Si vous cliquez dessus “J’ai de la chance”, vous atterrissez directement sur le premier résultat, sans passer par la page de résultats. Ce détail anodin coûte à Google environ 110 millions de dollars par an en revenus publicitaires perdus, mais Google le garde quand même !
Une idée des origines, jamais remise en question
Le bouton existe depuis 1998, dès le lancement public de Google. L’idée est simple, si le moteur est suffisamment bon pour trouver le meilleur résultat en premier, pourquoi forcer l’utilisateur à passer par une liste intermédiaire ? C’est une promesse de confiance autant qu’une fonctionnalité.
Larry Page y tient particulièrement, il y voit l’incarnation de ce que Google devrait être, c’est à dire un outil qui trouve la bonne réponse immédiatement, sans friction. Un moteur de recherche tellement précis qu’il rend sa propre page de résultats superflue.
Le problème, c’est que la page de résultats finance l’entreprise
Les revenus de Google reposent presque intégralement sur la publicité affichée dans les pages de résultats de recherche. Chaque fois qu’un utilisateur clique sur “J’ai de la chance”, il contourne cette page, et donc l’ensemble des annonces qui s’y trouvent. En 2007, l’expert en publicité en ligne Tom Chavez calcule que ce bouton représente un manque à gagner de l’ordre de 110 millions de dollars annuels pour Google, sur la base d’un usage inférieur à 1 % des recherches totales.
Marissa Mayer, alors responsable de la recherche chez Google, ne conteste jamais ce calcul, et se contente d’expliquer pourquoi la direction garde le bouton malgré tout.
La décision tient à une logique de marque plus que de rentabilité immédiate. Supprimer “J’ai de la chance” aurait été un aveu : celui que Google optimise désormais pour ses annonceurs plutôt que pour ses utilisateurs. Un message difficile à assumer pour une entreprise dont le slogan fondateur était “Don’t be evil”.
Au fil des années, Google a discrètement réduit l’impact réel du bouton. Lorsque vous commencez à taper dans la barre de recherche, la suggestion automatique s’active, et le bouton devient de facto inutilisable avant la fin de la frappe. Sur mobile, il a pratiquement disparu de l’interface standard. Mais sur desktop, il est toujours là. Inutilisé par l’immense majorité des internautes, coûteux, symboliquement irremplaçable.
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