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Vos parties de Pokémon Go ont peut-être alimenté l’IA de drones armés !

Vous pensiez chasser des Pokémon. Vous cartographiiez en réalité des zones de combat pour des drones militaires. L’enquête sur Niantic est l’une des révélations les plus troublantes de la décennie sur l’économie des données.

Lancé gratuitement il y a désormais 10 ans, Pokemon Go est rapidement devenu un véritable phénomène de société. Des millions de joueurs se bousculaient dans les parcs pour dénicher le moindre Pokemon rare tandis que d’autres s’affrontaient à coups de duels sur leur smartphone.

Mais comme on dit, lorsque c’est gratuit, c’est “l’utilisateur qui est le produit”. Il y a trois mois, Niantic défrayait la chronique après des révélations selon lesquelles le développeur de Pokemon Go aurait enregistré et analysé les scans de ses utilisateurs afin de construire une base de données riche de 30 milliards d’images. Mais ce que révèle le média néerlandais Trouw va encore plus loin.

L’enquête, publiée le 5 juin 2026, révèle que les images filmées par les joueurs de Pokemon Go durant ces dix dernières années ont nourri une technologie de navigation sans GPS … qui alimenterait des drones militaires. En 2025, Niantic créait une filiale appelée Niantic Spatial, propriétaire de ces 30 milliards de prises de vue.

“Dans l’économie de la donnée, la géolocalisation est parmi les plus précieuses”, explique notamment Maud Bonenfant, professeure à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en jeu, technologies et société. “Savoir où vous êtes, c’est savoir qui vous êtes : votre domicile, votre travail, vos habitudes, si vous avez des enfants.”

Développement d’une technologie de navigation VPS

Le problème, selon Trouw, c’est que Niantic Spatial a signé fin 2025 un partenariat avec l’entreprise Vantor, spécialisée dans le développement de logiciel de défense. Ensemble, les deux sociétés travaillent au développement d’une technologie de navigation sans GPS permettant à des drones et autres robots de se repérer là où le signal est trop faible.

L’objectif est alors de se reposer non plus sur la technologie du GPS, mais plutôt sur le VPS, pour Visual Positioning System. Un drone peut alors se repérer à l’aide de ses caméras. Il identifie quelques points visuels de son environnement, comme des points remarquables ou bâtiments marquants, et sait déduire une localisation en quelques instants. Là où le signal GPS flanche, le VPS prendrait alors le relais.

Sans tous ces scans accumulés par les joueurs, jamais ce système n’aurait vu le jour aussi rapidement. Ils ont contribué, sans le savoir, à des applications militaires. – Jeroen van den Hoven, professeur d’éthique et de technologie à la TU Deft.

Sur son site internet, Vantor explique notamment que le VPS est particulièrement utile en Ukraine, où le brouillage massif des signaux satellites fait perdre leur tête aux drones.

Malhonnête mais totalement légal

La question reste toutefois de savoir si Niantic est dans son bon droit dans cette affaire. Comme toujours, les conditions générales d’utilisation (CGU) d’une application sont révélatrices sur les intentions d’un développeur, mais personne ne prend véritablement le temps de les lire.

Niantic est toutefois protégé par ses CGU. Celles-ci accordent en effet des droits assez étendus à la société, en lui permettant d’exploiter et de céder les images à des tiers. Le joueur, lui, est totalement trompé, puisqu’il croit jouer à un jeu après avoir aveuglément coché la validation des CGU. “Je jouais simplement à un jeu”, témoigne Floris De Hingh, 34 ans, joueur de la première heure. “C’est tragique : on croit s’amuser, et puis ses données peuvent finir par servir dans une guerre.”

La méthode utilisée par Niantic pour enrichir davantage encore sa base de données est d’ailleurs on ne peut plus discutable. Depuis 2021, l’entreprise japonaise récompense ses joueurs avec des objets in-game s’ils filment à 360° les bâtiments, rues et arbres qui se trouvent autour d’eux. Officiellement, cela sert à enrichir la carte. Officieusement, le but est d’enrichir la base de données de Niantic Spatial…

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