discrètement réduit le poids de sa barre de chocolat Milka de 100 à 90 grammes, tout en conservant un emballage pratiquement identique, et sans aucune communication ni baisse de prix.
L’affaire avait été portée devant les tribunaux par l’office de protection des consommateurs de Hambourg, qui reprochait à Mondelēz d’avoir introduit ce changement début 2025 sans en informer clairement les acheteurs. La défense de l’entreprise reposait sur un argument simple : le nouveau poids était bien indiqué sur les deux faces de l’emballage, et les consommateurs avaient été prévenus via le site web de la marque et ses réseaux sociaux.
Le tribunal n’a pas été convaincu. Il a estimé que la mention du poids était régulièrement masquée par les bords de la boîte en carton, et que l’emballage visuel d’un produit aussi familier crée une attente chez le consommateur — une attente que 10 grammes en moins viennent trahir sans que celui-ci s’en aperçoive vraiment au moment de l’achat.
Dix grammes, mais un précédent
Ce jugement est d’autant plus significatif qu’il ne se contente pas de condamner un comportement : il pose une norme. Le tribunal a précisé qu’une mention compréhensible et clairement visible aurait dû figurer sur l’emballage pendant au moins quatre mois après la réduction de la tablette, afin que les consommateurs puissent prendre conscience du changement.
Plus concrètement, il ne suffit pas d’imprimer le nouveau grammage sur le packaging pour être en règle. Il faut que l’information soit suffisamment visible pour être perçue par les consommateurs. Un coup dur pour le groupe Mondelēz, qui avait déjà remporté en 2025 le titre d’emballage le plus trompeur de l’année par une association de consommateurs allemands. Plus tôt dans l’année, une controverse avait également éclaté autour des œufs de Pâques du fabricant. Cette fois, le tribunal a mis un stop définitif à la shrinkflation.
La shrinkflation, c’est quoi ?
Aussi appelée “réduflation” dans la langue de Molière, la shrinkflation est la contraction de “shrink” (rétrécir) et “inflation”. Il s’agit d’une stratégie commerciale où le fabricant diminue la quantité de produit, par exemple en enlevant quelques gâteaux du paquet ou en rétrécissant leur taille de manière imperceptible à l’œil nu, sans diminuer le prix final. Concrètement, vous vous retrouvez avec moins de produit pour un prix toujours aussi élevé. Rien de très innovant sur le papier : l’inflation touche tout le monde. Pour autant, l’absence de transparence sur le sujet peut facilement induire les consommateurs et les consommatrices en erreur.
Milka n’est d’ailleurs pas seule dans le collimateur. Au-delà du chocolat, secteur particulièrement touché à cause de la crise du cacao actuelle, le phénomène touche d’autres produits de consommation courante : dentifrice, café instantané, flocons d’avoine, jus de fruits, lessives, le principe de la shrinkflation s’est généralisé à travers toutes les catégories de grande consommation.
Et en France ?
Ce jugement allemand intervient dans un contexte où les pays européens cherchent, chacun à sa façon, à encadrer cette pratique. La France a fait le choix d’informer plutôt que de sanctionner : depuis le 1er juillet 2024, un arrêté oblige les supermarchés de plus de 400 mètres carrés à apposer une affichette à proximité de tout produit dont la quantité a diminué sans que le prix ait baissé proportionnellement, conformément à la loi anti-shrinkflation votée en 2024. Reste que des parades existent, et que les géants de l’industrie ne se privent pas de les utiliser.
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