À partir du 9 juillet 2026, le réseau Charge E-Lec facturera le kilowattheure à 0,19 euro sans abonnement, un tarif calé sur celui de l’électricité domestique EDF en heures creuses. Une vraie rupture sur le papier, mais l’offre cache une limite que le timing de l’annonce, en plein début des vacances d’été, rend presque ironique.
Un prix aligné sur l’électricité de la maison, du jamais-vu sur les bornes publiques
Les tarifs domestiques EDF oscillent entre 19,27 et 19,40 centimes le kWh en heures creuses avec l’option Tempo, quand les opérateurs de recharge publique facturent habituellement entre 25 et 27 centimes, soit une majoration de 30 à 40 % par rapport au coût résidentiel. En descendant à 0,19 euro sans le moindre abonnement, Leclerc efface donc entièrement cet écart historique, ce qui n’avait jamais été proposé à cette échelle sur le marché français. L’enseigne assume la filiation avec son histoire car c’est le même mouvement de rupture tarifaire qu’Édouard Leclerc avait initié sur les carburants en 1970, transposé cinquante-six ans plus tard à l’électrique, et l’annonce a été calée pour coïncider avec l’opération carburant à prix coûtant menée les 3 et 4 juillet dernier dans les 711 stations-service du groupe.
Le fonctionnement reste simple, aucun abonnement mensuel ou annuel, un paiement au kWh réel via une application dédiée, et une offre de bienvenue qui crédite 50 % du montant de la première recharge en avoir à dépenser en magasin, un mécanisme d’acquisition client assez classique plutôt qu’un geste purement altruiste. Le réseau Charge E-Lec, opéré techniquement par Freshmile, compte aujourd’hui environ 3 000 points de charge, avec un objectif affiché de 10 000 bornes d’ici 2035.
Le détail qui change tout
C’est ici que l’offre se dégonfle en grande partie, puisque le tarif de 0,19 euro ne s’applique qu’aux bornes plafonnées à 22 kW, la catégorie la plus lente du réseau. Les bornes intermédiaires, de 22 à 99 kW, et les bornes ultra-rapides, au-delà de 100 kW, restent facturées selon la grille tarifaire classique de l’enseigne, Leclerc n’ayant communiqué aucune baisse sur ces segments à ce jour. Or une borne de 22 kW délivre une puissance théorique rarement atteinte en conditions réelles, et la plupart des véhicules électriques grand public plafonnent de toute façon leur charge AC à 11 kW en monophasé, ce qui allonge encore le temps nécessaire pour un plein complet.
Le réseau lui-même renforce cette limite structurelle car les bornes Charge E-Lec sont exclusivement implantées sur les parkings des centres commerciaux Leclerc, sans aucune présence sur les axes autoroutiers. Autrement dit, l’offre est pensée pour la recharge d’appoint pendant les courses de la semaine, pas pour le plein rapide sur une aire d’autoroute en pleine descente vers les vacances. Annoncer cette baisse de prix précisément au moment des grands départs, tout en excluant de fait les trajets longue distance qui définissent cette période, crée un décalage que l’enseigne ne mentionne évidemment pas.
Face au marché actuel, l’offre reste néanmoins la moins chère en valeur affichée sur ce segment des bornes lentes. Carrefour maintient ses bornes de 22 kW à 0,27 euro le kWh, et Auchan a annoncé une baisse à 0,22 euro à partir d’août 2026, restant donc au-dessus de Leclerc. Sur les bornes rapides, en revanche, la comparaison change de nature car TotalEnergies et Shell Recharge facturent généralement entre 25 et 27 centimes sur leurs bornes de 50 à 75 kW, un surcoût de 6 à 8 centimes par rapport au tarif Leclerc qui se rentabilise largement par le temps gagné, une charge à 80 % en 40 à 50 minutes contre plusieurs heures sur une borne de 22 kW !
Une bonne nouvelle, mais pour un usage précis
Une fois ces éléments posés, le jugement se tranche assez nettement. Cette offre constitue une vraie avancée pour un public bien identifié, c’est à dire les conducteurs sans solution de recharge à domicile, qui font leurs courses chez Leclerc et peuvent laisser leur véhicule brancher le temps du passage en magasin. Pour ce profil-là, obtenir un tarif enfin aligné sur celui d’une prise à la maison, sans abonnement à payer, change concrètement le calcul économique de la voiture électrique au quotidien.
Pour tout le reste, et en particulier pour les trajets de vacances que le calendrier de l’annonce évoque pourtant explicitement, cette offre ne change rien. Un conducteur pressé sur la route des vacances continuera de chercher une borne rapide ou ultra-rapide, où le tarif Leclerc reste identique à celui d’avant l’annonce.
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