Microsoft décrit Solara comme une plateforme “chip-to-cloud” pour des appareils “agent-first”, pensés dès la conception pour exécuter des agents IA plutôt que des applications traditionnelles. Pour comprendre la logique, aujourd’hui vous ouvrez une app, vous naviguez, vous cliquez. Avec Solara, vous exprimez un besoin, et l’agent orchestre le reste. Pour Steven Bathiche, vice-président de Microsoft, “les agents vont remodeler non seulement les logiciels, mais les appareils eux-mêmes“.
Pourquoi Android et pas Windows ?
C’est la première chose qui surprend dans l’annonce. Microsoft a délibérément choisi de construire Solara sur MDEP, Microsoft Device Ecosystem Platform, une version entreprise d’Android basée sur l’AOSP, la même base utilisée pour les salles de réunion Teams. Le raisonnement est basé sur des appareils petits, peu gourmands en énergie, déployables à grande échelle, alors Windows serait trop lourd. Android apporte la compatibilité matérielle et une base de développement connue de millions d’ingénieurs.
Les agents tournent dans des conteneurs sécurisés sur MDEP, avec des politiques qui gouvernent leurs accès. La couche agent est compatible Python et C#. Un nouveau framework baptisé Azure Agent Runtime permet de créer des agents via des intents déclaratifs, des machines d’état et des compétences en langage naturel.
La sécurité comme argument de vente principal
Pour les DSI, c’est le message central puisque Solara intègre Microsoft Intune pour la gestion des appareils, Entra ID pour l’identité, Windows Hello for Business pour la biométrie, et un bouton hardware de coupure micro pour les contrôles de confidentialité physiques. Solara se gère exactement comme n’importe quel autre parc informatique Microsoft. C’est ce qui le distingue des gadgets IA grand public qui effraient les responsables informatiques depuis deux ans.
Solara utilise ce que Microsoft appelle le “just-in-time UI”, des interfaces qui se reconfigurent dynamiquement selon le type d’appareil, la taille de l’écran et le mode d’interaction, sans que les développeurs aient à redessiner l’expérience pour chaque format. Un même agent peut fonctionner sur un badge portable, un hub de bureau et un écran de voiture en adaptant son interface à chaque contexte.
Solara est aussi conçu sans agent dominant unique. Les utilisateurs choisissent quel agent utiliser, et Microsoft prévoit à terme un “agent dispatcher” et un “agent task manager” pour orchestrer et faire remonter les agents pertinents selon le contexte. En clair, pas de monopole Copilot car d’autres agents, y compris ceux de tiers, peuvent tourner sur la plateforme.
Les deux appareils de référence
Microsoft a montré deux designs à Build. Un hub de bureau dans l’esprit d’un Echo Show, qui affiche les données Microsoft 365, accepte les commandes vocales et exécute des tâches. Un badge clé mobile avec connectivité 5G, écran tactile et caméra pour capturer des informations en déplacement.
Ce sont des designs de référence, pas des produits. Microsoft fournit les spécifications pour que les partenaires hardware les construisent. Qualcomm et MediaTek sont partenaires pour ces designs de référence, mais la plateforme est ouverte à une variété de composants et de facteurs de forme.
AccuWeather, Best Buy, CVS Health, Levi’s et Target vont commencer des pilotes dans les prochains mois avec des appareils basés sur ces designs. Des entreprises avec des milliers d’employés en point de vente, en entrepôt, en contact client : précisément les environnements où des agents capables d’interroger des stocks, de répondre à des questions produits ou de gérer des processus logistiques ont du sens, et où Windows est habituellement trop lourd à déployer.
Le vrai concurrent de Solara n’est pas Apple ou Google. C’est le Rabbit R1, les appareils OpenAI annoncés, les wearables IA qui cherchent tous à définir le terminal de l’ère agentique. Microsoft arrive avec ce que ces startups n’ont pas, soit la confiance des DSI, l’intégration Microsoft 365, et une infrastructure Azure qui fait déjà tourner une bonne partie du monde professionnel. Ça ne garantit rien, mais ça change le rapport de force.
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