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Disparue depuis 1944, l’épave d’un sous-marin américain retrouvée avec ses 83 marins au large du Japon

Coulé le 1er juin 1944 après avoir torpillé deux navires japonais en quelques heures à peine, l’USS Herring reposait depuis 82 ans à 90 mètres de fond au large des Kouriles. Il vient d’être formellement identifié, avec son équipage toujours à bord.

Lors de la Guerre du Pacifique (1941-1945), l’un des fronts majeurs de la Seconde Guerre Mondiale, des dizaines de submersibles américains se sont enfoncés dans les eaux japonaises pour étrangler les lignes d’approvisionnement de l’Empire afin de contrer son expansion. L’USS Herring, un sous-marin lourd entré dans la légende de l’U.S. Navy, prit part aux affrontements durant deux ans ; il appartenait à la classe Gato, des monstres des mers redoutables par leur arsenal et leur endurance.

Avec ses 95 mètres de long, ses 2 400 tonnes en plongée, il était propulsé par quatre gigantesques moteurs diesel et pouvait parcourir facilement 20 000 km sans se ravitailler. Doté de dix tubes lance-torpilles, sa puissance de feu pouvait déchirer les blindages les plus épais des bateaux adverses. Lors de son engagement, il coula sept navires ennemis en huit patrouilles de guerre avant de disparaître corps et biens au large de l’île de Matsuwa, dans les Kouriles, le 1er juin 1944. Pendant 82 ans, personne ne savait exactement où il était, mais son épave vient tout juste d’être retrouvée.

L’USS Herring : un prédateur des mers

Le 16 mai 1944, l’Herring quitta Pearl Harbor sous les ordres du lieutenant-commander David Zabriskie Jr. pour sa huitième patrouille de guerre dans les Kouriles. C’était alors un archipel très stratégique ; un chapelet d’îles volcaniques qui s’étire sur plus de 1 200 kilomètres entre Hokkaido et le Kamtchatka russe, que la marine américaine surveillait de près : les convois japonais y transitaient régulièrement. L’USS Herring n’opérait pas seul dans ces eaux hostiles : l’USS Barb, un autre de classe Gato, patrouillait avec lui, et les deux submersibles se partagèrent les zones de chasse lors de leur rendez-vous du 31 mai.

Ils se retrouvèrent à la date prévue en mer d’Okhotsk (Russie), à environ 241 km à l’ouest de Matsuwa, pour définir leurs secteurs respectifs. Dans l’après-midi même, l’USS Herring attaqua un convoi et envoya par le fond la frégate japonaise Ishigaki, ainsi qu’un cargo de l’armée impériale, le Hokuyo Maru.

Repéré depuis le rivage après ses deux derniers naufrages, il encaissa deux impacts d’une batterie côtière japonaise. À distance, l’USS Barb perçut dans la nuit les sourdes détonations des grenades sous-marines (raisemblablement larguées par des navires japonais pour l’achever) qui frappèrent le kiosque de l’USS Herring, et ne reçut plus jamais de communication de son équipier. C’était le 1er juin 1944 : son équipage consigna simplement l’heure des explosions, puis repartit en patrouille.

Attendu à Midway le 13 juillet 1944, l’USS Herring ne revint jamais. Cela faisait six semaines que la marine américaine tentait de le joindre sans succès, six semaines que ses messages restaient sans réponse. Ce jour-là, elle tira la seule conclusion qui s’imposait alors : il était porté disparu. Avec lui, 83 marins engloutis dans les eaux grises des Kouriles, qui ne revirent jamais leur port d’attache et leurs familles.

Un géant de l’U.S. Navy retrouvé

En 2017, une expédition de la Société Géographique Russe localisa une épave au large de Matsuwa, dans une zone qui correspondait aux dernières positions connues de l’USS Herring. De plus, l’épave ressemblait fortement à celle d’un sous-marin de classe Gato, mais ces deux éléments furent insuffisants pour en conclure qu’il s’agissait bien de lui.

Cinq ans plus tard, en 2022, une nouvelle mission retourna sur place et des plongeurs descendirent au plus proche de l’épave pour la photographier sous tous ses angles et y poser une plaque commémorative. Les données récoltées furent ensuite confiées à trois chercheurs, deux Américains bénévoles et un Japonais, chargés de les confronter aux archives de l’U.S. Navy et aux registres militaires japonais de juin 1944.

Ce n’est que cette semaine que le verdict est tombé, le 1er juin, 82 ans jour pour jour après sa disparition : la Naval History and Heritage Command vient de confirmer qu’il s’agissait bien de lui. L’épave repose à plus de 90 mètres de fond, droite sur sa quille, dans un état de conservation remarquable. Les dommages sont toujours visibles autour du kiosque, là où les tirs de la batterie côtière l’ont frappé, et des traces d’échouage à la proue. L’exacte description de ce que les archives japonaises décrivaient en juin 1944, quand les servants des batteries signalaient un submersible immobilisé près du rivage avant d’ouvrir le feu.

Fidèle à lui-même, le Department of the Navy la classa immédiatement comme épave militaire protégée et la plaça sous juridiction fédérale. L’USS Herring ne pourra être ni touché ni faire l’objet d’interventions invasives sans autorisation expresse de la Naval History and Heritage Command. Une politique typique de la marine américaine, qui considère que ses épaves de guerre ne sont pas des sites archéologiques comme les autres, mais des sites funéraires que le droit fédéral protège au même titre que n’importe quel cimetière militaire terrestre. Ainsi, les 83 hommes qui perdirent la vie en 1944 ont finalement obtenu leur sépulture, même si elle est au fond de l’océan.

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