13 – Following (1999)
Le premier long-métrage de Christopher Nolan est aussi une sacré curiosité et un prémisse à ce que va devenir ensuite la filmographie du cinéaste. Dans ce film, Nolan s’amuse avec un écrivain en quête d’inspiration, au point de suivre inlassablement des inconnus, avec pour règle de ne jamais suivre deux fois la même personne. Evidemment, pour qu’il y ait une intrigue, il faut bien que notre écrivain trahisse sa propre règle, ce qui le conduit à être pris sous l’aile et l’influence de Cobb (tiens, tiens), un cambrioleur (tiens, tiens) casse-cou. Entièrement tourné en noir et blanc et très court (1h09), Nolan nous montre déjà une partie de son génie et de sa patte, avec un twist final, une narration dépourvue de réelle chronologie (que l’on retrouvera dans Memento ou plus récemment dans l’Odyssée) et le thème de la manipulation.

12 – Insomnia (2002)
Il s’agit du troisième film de Nolan et il est probablement l’un de ceux qui ressemblent le moins au reste de sa filmographie. Insomnia est le remake du film norvégien du même nom d’Erik Skjoldbjaerg, un film commandé par Warner Bros au réalisateur américain et qui nous offre un polar noir avec un Robin Williams en contre-emploi et Al Pacino face à lui. L’ambiance n’est pas sans rappeler celle de la série Twin Peaks, avec une enquête de police autour du meurtre d’une jeune adolescente dans une petite ville au nord du cercle arctique, là où le soleil semble résigné à ne pas vouloir se coucher. Un cadre atypique, l’Alaska, un casting grandiose auquel vient se greffer Hilary Swank, Insomnia est une très belle surprise, qui aurait probablement encore plus gagné en sympathie si elle n’était pas réalisée par Christopher Nolan, finalement.
11 – The Dark Knight Rises (2012)
Le dernier volet de la trilogie Batman de Christopher Nolan est également le moins bon des trois. Pourtant, “Rises” a de solides atouts dans sa manche. Une réalisation impeccable, une première heure époustouflante, rythmée par un kidnapping dans le ciel, la chute de Batman, celle de Gotham, matérialisée par l’effondrement symbolique d’un stade, la prise d’otages totale de la ville et un méchant Bane, quasi parfait pendant cette même heure.
Puis, derrière, tout s’essouffle un peu, avec un film qui accélère un peu trop dans son dernier tiers, comme si Nolan voulait tout régler très vite, trop vite. Les scènes de combat sont moins bien chorégraphiées, Marion Cotillard nous gratifie d’une des morts ni fait ni à faire dans l’histoire du cinéma et des personnages secondaires auraient mérité un meilleur traitement final (Catwoman, Blake, Talia Al Ghul) au regard de ce qu’ils sont censés être et/ou amenés dans le lore du personnage.
10 – Tenet (2020)
Christopher Nolan aurait pu appeler ce film le mal aimé ou l’incompris. Six ans après sa sortie, Tenet est toujours un film qui divise dans la filmographie du réalisateur. Il faut déjà se rappeler du contexte de la sortie du long-métrage. Tenet est sorti à la fin du mois d’août en France et entre deux confinements. Pour l’industrie mondiale, le nouveau Nolan, avec ses allures de blockbuster et son casting quatre étoiles (John David Washington, fils de Denzel et Robert Pattinson), avait les épaules pour “sauver” le cinéma et relancer la fréquentation des salles. Parce qu’un Nolan, c’est toujours un événement et une signature suffisamment bankable pour attirer le chaland.
L’ennui, c’est que Tenet s’est, d’entrée, vu coller une étiquette qui n’était pas la bonne. The Dark Knight, Inception, voire Interstellar dans la filmographie de Nolan aurait pu épouser ce statut. Mais pas Tenet, avec ses scènes d’action mémorables, son goût pour l’inversion, sa propension à nous offrir une version futuriste de James Bond et son scénario totalement fou, tellement fou qu’il nécessite un ou deux revisionnages pour en comprendre tout le génie et la complexité. C’est probablement là où Nolan a perdu son monde et s’est perdu lui-même. Féru de science-fiction, d’histoire et de la thématique du temps, le réalisateur s’est un peu trop amusé dans un film fait pour perdre autant que possible son public. Trop complexe Tenet ? Oui, pour beaucoup. Et pourtant, derrière ce capharnaüm géant, un certain Robert Pattinson tire grandement son épingle du jeu.
9 – Dunkerque (2017)
Probablement l’OVNI dans la filmographie de Christopher Nolan. Parce que Dunkerque est probablement le plus réaliste, le plus simple dans sa construction et le plus froid de tous. Et le plus radical aussi. Film de guerre, il est là pour reconstituer, en trois parties, la célèbre Opération Dynamo, visant à évacuer les troupes encerclées par les forces allemandes à Dunkerque. Le film est spectaculaire dans sa reconstitution aussi bien des faits, des éléments, que de la souffrance physique et psychologique des soldats engagés. Le son, cher au réalisateur et le travail de lumière sont les grands atouts de ce film, qui joue sur tous les terrains, terre, mer et air, avec une mise en scène remarquable mais un manque de profondeur pour les personnages qu’elle met en avant.
