À chaque fois qu’on paie par carte, qu’on règle un abonnement en ligne ou qu’on vire 10 € à un proche, vos données traversent l’Atlantique. Rien d’étonnant à cela, puisque Visa et Mastercard, deux entreprises américaines, traitent la quasi-totalité des paiements par carte en Europe. Sauf que les récents évènements géopolitiques l’ont montré : il vaut mieux ne pas trop dépendre d’un pays étranger pour ses opérations courantes les plus sensibles.
En mars 2022, Visa et Mastercard ont suspendu leurs opérations en Russie dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine. En quelques jours, 72 % des paiements par carte du pays ont été coupés. La mesure visait Moscou, mais la leçon a résonné jusqu’à Bruxelles. En début d’année 2026, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne déclarait sur une radio irlandaise que la situation devait changer « urgemment ».
Une alliance à 130 millions d’utilisateurs, montée en deux ans
La réponse européenne a un nom : l’European Payments Initiative, et son portefeuille numérique Wero. Lancé en 2024 en Allemagne, en France et en Belgique, Wero a atteint 43,5 millions d’utilisateurs enregistrés en un an, pour plus de 100 millions de transactions traitées et 7,5 milliards d’euros échangés. Le principe est différent de celui de Visa ou Mastercard : Wero fonctionne sur la base de virements instantanés SEPA, directement de compte à compte, sans couches intermédiaires. L’argent se déplace en moins de dix secondes, et n’enrichit pas les entreprises américaines.
Le 2 février 2026, l’EPI a franchi un cap autrement plus ambitieux, en signant un accord avec l’Alliance EuroPA, une coalition qui regroupe Bizum en Espagne, Bancomat en Italie, MB WAY au Portugal et Vipps MobilePay dans les pays nordiques. D’un seul coup, ce sont 130 millions d’utilisateurs répartis dans treize pays qui se retrouvent connectés à un réseau commun, sans passer par un schéma américain. De son côté, le Parlement européen a voté en faveur du projet en février 2026 avec 438 voix pour et 158 contre.
Le calendrier est précis : les virements entre particuliers d’un pays à l’autre seront disponibles dès 2026. Les paiements en ligne et en magasin suivront en 2027. L’alliance EuroPA, qui reliait déjà l’Espagne, le Portugal, l’Italie et Andorre depuis mars 2025 à titre expérimental, a déjà traité six millions d’euros de transactions en un an.
Souveraineté ou réalité du marché ?
Le projet Wero n’est pas uniquement politique, il est aussi économique : Visa et Mastercard prennent des commissions sur chaque transaction. Ces montants sont encadrés, mais ils représentent des milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Argent qui part directement aux États-Unis. Une infrastructure de paiement continentale construite sur des virements SEPA instantanés vient court-circuiter ce modèle.
Reste que l’ambition affichée se heurte à des chiffres vertigineux. Mastercard compte à elle seule plus de 900 millions de cartes en circulation dans l’Union européenne. Wero, avec ses 43,5 millions d’utilisateurs et un taux d’adoption qui stagne à environ 5 % des volumes de transactions en Allemagne, son premier marché, est encore très loin du compte. L’infrastructure se construit, mais changer les habitudes de paiement d’un continent prend du temps.
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