Renault ne veut pas faire de l’électrique un joli produit d’image vendu à perte. C’est en tout cas le message porté par François Provost, le directeur général du groupe, dans un entretien aux Échos. L’industrie automobile européenne traverse une période compliquée, mais le constructeur français veut se présenter comme l’un de ceux qui peuvent encore gagner de l’argent avec des voitures électriques abordables.
La R5 ne roule pas à perte
La Renault 5 sert évidemment de vitrine. Lancée en 2024, elle devrait dépasser cette année les 200.000 exemplaires produits. Selon François Provost, elle est déjà le premier véhicule électrique de son segment en Europe, et très largement en France. De quoi conforter Renault dans son pari : miser sur des modèles aussi compacts que désirables, et moins chers à fabriquer que les grands SUV électriques.
Le patron de Renault assure que les petites électriques du groupe ne sont pas de simples produits d’appel. « Sur la R5, la R4 et la Twingo, nous faisons des marges positives », affirme-t-il. Il ajoute même que ces marges sont supérieures à celles de la Mégane et du Scénic électriques, pourtant plus haut de gamme. Voilà un point important, car beaucoup de constructeurs déplorent toujours qu’ils ne gagneront vraiment d’argent avec l’électrique qu’à partir de 2030. Renault veut dire l’inverse : la rentabilité peut arriver plus tôt, à condition de serrer les coûts, de simplifier les développements et de choisir les bons modèles.
François Provost fixe d’ailleurs un objectif très concret : proposer d’ici 2030 des voitures électriques au prix des hybrides, tout en conservant une « marge normale ». Pas question, donc, de vendre moins cher pour faire joli dans les statistiques. Sans profits, rappelle-t-il, Renault ne pourra pas financer ses prochaines voitures. Cette trajectoire dépend beaucoup des coûts de production, et les batteries sont au cœur du sujet. Renault soutient toujours son fournisseur français Verkor, malgré des difficultés de montée en cadence. Mais François Provost trace une limite claire : le groupe ne peut pas accepter des batteries « 30 % plus chères que le marché ».
L’autre grand sujet, c’est Bruxelles. Le patron de Renault demande un gel des nouvelles réglementations automobiles pendant dix ans. Il ne veut pas supprimer les règles existantes, mais il faut arrêter d’en ajouter sans cesse. Selon lui, une partie importante des ingénieurs travaille aujourd’hui à des mises à niveau réglementaires plutôt qu’à la baisse des coûts. Sur le 100 % électrique en 2035, le patron se montre aussi prudent. Il dit vouloir confirmer la trajectoire d’électrification, mais l’objectif actuel n’est « pas atteignable » sans une certaine souplesse réglementaire.
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