8 – Batman Begins (2005)
Le premier volet de la trilogie de Nolan consacré au Chevalier Noir est un de nos films préférés (le mien, hein, j’assume), parce qu’il offre finalement un aspect jusque-là jamais adapté en live action de la vie du Chevalier Noir de Gotham : celui de son apprentissage de guerrier et la façon avec laquelle il a basculé de jeune riche héritier à justicier masqué. La Ligue des Ombres, l’influence de Ra’as Al Ghul, la façon avec laquelle le jeune Bruce Wayne épouse sa noble et sombre destinée, voici les gros points forts d’un film qui souffre finalement, d’avoir eu une suite encore plus noire, plus élaborée et plus aboutie qu’il ne l’est lui-même.
Dans Batman Begins, c’est Bruce Wayne qui sort grandi, parce que c’est sur lui, ses atermoiements, ses choix et son évolution que Nolan s’attarde, plus que le Batman en lui-même, bien que ce dernier nous offre un moment culte en contournant ses préceptes pour se débarrasser de Ra’as Al Ghul. Un excellent film pour lancer la trilogie mais surtout un excellent film pour redorer le blason d’un super-héros malmené par son dernier film (Batman et Robin).
7 – Oppenheimer (2023)
Le seul et unique biopic de Christopher Nolan à ce jour a marqué l’année 2023. Une réussite consacrée l’année suivante aux Oscars, avec 13 nominations et 7 statuettes, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Cillian Murphy. Si les récompenses sont justifiées, Oppenheimer épouse tout de même quelques défauts dans sa cuirasse, la faute à sa durée (trois heures), à une avalanche de seconds rôles peu développés – un constat que l’on peut et doit faire aussi pour L’Odyssée aujourd’hui – et à un rythme parfois inégal. Le film est beau, soigné, la performance de Cillian Murphy est exceptionnelle, celle de Robert Downey Jr l’est tout autant, dans une deuxième partie du film probablement bien plus supérieure à la première.
6 – Le Prestige (2006)
Probablement l’un des films les plus surprenants de la filmographie de Nolan. Et l’un des plus réussis, notamment sur le plan de l’illusion et de la magie. Dans Le Prestige, Nolan confronte deux magiciens prêts à tout pour prouver leur supériorité et nous offre un face-à-face haletant entre Hugh Jackman et Christian Bale. Mais Le Prestige, c’est un film illusoire qui joue avec notre perception et notre compréhension, pour mieux nous surprendre à la fin, avec une conclusion à la Nolan, laissant le spectateur face à plusieurs possibilités. Alors que, comme Inception, il n’y en a finalement qu’une à retenir. Peut-être trop complexe sur les bords, Le Prestige jouit pourtant d’un formidable travail d’écriture et de réalisation, dans lequel Nolan s’amuse, une fois encore, à perdre son auditoire, à l’illusionner, pour mieux le scotcher dans son final.

5 – Memento (2000)
C’est probablement un des films que l’on cite lorsqu’on veut conseiller à quelqu’un de se lancer dans un des projets de Christopher Nolan. Car, finalement, le deuxième long-métrage réalisé par ce dernier est un sacré concentré de son style et de sa propension à, volontairement, jouer avec la logique, la cohérence et la perception du spectateur. Le tout avec un jeu de couleurs assez saisissant, avec des scènes en noir et blanc venant se mêler régulièrement au récit.
Dans Memento, on suit les péripéties de Leonard Shelby, un homme qui cherche à élucider le meurtre de sa femme mais qui souffre d’amnésie antérograde, ce qui l’empêche de se souvenir de nouvelles choses. Alors pour ne pas oublier les éléments qu’il découvre au fur et à mesure de son enquête, Leonard couvre son corps de tatouages et prend des photos sur lesquelles il glisse des notes. Memento, qui n’est toujours pas à ce jour le film le plus cité parmi les chefs d’oeuvre de Nolan, en est pourtant bien un, et s’est même érigé en modèle du genre pour ce qui est de la narration complexe. Son final est grandiose et l’enquête de Shelby est immersive et interactive, tant elle implique le spectateur dedans, chacun devant démêler les noeuds inextricables d’une histoire dans la narration est volontairement faite à… l’envers.
4 – L’Odyssée (2026)
Seul le temps dira si cette place est juste pour le dernier film de Nolan. On aurait très bien pu le mettre tout derrière, en se justifiant par sa récente date de naissance et une volonté de mieux digérer l’oeuvre dans le temps pour la classifier. Mais non. On a préféré prendre un risque, puisque c’était aussi le but de ce classement, que vous commenterez, c’est certain. Mais, dans une année 2026 où quelques pépites ont déjà montré le bout de leur nez (Obsession, Backrooms, Send Help, The Furious, The Drama…), force est de constater que l’Odyssée est exactement à la place que l’on attendait et qu’on lui prédisait, au regard de son casting, des moyens mis et de l’implication de Nolan pour ce projet.
