On ne sait pas si c’est parce qu’on est en saison estivale et que la baignade est de rigueur, mais les films de requin se multiplient comme des Gremlins sur les plateformes de streaming ces derniers temps. Rien que la semaine dernière, on a eu droit au très mauvais Deep Water sur Canal+ malgré un concept accrocheur. Mais comme on n’apprend jamais de nos erreurs, on s’est dit que regarder La Bouche du Diable, le film Top 1 de Prime Video avec encore du requin et encore un concept accrocheur, ça pouvait être une bonne idée.
Sauf que l’on n’a pas vu de bon film du genre squale depuis Dangerous Animals et on commence à se demander si on en reverra un jour. On ne demande pas la lune, mais au moins un long-métrage qui n’aurait pas peur de montrer les dents et qui s’assumerait sans penser au budget serré ou au manque d’idées. On veut la frousse et du fun, ou au moins un des deux. Parfois, la vie, c’est nul.

Qu’est-ce que raconte La Bouche du Diable ?
Cinq amis étudiants voyagent en Thaïlande pour passer du bon temps avant d’entamer leur vie d’adulte. En souvenir du père de l’un d’eux, ils décident d’explorer un lieu touristique très prisé : La Bouche du Diable, une série de grottes en grande partie immergées. Toutefois, ils ne sont pas les seuls dans ces grottes. La marée y a piégé un prédateur. Seul et prisonnier du lieu, le groupe va devoir se serrer les coudes pour survivre au requin et au manque d’oxygène. Le moment est mal choisi pour que les tensions refassent surface…

Pourquoi vous pouvez vous épargner la visite
On sait qu’on a l’habitude d’employer ce genre de formule, mais on persiste et signe, “sur le papier”, La Bouche du Diable avait de quoi nous proposer une expérience assez sexy. Kathryn Newton (Wedding Nightmare 2) en premier rôle, un énorme requin, un espace clos et de quoi le nourrir. On ne sait pas vous, mais de notre côté il ne nous en fallait pas davantage pour nous faire frétiller du popotin à l’idée de lancer le film. On aurait peut-être dû regarder le nom du réalisateur avant.
Jeff Wadlow est le maître pour transformer un film d’horreur avec un brin de concept en film tout public ne sachant pas mettre en scène son concept. Action ou Vérité, Nightmare Island, Imaginary… tout un tas de projets avec du potentiel qui finissent par être simplement regardables entre deux bâillements. La Bouche du Diable (ou The Devil’s Mouth en version originale) répond à ce critère. On n’est pas dans la catastrophe style Deep Water, le film fait même mieux que Nature Prédatrice en fonction du curseur de chacun, mais cela n’empêche pas la promesse d’être non tenue.

Et quand on parle de promesse, attention, on parle de LA promesse. Parce qu’on peut pardonner énormément de défauts – et on va revenir sur certains –, mais le minimum syndical avec un film de requin, c’est au moins de nous apporter une ou deux scènes où l’on savoure le résultat de la rencontre entre un adolescent et la soixantaine de dents d’un requin-bouledogue. La Bouche du Diable est un film tout public. TOUT PUBLIC !
Est-ce qu’on exagère ? Juste un peu, puisque si vous n’aimez pas les grottes ni les requins en CGI, oui vous aurez quelques frissons. Mais peut-on pardonner de ne jamais voir de morsure ? Que la caméra choisisse systématiquement de montrer que des bouts de morts, laissant le ragoûtant hors-champ ? Que lorsque le requin attrape sa proie, on se contente de plans aériens reproduisant Space Mountain ? Le long-métrage paraît même avoir pensé à la sensibilité des hématophobes puisque le sang visible ne se compte pas en litres, mais en gouttes. La Bouche du Diable, le film de requin familial.

Et on va rester taper sur la réalisation, puisque si le scénario fait l’effort de ne pas alourdir le projet tout en proposant finalement une dualité assez intéressante entre l’héroïne qui s’ignore et l’ignorante qui se la joue héroïne. Cela rend les deux personnages détestables, mais on salue l’intention. Bref, on peut se demander comment James Kniest, directeur de la photographie notamment pour Mike Flanagan, a pu participer à un projet où les acteurs, le requin et les décors ont la même couleur.
Tout est sombre, gris, terne et, hormis une ou deux scènes, il faut lutter pour identifier l’action et l’endroit où se trouvent les personnages. Le pire, c’est qu’il y a quelques moments où on commence à envisager de belles images, comme lorsque l’on traverse une eau bleu phosphorescente dans le premier acte avec l’envie de voir ce que cela pourrait donner si on la mélange avec un squale et du sang. Wadlow n’en fera rien parce que le réalisateur a un don : celui de pouvoir transformer, d’un simple toucher de caméra, l’or en purin. La touche du Diable.
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