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Un labo sur la Lune pour éviter de ramener un sale microbe sur Terre

Alors que les missions spatiales se multiplient, deux chercheurs proposent de prendre une précaution radicale : analyser les échantillons extraterrestres sur la Lune avant de les laisser approcher de notre bonne vieille planète.

Ramener des cailloux de l’espace, c’est bien. Ramener avec eux un microbe franchement contrariant, c’est tout de suite moins vendeur. La question de la « protection planétaire » ne date pourtant pas d’hier : elle préoccupait déjà les scientifiques avant même la naissance de la NASA. Et elle n’était pas prise à la légère. Après leur retour de la Lune, les astronautes d’Apollo 11 ont passé 21 jours en quarantaine, le temps de vérifier que Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins ne rapportaient pas un invité microscopique dans leurs bagages.

Une salle d’attente lunaire pour les microbes suspects

Plus de cinquante ans plus tard, le sujet revient sur la table, avec davantage de fusées, davantage d’acteurs privés, et une ambition qui ne s’arrête plus au voisinage lunaire. Frederick Moxley, microbiologiste et ancien conseiller du Pentagone, et Anthony Ricciardi, biologiste spécialiste des espèces invasives à l’université McGill de Montréal, estiment que les précautions actuelles ne sont plus vraiment à la hauteur.

Leur proposition a le mérite d’être claire, et pas franchement modeste : construire sur la Lune un laboratoire de bioconfinement entièrement automatisé. Une sorte de sas sanitaire très haut de gamme, chargé d’examiner les échantillons ramenés de Mars ou d’autres coins du système solaire avant qu’ils ne puissent descendre sur Terre. Frederick Moxley décrit ce futur laboratoire comme un « pare-feu » entre la Terre et d’éventuels organismes dangereux. « L’humanité entre dans une nouvelle ère de l’exploration spatiale, mais nos stratégies de protection planétaire n’ont pas suivi le rythme des risques liés au retour d’échantillons extraterrestres sur Terre », prévient-il.

Le danger ne se limite pas à l’hypothèse très spectaculaire d’une forme de vie martienne qui aurait mauvais caractère. Les deux chercheurs s’inquiètent aussi de microbes beaucoup plus familiers : les nôtres. Ceux que les astronautes emportent avec eux, volontairement ou non, et qui peuvent changer une fois exposés aux conditions de l’espace.

Pour appuyer leur propos, Moxley et Ricciardi rappellent un épisode observé à bord de la Station spatiale internationale. La bactérie Enterobacter bugandensis, capable de provoquer des infections graves, y aurait développé plusieurs souches résistantes à plusieurs médicaments. Des chercheurs avaient alors avancé que la microgravité pouvait faciliter l’acquisition de matériel génétique étranger par les bactéries.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement de savoir ce que l’on pourrait trouver ailleurs. Il faut aussi se demander ce que nos propres microbes peuvent devenir après un petit séjour en orbite, ou après une mission bien plus longue vers Mars. Un microbe terrestre banal au départ pourrait revenir avec de nouvelles capacités, ce qui est précisément le genre de surprise dont personne n’a très envie !

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Source : McGill

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