Alors que Spider-Man va tisser sa toile dans une semaine avec Brand New Day et que la fin d’année verra le retour des Avengers dans Avengers Doomsday et Timothy Chalamet en superstar de Dune 3, l’Odyssée est le très gros coup de cette année 2026. Nolan a réussi son pari, avec une lecture humaine et réaliste du récit d’Homère, tout en offrant un spectacle visuel de premier ordre, porté par les sonorités composées par Ludwig Goransson, déjà aux affaires dans Oppenheimer. Du très grand cinéma.
3 – The Dark Knight (2008)
On a mis ce film à cette place parce qu’il s’agit, encore aujourd’hui, du plus grand ou d’un des plus grands films de super-héros à ce jour. Et c’est parce qu’il n’en est pas un au sens conventionnel (ou marvelesque) du terme, un peu à l’image de ce qu’avait fait Zack Snyder avec l’excellent Watchmen : Les Gardiens. The Dark Knight, c’est, en mettant de côté l’incroyable Joker de Todd Philips, la plus grande représentation sur grand écran de la némesis de Batman, portée par l’interprétation iconique du regretté Heath Ledger.
Le mano a mano que nous offre l’Homme Chauve-Souris et son clown préféré durant tout le film est dantesque, avec une forte propension du deuxième à totalement voler la vedette au premier. Le Joker crève l’écran, et ce durant tout le film, dont il rythme chaque rebondissement. La genèse de Double-Face est réussie et la capacité du Joker à corrompre tout ce qu’il touche est phénoménale. Tout comme cette fin, tout aussi iconique, avec les mots de Gordon susurrés à l’oreille de son fils, tandis que Batman doit basculer de héros à paria dans la nuit noire de Gotham. Un chef d’oeuvre.
2 – Interstellar (2014)
L’autre grand chef d’œuvre, pour beaucoup, de la part de Christopher Nolan. Et l’accomplissement d’un rêve de gosse pour le réalisateur, qui a enfin pu porter à l’écran un film de science-fiction se déroulant dans l’espace. Interstellar est culte pour plusieurs raisons : il est contemporain et on ne peut plus actuel, en traitant des thématiques qui nous impactent aujourd’hui ou sont en passe de l’être, comme le réchauffement climatique, l’écologie, l’épuisement des ressources de la planète et la survie de notre espèce. Le film est à la fois d’une profondeur philosophique remarquable, d’une anticipation réaliste et poignante et d’un réalisme confondant. On retrouve la thématique du temps et du deuil, tous deux au service de l’autre histoire racontée par ce film, celle d’un père et de sa fille, de leur complicité et de leur amour indéfectible, malgré les années, la distance et les enjeux de survie revendiqués par le long-métrage. Un très, très grand film, ni plus ni moins, porté par un duo Matthew McConaughey et Jessica Chastain absolument émouvant.
1- Inception (2010)
Certains auraient probablement placé ce film plus bas. Ou du moins l’aurait inversé avec d’autres (Interstellar, Memento, le Prestige). Mais il s’agit tout simplement du film de la vie de celui qui rédige ce classement, malgré les regards désapprobateurs, pour certains de ses choix, de ses collègues. Inception est à cette place parce qu’il symbolise tout ce que Nolan sait faire de mieux : gérer un casting étoilé et oscarisé (Leonardo Di Caprio, Tom Hardy, Cillian Murphy, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Elliot Page, Michael Caine, Ken Watanabe…), jouer avec nos nerfs (combien de strates de rêve déjà), notre perception du temps et de l’espace. Placer ses thèmes favoris au centre de l’intrigue, comme le deuil, le temps, la mémoire, la manipulation et la rédemption.
Et, enfin, au détour d’un film qui ne se repose jamais trop longtemps sur un acquis et qui est, en soi, un modèle de rythme, entre action et introspection pour le personnage principal, Nolan nous offre aussi du grand cinéma. Des plans à couper le souffle, une fin dantesque, portée par une musique qui l’est tout autant, rappelant que le réalisateur aime associer ses grands moments à des compositions formidables. La musique “Time“, signée Hans Zimmer, est un petit bijou, qui accompagne un ending fort et qui pue la classe, avec un Leonardo franchissant enfin cette frontière le séparant de ses enfants, passant devant ses compagnons d’armes (re)devenus de simples inconnus pour lui. Et puis, il y a cette toupie qui tourne et qui n’aura cessé d’alimenter des théories en tout genre sur la véritable conclusion de ce film, alors que Nolan avait, d’entrée de jeu, donné toutes les clés pour le comprendre. Avant d’embrouiller son monde avec maestria.
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