Ce mercredi 3 juin, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a prononcé deux nouvelles amendes, 16,73 millions d’euros pour l’une, 5,77 millions pour l’autre après une nouvelle enquête autour du géant de la fast-fashion Shein. Au total, 22,4 millions d’euros de sanctions supplémentaires ont été infligées aux sociétés exploitant la plateforme en France. Une addition qui commence à ressembler à une facture structurelle.
Deux sociétés, deux séries de manquements
La première sanction, la plus lourde à 16,73 millions d’euros, cible ISSL (Infinite Styles Services Co Limited), la société qui gère la marketplace française de Shein, y compris les vendeurs partenaires. La DGCCRF reproche à l’entreprise plusieurs manquements, et notamment lors de la confirmation de commande, où les clients ne voyaient pas apparaître le prix unitaire de chaque produit. Les délais de livraison n’étaient pas précisés, et les informations relatives à l’identité des vendeurs partenaires étaient inexistantes. Des mentions pourtant obligatoires en droit de la consommation européen, pas des détails optionnels.
Shein se défend en expliquant que ces informations étaient bien présentes, mais sur l’espace client du site, que la marque considère comme un “support durable”. La DGCCRF, elle, balaie l’argument du revers de la main : si le client supprime son compte, il n’a plus accès à rien.
La seconde amende, à 5,77 millions d’euros, concerne ISEL (Infinite Styles Ecommerce Co Limited), la société qui commercialise directement les vêtements et accessoires sous la marque Shein. La DGCCRF reproche d’abord un droit de rétractation opaque : Shein présente sa politique de retour commerciale (45 jours) de manière à noyer le délai légal de 14 jours, au point que la distinction entre l’un et l’autre n’est pas claire pour le consommateur. Ensuite, l’absence de fiches d’impact environnemental sur certains produits, une obligation là aussi prévue par la réglementation française pour les articles textiles. Sur ce point, Shein parle d’un “incident technique résolu le jour même”.
210 millions d’euros : une ardoise qui s’accumule
22 millions d’euros pour une entreprise dont la branche irlandaise a déclaré 7,68 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe en 2023, c’est peu. Pour autant, ce n’est pas le montant qui compte, mais bien la dynamique. En 2025, Shein avait déjà réglé 40 millions d’euros dans le cadre d’un accord transactionnel pour des pratiques promotionnelles jugées trompeuses : des prix gonflés artificiellement avant les périodes de soldes, plus de la moitié des articles “en réduction” ne bénéficiant d’aucun rabais réel… La CNIL, de son côté, avait infligé une amende de 150 millions d’euros pour non-respect des règles sur les cookies. En cumul, les sanctions françaises contre l’entreprise dépassent aujourd’hui les 210 millions d’euros.
Pour le ministre du Commerce Serge Papin, Shein pratiquerait une “concurrence déloyale”, en “faisant l’économie de la conformité à nos règles et de la protection du consommateur”. Bercy a indiqué vouloir maintenir la pression sur ces plateformes “jusqu’à ce qu’elles changent totalement leurs pratiques, ou désertent notre marché”. Une formulation qui n’a rien d’anodin.
Shein, de son côté, conteste “fermement” les deux nouvelles sanctions, les qualifiant de “manifestement disproportionnées et discriminatoires”. L’entreprise, fondée en Chine en 2012 et désormais basée à Singapour, a annoncé vouloir riposter en justice.
Réponse de la marque
“SHEIN conteste ces sanctions administratives. Elle les considère comme manifestement disproportionnées et discriminatoires. Tout au long de cette procédure, la conformité des transactions effectuées sur notre plateforme, ainsi que la qualité et la sécurité des produits et services proposés, n’ont à aucun moment été remises en cause. Aucun préjudice pour les consommateurs n’a été établi. À notre connaissance, aucune réclamation de client en lien avec ces points n’a été portée à notre attention.”
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