Du 15 au 17 juin se tient à Evian-les-Bains la 52e édition du sommet annuel du G7. Cet important moment de la diplomatie mondiale réunit les 7 pays réputés pour être les plus grandes puissances avancées du monde qui détiennent environ les deux tiers de la richesse nette mondiale : la France, l’Allemagne, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, le Canada, l’Italie (et l’Union européenne). Cette année, les discussions semblent principalement graviter autour d’un thème majeur, à savoir l’IA.
Et pour cause, les attentes de la population mondiale sont nombreuses sur le sujet. En amont du sommet, 95 jeunes de 19 pays différents réunis sous le collectif iRaise ont publié un manifeste réclamant des garde-fous dans le but de protéger leur santé mentale d’une dépendance excessive à l’IA.
Le Youth Manifesto, c’est son nom, insiste sur l’importance de ces garde-fous, qui “ne peuvent être laissés aux seules mains des entreprises qui développent ces outils ou aux adultes qui n’ont pas grandi avec la présence constante de l’IA”. Les signataires du manifeste rappellent qu’ils représentent 40% de la population mondiale, et qu’ils sont la toute première génération à grandir avec l’IA à la maison, à l’école ou dans leurs amitiés.
Selon ces mêmes jeunes, l’IA développée par des adultes ne répond pas à leurs attentes. Une multinationale comme OpenAI ou Anthropic vise la productivité et la rentabilité avec l’intelligence artificielle ce qui, selon les jeunes, n’est pas adapté à leurs besoins. Elle devrait les aider dans leur développement. “Plus on laisse l’IA penser à notre place, plus il devient difficile de penser par soi-même”, ajoute très justement le manifeste.
Quatre inquiétudes majeures
Pour appuyer leurs requêtes, les jeunes signataires du manifeste avancent quatre sujets majeurs qui, selon eux, doivent être pris au sérieux. La santé mentale des jeunes est ainsi avancée en premier lieu, avec de réels risques de dépendance émotionnelle aux chatbots qui remplaceraient les liens humains réels. Avec les fonctions de discussion instantanée, les chatbots comme ChatGPT ou Gemini sont aujourd’hui capables d’entretenir une véritable discussion, troublant la frontière entre réel et numérique. “L’enfance est trop importante pour être traitée comme une expérimentation en direct”, ajoute le manifeste.
La protection de l’enfance est le seul domaine où on peut convaincre les États-Unis qu’il faut une supervision et des règles. – Leanda Barrington-Leach, directrice exécutive de l’ONG 5Rights.
Les jeunes révèlent aussi avoir des inquiétudes grandissantes concernant le marché de l’emploi et une possible “dévaluation” de leur formation face à une IA aujourd’hui omnipotente. La moitié des étudiants avouent même craindre que le marché du travail ne s’effondre avant même qu’ils ne l’intègrent.
La désinformation fait également partie des sujets critiques. Les deepfakes et autres contenus générés artificiellement occupent aujourd’hui une part majeure de l’écosystème du numérique et des réseaux sociaux. Une législation forte à ce sujet est indispensable selon eux pour permettre de conserver un certain esprit critique et la capacité à discerner le vrai du faux. Enfin, l’environnement et les inégalités qui risquent d’être accentués par l’IA sont également mentionnés.
Des chiffres interpellants
Mais rien n’indique pour l’instant que le G7 va prendre de sérieuses mesures sur l’IA à court terme, leur attention étant pour l’heure orientée vers les réseaux sociaux. Pourtant, un rapport intitulé “Mapping of GenAI impacts on child development” dévoile des chiffres qui sont loin d’être positifs.
Selon l’étude menée par Mathilde Cerioli (docteure en neurosciences) et Daniel Hipp (docteur en sciences cognitives), 13,1% des jeunes Américains âgés entre 12 et 21 ans se servent de l’IA pour obtenir des conseils en santé mentale. Près de 3 ados sur 4 aux Etats-Unis ont d’ailleurs avoué avoir eu recours à l’IA pour des conseils, du soutien émotionnel ou des questions sensibles. “Il y a beaucoup de choses que l’on ne sait pas encore, mais nous ne pouvons pas attendre à nouveau 15 ans, comme avec les réseaux sociaux, pour prendre les bonnes décisions pour nos enfants”, pointe Clara Chappaz, ambassadrice française pour l’IA.
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