L’intelligence artificielle s’invite partout, même là où on l’attend le moins. Célèbre pour faciliter la prise de rendez-vous chez un chirurgien, médecin ou dentiste, Doctolib est aujourd’hui au cœur d’un potentiel énorme scandale. Depuis le 8 juillet, un e-mail de la plateforme est envoyé dans les boîtes de millions d’utilisateurs. Son objet : Doctolib va puiser dans leurs données de santé pour entraîner ses futurs outils d’IA.
La société localisée à Levallois-Perret se lance dans un ambitieux projet de recherche en santé numérique destiné à développer de nouveaux services, tous basés sur l’IA. Doctolib veut en effet monter en puissance sur l’IA en renforçant ses équipes de recherche et en développant des assistants pour les médecins.
Une stratégie IA qui s’accélère
Le projet, qui s’appelle “Améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle”, commencera dès le mois d’août prochain et durera trois ans. Développé en collaboration avec l’Inria, l’Inserm et l’Université Paris Cité. Ils souhaitent ainsi être en mesure de repérer certains risques de santé plus tôt, mais aussi de mieux coordonner les rendez-vous santé et fluidifier le suivi médical.
Il s’articulera autour de cinq grands axes de recherche énumérés par l’Inria :
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Des diagnostics cliniques assistés par IA : L’IA formulerait des hypothèses de diagnostic pour les soignants, en affichant un niveau de confiance sur ses résultats. Elle ne remplace pas le jugement du médecin, et l’équipe travaille spécifiquement à quantifier rigoureusement l’incertitude de ces prédictions.
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Une IA « de confiance », made in Europe : L’ambition affichée est d’éviter les “boîtes noires”, chaque recommandation doit pouvoir être expliquée et vérifiée médicalement. C’est un axe qui met l’accent sur la souveraineté et la transparence.
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Un raisonnement « causal », pas juste des corrélations : L’idée est que l’IA ne se contente pas de reconnaître des schémas, mais comprenne les liens de cause à effet, en croisant symptômes, historique médical, contexte de vie et données de capteurs.
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La recommandation de « la meilleure action » de santé : Au-delà du diagnostic, l’IA suggérerait des actions personnalisées (dépistages, vaccins, changements d’hygiène de vie), en tenant compte des risques, coûts et préférences de chacun.
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L’accompagnement du changement de comportement : Concevoir des systèmes qui n’assènent pas seulement « faites du sport », mais accompagnent réellement les personnes dans la durée, en s’adaptant à leur psychologie et à leurs contraintes.
Pour parfaire ces outils, Doctolib compte exploiter certaines informations de santé liées aux utilisateurs, à savoir celles des patients mais aussi celles de leurs proches, rattachés à leur compte. Les données pourront aussi bien avoir été encodées par l’utilisateur lui-même que par un professionnel de la santé.
Un accès complet aux données, vraiment ?
En réalité, Doctolib n’est pas engagée seule dans le “traitement” des données de ses utilisateurs. L’approche est validée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), dans le cadre de recherches jugées d’intérêts publics. Doctolib n’a notamment le droit de ne collecter que les données strictement nécessaires, qui seront pseudonymisées.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? En l’état, il sera impossible pour l’IA de Doctolib d’associer les données à l’identité d’une personne. Pour cela, il faudrait des informations supplémentaires. Doctolib assure que ces informations ne servent pas à entraîner les modèles d’autres entreprises, et précise qu’elles seront conservées durant cinq ans afin de permettre la publication des résultats.
Et si vous ne voulez pas aider à l’entraînement de cette IA, il va falloir procéder à quelques changements. Par défaut, Doctolib considère que tous ses utilisateurs sont consentants et qu’ils acceptent de donner libre accès à leurs données. Pour s’y opposer, il faut remplir un formulaire, qu’il est possible de retrouver dans le mail envoyé par Doctolib, ou en passant par les paramètres de confidentialité du compte.
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