Le 20 juillet 1976, jour pour jour, un atterrisseur de la NASA se posait en douceur dans une vaste région de l’hémisphère nord de Mars appelée Chryse Planitia. Ce jour-là, Viking 1 devint le tout premier engin à réussir un atterrissage complet sur la planète rouge et à y opérer sur le long terme
Quelques minutes après le contact, la caméra 1 de l’atterrisseur, un dispositif à balayage ligne par ligne, scrutait le sol autour de l’un de ses patins et renvoyait vers la Terre la toute première photographie prise depuis la surface d’une autre planète (voir ci-dessous). À l’époque, on ne savait presque rien de la géologie martienne ni de la chimie de son atmosphère : la planète n’était qu’un astre flou observé à la lunette ou frôlé à la hâte par de rares sondes de survol. Il a survécu assez longtemps pour mener sa mission avec brio, en nous aidant à avancer sur deux questions fondamentales : de quoi Mars est-elle faite, et sommes-nous seuls dans l’univers ?

Viking 1 : onze mois de voyage pour un rendez-vous historique
Au début des années 1970, Mars était une planète scientifiquement insaisissable : l’eau avait-elle un jour coulé en abondance à sa surface ? L’atmosphère actuelle était-elle assez dense pour permettre l’utilisation de parachutes ? Le sol était-il composé de sables mouvants ou de roche solide ? Mariner 9, première sonde à s’être placée en orbite martienne, avait bien révélé des volcans géants et d’immenses canyons, mais aucun engin n’avait jamais touché le sol pour l’examiner de près, et la question qui hantait les scientifiques depuis un siècle n’avait pas encore trouvé son dénouement : cette planète avait-elle pu, un jour, abriter la vie ?
Afin de percer ce voile théorique, la NASA échafauda alors le programme le plus ambitieux et complexe de son histoire post-Apollo : Viking. Deux sondes jumelles, lancées à trois semaines d’intervalle depuis le pas de tir 41 de Cap Canaveral, en Floride : Viking 1 le 20 août 1975, Viking 2 le 9 septembre, chacune hissée par une fusée Titan IIIE-Centaur. Leur conception était identique : elles associaient un orbiteur, chargé de cartographier la surface depuis l’espace et de servir de relais, et un atterrisseur qui, une fois largué, devait entamer sa descente vers le sol martien et s’y poser.
Elles décollèrent pour un voyage de 11 mois, pendant lequel elles parcoururent 500 millions de kilomètres. L’atterrissage était d’abord programmé pour le 4 juillet 1976, afin de faire coïncider l’exploit avec le bicentenaire des États-Unis. Mais les premiers clichés rapprochés transmis par l’orbiteur calmèrent les ardeurs des ingénieurs. Le site repéré depuis la Terre s’avérait bien trop accidenté, et les équipes durent, dans l’urgence, éplucher des centaines d’images pour dénicher un terrain praticable, qu’elles trouvèrent sur le versant occidental de Chryse Planitia.
Viking 1 y atterrit le 20 juillet 1976, suivie de Viking 2, le 3 septembre de la même année dans une région appelée Utopia Planitia, située beaucoup plus au nord et à l’est du site de Viking 1. Si Viking 2 a cessé de fonctionner en avril 1980, suite à une défaillance de ses batteries, Viking 1, en revanche, a été la grande championne de la longévité : elle est restée active jusqu’au 11 novembre 1982, date à laquelle une commande erronée envoyée par le contrôle au sol a accidentellement coupé les communications avec l’engin.

Si Viking 1 n’a jamais trouvé la moindre trace de vie sur la planète rouge, c’est grâce à cette mission qu’est née l’astrobiologie moderne, discipline qui traque la vie extraterrestre. Effectivement, les trois expériences biologiques qu’il a menées à la surface de Mars n’ont décelé aucune signature biologique certaine ; un échec qui fut finalement fondateur pour les missions qui suivirent. Il aura fallu attendre les décennies suivantes pour que la NASA réoriente sa stratégie et se concentre sur l’habitabilité passée : chercher des traces de vie fossile, piégée dans les roches datant de milliards d’années. Un cap qui a permis, bien plus tard, au rover Perseverance ou à son jumeau Curiosity de couronner de succès cette quête vieille d’un demi-siècle. Deux héritiers sur quatre roues qui ont pu confirmer que Mars avait, un jour, réuni les conditions nécessaires à l’apparition de la vie. Les sacrifices de Viking 1 et de Viking 2 n’ont donc pas été vains ; sans eux, nous n’aurions jamais su où, ni comment, poser le regard pour déchiffrer le passé de notre voisine rouge.
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