Le 3 juin, le Conseil de l’Union européenne a officiellement autorisé l’ouverture de négociations avec l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie, en vue d’intégrer ces pays au régime “Roam Like at Home”. Cela signifie qu’un jour prochain (sans qu’on sache encore exactement lequel), un Français en vacances à Tirana ou à Kotor pourra téléphoner, envoyer des SMS et utiliser ses données mobiles aux mêmes conditions que chez lui, sans débourser un euro de plus.
Depuis son instauration dans l’espace européen, le dispositif “Roam Like at Home” a transformé les habitudes des voyageurs: finie l’angoisse des factures salées au retour de vacances, finie la chasse au réseau Wi-Fi dans chaque café pour éviter de consommer ses données. Ce confort est disponible aujourd’hui dans les 27 États membres de l’UE ainsi qu’en Islande, au Liechtenstein, en Norvège mais aussi depuis peu en Moldavie et en Ukraine, mais il restait jusqu’ici inaccessible dans ces destinations des Balkans pourtant de plus en plus prisées. Comme la Suisse, le Royaume-Uni ou Monaco, ces pays se trouvent en dehors de la bulle protectrice du roaming européen.
Les eSIM, solution en attendant mieux
Face à cette lacune, les voyageurs ont dû trouver des alternatives. Et ils les ont trouvées. Ces dernières années, les eSIM (ces cartes SIM dématérialisées que l’on télécharge directement sur son smartphone via une application) ont connu un succès fulgurant. Des plateformes comme Saily, qui appartient au même groupe que NordVPN, ou Ubigi proposent des forfaits data temporaires qui peuvent être activés en quelques minutes avant le départ pour une fraction du coût facturé par les opérateurs traditionnels en dehors de l’espace RLAH. Pour un séjour d’une semaine en Serbie ou en Albanie, il était ainsi possible de s’offrir plusieurs gigaoctets de données locales pour moins de dix euros, sans changer physiquement de carte SIM.
Mais si les eSIM ont constitué une réponse pratique à court terme, elles restent une solution de contournement : elles ne couvrent généralement que les données mobiles et les appels et SMS passent toujours par l’opérateur d’origine… avec les frais qui vont avec. Par ailleurs, leur gestion demande une certaine familiarité avec les réglages de son téléphone, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.
L’extension du “Roam Like at Home” aux Balkans occidentaux changerait donc la donne: comme l’a souligné Marilena Raouna, ministre adjointe aux Affaires européennes de Chypre, lors de l’adoption de la décision : “Une connectivité accrue signifie davantage d’opportunités pour les citoyens, les entreprises et la coopération économique.” Le timing n’est pas anodin : l’Albanie a franchi le cap des 12 millions de touristes étrangers en 2025, le Monténégro accueille chaque année quelque 96 000 visiteurs français, et la fréquentation touristique de la Serbie a doublé en dix ans pour atteindre 4,4 millions d’arrivées en 2024.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan de croissance adopté par Bruxelles en 2023 qui vise à faire bénéficier les pays des Balkans occidentaux de certains avantages de l’adhésion avant même leur entrée officielle dans l’Union. “C’est plus qu’une étape technique, c’est une démonstration concrète de notre avenir commun”, a précisé Raouna dans le communiqué officiel du Conseil.
Reste que le chemin est encore long. Après le feu vert politique du Conseil, la Commission européenne doit mener des négociations séparées avec chacun des six pays. Ceux-ci devront ensuite aligner leur réglementation sur l’acquis européen en matière de roaming, avant qu’une évaluation de conformité ne soit conduite. En d’autres termes : les Balkans ne seront pas dans la zone “Roam Like at Home” dès cet été. D’ici là, les eSIM ont encore de beaux jours devant elles.
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