“Ce n’est pas l’univers de Gunn. Ce qui est si intéressant, c’est de voir des histoires complètement différentes, fruits de l’expression individuelle des scénaristes et du réalisateur qui créent ces projets… et non pas ma propre contribution.” Ces paroles sont celles de James Gunn lorsqu’en compagnie de Peter Safran, ils ont officialisé les grandes lignes de leur nouveau bébé : DC Studios. Nous étions en janvier 2023.
Nous sommes en juillet 2026 et Supergirl vient de débarquer dans nos salles après une semaine bien compliquée aux États-Unis et dans les grands marchés internationaux. Nous y reviendrons. Ce qui nous intéresse dans le cas immédiat, c’est l’impression laissée à la sortie de la salle.
James Gunn, l’enfant illégitime de Zack Snyder et Kevin Feige ?
Si vous avez lu notre critique, vous savez que l’une de nos déceptions majeures était de ne pas avoir retrouvé Craig Gillespie derrière la caméra. Supergirl transpire la patte de James Gunn par tous les pores de sa peau, que ce soit dans sa direction artistique très empruntée aux Gardiens de la Galaxie ou dans sa mise en scène. Sans compter que le bonhomme a toujours été le premier à s’exprimer autour du long-métrage, ne laissant au réalisateur légitime que quelques miettes promotionnelles. Résultat, il n’est pas rare d’entendre ici et là que Supergirl est un film de James Gunn. Un peu comme L’Étrange Noël de Monsieur Jack, régulièrement attribué à tort à Tim Burton au lieu d’Henry Selick.

Un aspect copier-coller ou presque qui met à mal les propos initiaux sur l’expression individuelle de chacun. Du moins au cinéma, car on sent bien Lanterns prendre une direction opposée. Dès le deuxième film du nouveau DCU, on a l’impression que le moule usé du MCU, où la personnalité s’efface au profit du collectif, pourtant critiqué par Gunn, a posé ses valises en la demeure. Et que le nouveau moule a le visage du réalisateur-scénariste-producteur. Et si finalement la seule différence avec Snyder, c’est que Gunn, en apparence, ne joue pas de son pouvoir auprès des fans ?
Qui du responsable ? Faut-il blâmer Craig Gillespie directement, la présence étouffante de son producteur, ou la position un peu bâtarde du long-métrage ? Rappelons-nous que Milly Alcock apparaît pour la première fois en super-héroïne dans le Superman de Gunn, que son film arrive en salles un an après ce dernier, et qu’elle réapparaîtra dans le Superman 2 : Man of Tomorrow. À part ça ? Pour l’instant tout le DCU s’est forgé sur la caméra ou la plume de Gunn, y compris sur HBO Max. Pas facile de s’y faire une place. Là où Snyder avait fini par lancer un Snyderverse avec son travail et ses sosies, le Gunnverse paraît aujourd’hui inévitable et… s’éclate déjà au sol ?
Supergirl se super-ramasse
Nous sommes donc un an après J-G et Supergirl souffre autant d’un manque d’identité visuelle que d’une véritable personnalité narrative (le film, pas le personnage). Alors que Gunn déclarait il y a trois ans qu’aucun long-métrage ne serait tourné sans un scénario en béton armé, on assiste à un film dont l’écriture tient du papier mâché. Un échec assez spectaculaire lorsque l’on connaît le récit de Tom King dans le comics original.

Néanmoins, le plus gros danger pour le DCU n’est plus tant le risque de vampirisation de Gunn (à la sympathie demeurant) qu’un public ne répondant pas présent. Là où Superman parvenait tout juste à un box-office “satisfaisant” pour le lancement d’une nouvelle franchise, Supergirl n’a pas une semaine qu’elle a récolté 67 millions de dollars de recettes dans le monde. Alors qu’à part exception rarissime, les chiffres sont amenés à baisser semaine après semaine et la concurrence arrive. Résultat, elle se place maintenant à un niveau de catastrophe digne d’un Madame Web, Morbius ou The Marvels.
Si Peter Safran, l’autre tête pensante (plus discrète) de cet univers, s’est voulu rassurant sur ce non-événement qu’est le box-office sur la suite du DCU, on ne peut s’empêcher de se dire qu’avec le rachat de la Paramount, quelqu’un chez les nouveaux propriétaires va mettre son nez dans la colonne des coûts et des profits du gunnverse. Pour le moment, tout le monde sourit sur la photo, mais on note une sorte de flou pour tout ce qui se passera après la sortie de Superman 2 à l’été 2027. Coïncidence ?

À présent, on a le sentiment que la série Lanterns et le film d’horreur Clayface ont subitement un énorme poids sur les épaules, comme s’ils portaient les espoirs d’un dynamic duo n’ayant pas envie de voir leurs rêves se briser prématurément sur l’autel d’un échec commercial dès leur deuxième essai. Après tout, est-ce que ce Gunnverse est plus terrible qu’un Black Adam, un Shazam 2, un The Flash, un Wonder Woman 84, un Aquaman 2 ? Il y a encore beaucoup de choses à sauver de ce DCU, Milly Alcock et David Corenswet en font partie. Peut-être James Gunn aussi.
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