Hier, Meta a enfin réagi publiquement à la polémique sur les lunettes invisibles. Dans une FAQ publiée sur son site officiel, l’entreprise annonce une mise à jour qui coupe purement et simplement la caméra si le système détecte que la LED a été détruite ou trafiquée, et pas seulement masquée comme c’était le cas jusqu’ici. Une vraie avancée technique, mais qui laisse un angle mort de taille.
Ce que change concrètement la mise à jour
Jusqu’à présent, la protection de Meta se limitait à détecter une obstruction physique de la LED, un morceau de ruban adhésif par exemple, et à bloquer la caméra tant que le voyant restait couvert. Ce mécanisme ne faisait rien contre la méthode plus radicale, percer la lentille, détruire la LED, puis reboucher le trou à la résine. Le nouveau système va plus loin car il distingue une simple obstruction d’une destruction physique du composant, et désactive définitivement la caméra dans ce second cas, sans possibilité de la réactiver. Meta revendique une première dans l’industrie “Aucun autre type de caméra n’a fait ça, et nous sommes fiers de montrer la voie“, affirme l’entreprise, une formule qui ressemble autant à une déclaration de principe qu’à un argument marketing bien calibré.
Meta annonce aussi s’attaquer au volet commercial du problème, suppression des annonces, publications et fiches Marketplace qui font la publicité de ces services de modification, bannissement des comptes concernés, et poursuites judiciaires visant les vendeurs, y compris ceux qui opèrent en dehors des plateformes du groupe. Sur ce dernier point, aucune procédure nommément identifiée n’a toutefois été communiquée à ce jour, ce qui rend la promesse difficile à vérifier dans les faits.
Une source du piratage désormais identifiée
Un nom émerge de cette affaire depuis la publication de notre premier article, celui de Bong Kim, un hobbyiste documenté par le média américain 404 Media, qui proposait ce service de dessoudure de la LED pour 60 dollars. Ce tarif diffère de celui que nous avions documenté à l’époque, autour de 100 dollars par intervention, sur la base du travail de Joanna Stern pour le Wall Street Journal dans la région de New York et du New Jersey.
La mise à jour ne concerne, à ce stade, que la deuxième génération de lunettes connectées du groupe. Rien n’indique, dans la FAQ publiée, ce qu’il advient des modèles de première génération toujours en circulation, potentiellement les plus vulnérables puisque plus anciens et donc plus largement diffusés d’occasion. Si cette lacune se confirme, le marché du bidouillage pourrait tout simplement se redéployer vers ces appareils plus anciens, rendant la parade de Meta efficace uniquement sur une partie du parc installé.
Meta reconnaît par ailleurs elle-même une limite structurelle de son autre dispositif de sécurité, le signal sonore émis à l’activation de la caméra, l’entreprise admet qu’il n’est “tout simplement pas pratique” de le rendre audible à distance, ce qui revient à concéder que cette protection ne fonctionne, dans les faits, que pour la personne qui porte les lunettes, pas pour celles filmées à proximité.
Cette annonce intervient enfin dans un climat de confiance déjà écorné sur d’autres fronts. Une action collective a été engagée aux États-Unis début 2026, accusant Meta d’avoir fait examiner par des sous-traitants situés au Kenya des séquences filmées jugées privées par les utilisateurs, en contradiction avec les promesses de confidentialité mises en avant dans sa communication commerciale. Un contexte qui n’invalide pas la sincérité de la nouvelle mesure anti-sabotage, mais qui explique pourquoi une partie du public l’accueille avec circonspection plutôt qu’avec un simple satisfecit.
Une vraie avancée technique
Sur le plan technique, la mesure annoncée par Meta comble un trou de sécurité que nous avions évoqué noir sur blanc, désormais, détruire la LED rend les lunettes inutilisables comme caméra, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici. Mais la communication de Meta reste taillée pour rassurer plutôt que pour informer complètement, aucun calendrier de déploiement pour les anciens modèles, aucune procédure judiciaire nommée pour étayer les menaces de poursuites, et un aveu passé presque inaperçu sur l’inefficacité du signal sonore à distance.
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