En avril 2026, sur le site d’essais de Pershore dans le Gloucestershire, Thales UK a neutralisé 80 drones en vol lors d’essais menés avec Teledyne e2v. Un seul essai, 80 appareils au sol. Coût par tir estimé à 10 pence, soit environ 11 centimes d’euros. Face à des essaims de mini-drones fabriqués pour quelques dizaines d’euros, l’équation commence enfin à pencher du bon côté pour le défenseur.
Qu’est ce que le RapidDestroyer fait vraiment ?
Contrairement aux systèmes de brouillage traditionnels qui perturbent les communications, le RapidDestroyer détruit physiquement les composants électroniques embarqués. L’arme émet des ondes radio de haute intensité qui grillent directement l’électronique des drones. Ce n’est pas un brouilleur, c’est une arme à destruction physique qui ne laisse pas au drone la possibilité de retrouver son signal et de reprendre sa mission.
Les essais d’avril 2026 ont démontré une nouvelle antenne à quatre panneaux conçue pour augmenter la quantité d’énergie délivrée sur cible et étendre la portée d’engagement. L’investigation numérique de chaque engagement a montré des neutralisations quasi immédiates et consistantes, empêchant les drones de reprendre leur trajectoire après avoir été ciblés.
Le système s’intègre avec le logiciel de commandement, contrôle et conduite de tir de Thales. Ce couplage entre l’arme et le C2 est ce qui permet de traiter un essaim : détecter, identifier, prioriser et engager plusieurs cibles en parallèle sans intervention humaine à chaque tir.
Ce n’est pas la première démonstration
Les essais d’avril 2026 font suite à des tests conduits en avril 2025 sur le terrain de Manorbier au Pays de Galles, où le système avait détruit deux essaims de drones simultanés lors de ce que le ministère britannique de la Défense avait qualifié de plus grand exercice anti-essaim jamais mené par l’armée britannique. Des tirs en conditions réelles avaient déjà engagé plus de 100 drones au total sur ce site. La progression est réelle et documentée d’une année sur l’autre.
L’étape suivante consiste en une phase d’intégration sur véhicule militaire en conditions opérationnelles réelles. Le visuel officiel de Thales montre un concept de RapidDestroyer monté sur un Wolfhound, véhicule en service dans l’armée britannique. Un système mobile, déployable sur véhicule, capable de protéger une colonne ou une base avancée contre des essaims, c’est le besoin opérationnel immédiat que l’Ukraine a rendu évident pour toutes les armées occidentales depuis trois ans.
Un contexte stratégique
La guerre des drones a changé les règles. Chaque missile intercepteur peut coûter des dizaines ou centaines de milliers d’euros, pour abattre un drone construit à partir de composants civils pour quelques centaines. Cette asymétrie structurelle favorisait l’attaquant depuis des années. Avec une arme dont chaque tir coûte moins qu’un café, la logique s’inverse.
Aux États-Unis, l’US Air Force développe THOR2, Epirus équipe la marine américaine de son Leonidas, et Washington prépare le programme Meteor pour abattre non plus des drones, mais des missiles balistiques antinavires. La course aux armes à énergie dirigée est mondiale. Au Royaume-Uni, le RapidDestroyer évolue dans la même catégorie que le DragonFire de MBDA, un système laser que le Royaume-Uni développe également vers un emploi opérationnel. Deux technologies complémentaires, deux approches physiques différentes (micro-ondes contre laser) pour le même objectif qui est de rendre les essaims de drones économiquement intenables pour l’attaquant.
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