Le feuilleton SFR a connu un nouveau rebondissement le 6 juin. Après plusieurs mois de discussions parfois agitées, Orange, Bouygues Telecom et Free sont parvenus à un accord avec Altice France pour reprendre les actifs de l’opérateur au carré rouge. SFR disparaîtrait du paysage et ses différentes activités seraient réparties entre les trois acquéreurs. Le montant de l’opération dépasse les 20 milliards d’euros, ce qui en fait l’un des plus gros mouvements de l’histoire récente des télécoms français.
Trois opérateurs au lieu de quatre : la question qui fâche
Mais avant de sabrer le champagne, les opérateurs devront convaincre les autorités de la concurrence. Et de ce côté-là, l’accueil est plutôt prudent. Dans un entretien accordé au Monde, Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence, estime que l’opération « ne va pas de soi ». Le secteur est déjà très concentré et le passage de quatre à trois opérateurs soulève forcément des questions.
La première concerne les prix. Les consommateurs ont encore en mémoire l’arrivée fracassante de Free en 2012, qui avait largement contribué à faire baisser les factures mobiles. Réduire le nombre d’acteurs pourrait-il produire l’effet inverse ? Les régulateurs comptent bien examiner le sujet de près.
Autre point de vigilance : le risque que les opérateurs restants deviennent un peu trop bons voisins. Benoît Cœuré rappelle à ce titre un précédent célèbre. En 2005, Orange, SFR et Bouygues Telecom avaient écopé d’une amende de 534 millions d’euros pour s’être entendus sur certaines pratiques commerciales. Une piqûre de rappel qui n’a rien d’anodin au moment où le marché pourrait encore se concentrer davantage.
L’affaire arrive aussi à un moment particulier pour l’Europe. Bruxelles travaille actuellement sur une nouvelle manière d’évaluer les grandes opérations de concentration. Pendant longtemps, la question centrale était simple : une fusion risque-t-elle de faire monter les prix ? Désormais, la Commission souhaite également tenir compte d’autres critères, comme la capacité d’une opération à stimuler l’investissement, l’innovation ou la qualité des services.
Les opérateurs comptent justement jouer cette carte. Ils affirment que les économies réalisées grâce au rachat de SFR pourraient être réinvesties dans les réseaux, les centres de données, la cybersécurité ou encore l’intelligence artificielle. Ces promesses ne seront toutefois pas acceptées sur parole. Les autorités exigeront des preuves concrètes et mesurables. Il faudra démontrer que ces bénéfices existent réellement et qu’ils profiteront aussi aux clients.
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