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Australie : en cherchant de l’or, des géologues tombent sur un vestige d’impact extraterrestre

Tapie sous les terres rouges de l’ouest australien, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Kalgoorlie, une forme circulaire de plusieurs kilomètres de diamètre a été découverte. Trace d’un ancien cataclysme cosmique effacé par l’érosion, elle dormait sous le désert depuis des centaines de millions d’années.

Dans les Eastern Goldfields, vaste province aurifère de l’ouest de l’Australie, des géologues étaient en plein travail de routine. Ils passaient au crible des données de gravimétrie, méthode leur permettant de mesurer les infimes variations de la pesanteur d’un point à l’autre pour radiographier le sous-sol et repérer les formations géologiques propices à la formation de gisements d’or. Au lieu de trouver un nouveau filon, leurs relevés ont fait surgir une vaste empreinte annulaire de roche mesurant 4 km de diamètre, sous le sable.

Les forages d’exploration lancés dans la foulée ont confirmé qu’il s’agissait d’un astroblème, les vestiges d’un impact de météorite, baptisé « structure d’impact d’Ora Banda » du nom d’un ancien district minier voisin. Décrite dans un article publié en avril 2026 dans la revue Meteoritics & Planetary Science par une équipe menée par la géologue Raiza Quintero, elle ne ressemble à presque aucun autre cratère connu sur notre planète.

Ora Banda
La signature gravimétrique du cratère, avec les deux zones de forages (EVDD0053 et EVDD0054) qui ont confirmé la trouvaille. © Quintero et al. / Meteorit. Planet. Sci., 2026

Un cratère enfoui sous le désert

Confirmer l’existence d’un tel cratère est un exercice géologique très complexe ; en surface, aucun relief ne le trahit, puisque l’érosion l’a raboté durant des centaines de millions d’années. Une épaisse couche d’argile, typique de cette zone de l’Australie, l’a ensuite enseveli, ce qui explique pourquoi cette anomalie géante est restée invisible pendant plus d’un siècle de prospection minière. Pour prouver son existence, l’équipe de Quintero a été contrainte de forer pour aller chercher les indices seulement là où ils subsistaient encore, sous le désert.

Premier d’entre eux, repéré en affleurement puis retrouvé dans les carottes de forage : des cônes de percussion (« shatter cones »). Des fractures en forme de cônes striés ne se forment que sous une onde de choc très violente, qu’aucun séisme ou  éruption volcanique ne peut produire sur Terre.

Plus bas, les forages ont rapporté des brèches d’impact : lorsqu’une météorite percute le sol, la pression pulvérise la roche en une multitude d’éclats, aussitôt ressoudés entre eux par une pâte minérale plus fine. Certains de ces morceaux ont subi une chaleur telle lors de l’impact qu’ils ont fondu, formant des petites billes de verre que l’on retrouve enchâssées dedans.

La composition des billes a corroboré les soupçons de l’équipe : elles concentrent des taux élevés de nickel, de cobalt, d’iridium, de platine, de palladium et de rhodium. Des métaux que l’on trouve habituellement enfouis dans le noyau terrestre, et non dans la croûte superficielle. Ils sont dits sidérophiles, un mot d’origine grecque qui signifie littéralement « qui aime le fer ». En effet, ils possèdent une affinité chimique naturelle tellement forte avec le fer que, lors de la formation de la Terre, ils ont migré vers son centre pour se dissoudre dans son noyau métallique liquide.

Ces trois indices rassemblés, les géologues ne pouvaient plus se tromper : un objet venu de l’espace s’était bien écrasé ici. En s’enfonçant dans le sol, il a creusé ce gigantesque cratère, dont le centre s’est soulevé sous l’effet du rebond de la roche tandis que des anneaux concentriques se dessinaient tout autour, désormais ensevelis sous le désert. Au vu de la taille de celui-ci, même si la vitesse et l’angle d’impact restent inconnus, la météorite devait mesurer au moins 100 mètres de diamètre, selon le géophysicien Jayson Meyers, qui a participé à sa découverte.

Ora Banda ne serait que le deuxième cratère confirmé à s’être entièrement formé dans une « ceinture de roches vertes ». D’anciennes roches volcaniques, vieilles de plusieurs milliards d’années et verdies par les minéraux nés de leur lente transformation, autrement dit parmi les plus vieilles encore présentes à la surface du globe. Voir un tel impact gravé dans un sol aussi ancien est si rare que le site deviendra un terrain d’étude idéal pour les géologues et les planétologues. D’abord pour comprendre comment les météorites martelaient la Terre de ses débuts, ensuite pour établir un modèle d’étude pour décrypter les impacts météoritiques qui ont criblé la surface de la planète Mars lorsqu’elle était encore jeune. Peut-être que d’autres sommeillent encore sous nos pieds, sachant que la zone où elle est située reste encore aujourd’hui l’un des champs aurifères les plus généreux et exploités du monde.

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