C’est l’une des dérives les plus problématiques de l’intelligence artificielle. Nombreux craignent, et à juste titre, que l’IA fasse disparaître dans les années à venir des métiers de l’administration ou encore de la création visuelle. Mais ce que beaucoup n’avaient pas vu venir, c’est qu’elle prenne le rôle de DRH.
Ce 13 juillet, 26 employés de Meta ont déposé plainte devant le tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, contre leur entreprise, après que celle-ci aurait utilisé l’intelligence artificielle pour procéder à une énième vague de licenciements après l’importante restructuration du printemps 2026 qui avait débouché sur le renvoi de quelque 8 000 employés. Meta avait justifié la perte de 10% de ses effectifs par la nécessité de se diriger vers une gestion plus efficace et compenser les investissements massifs engagés dans l’IA.
Mark Zuckerberg avait à l’époque indiqué qu’il n’y aurait plus de licenciements à prévoir pour cette année après ceux du printemps. Sauf que, selon les plaignants, Meta aurait utilisé des outils internes dopés à l’intelligence artificielle pour mettre en place des scores de productivité sur les employés et ensuite établir un classement. Des outils auraient ensuite analysé les frappes au clavier, le contenu de l’écran, les e-mails et l’historique de navigation pour établir ce score et analyser les employés candidats au licenciement.
L’absence légale confondue avec l’inactivité
Concrètement, Meta aurait utilisé ces recommandations de l’IA pour renvoyer des salariés malades, handicapés, enceintes ou ayant pris un congé protégé lors de la vague de licenciements du printemps. Le système aurait alors identifié leur inactivité numérique, ce qui aurait eu pour conséquence de dégrader leur score et de les placer en tête des listes de départ.
Le problème, c’est que tous ces employés concernés par ce licenciement identifié comme abusif étaient absents et légalement couverts. L’IA, elle, n’a pas pris en compte le motif d’inactivité et aurait identifié ces employés comme générant moins de signes numériques d’activités. Ils envoyaient peu ou pas d’e-mails, généraient moins de documents et utilisaient moins les outils d’IA, leur attribuant un très mauvais score de productivité.
Les accusations juridiques
Mais les plaignants, eux, n’en démordent pas. Ils vont même plus loin, et affirment que Meta a enfreint plusieurs lois majeures, parmi lesquelles l’Americans with Disabilities Act (loi sur les personnes handicapées), le Family and Medical Leave Act (congés familiaux et médicaux) et le Pregnancy Discrimination Act (discrimination liée à la grossesse).
Si les employés concernés ont préféré rester anonymes, certains cas ont malgré tout été cités en exemple et sont véritablement poignants. C’est notamment le cas d’une scientifique de Meta qui aurait été informée de son licenciement deux jours avant d’accoucher, alors qu’elle était en congé prénatal approuvé.
De son côté, Meta réfute totalement les accusations dont elle fait l’objet. “La gestion des effectifs et les décisions organisationnelles étaient et sont prises par des personnes, et non par une IA”, explique un porte-parole de l’entreprise à Reuters.
Le procès devra trancher et estimer si les décisions finales ont bien été prises par un humain, ou si c’était une IA qui était à la barre des suggestions de licenciements. Il faudra également déterminer l’influence réelle de ces scores de productivité. Les plaignants ont enfin demandé au tribunal de suspendre les licenciements le temps de l’examen du dossier après que Meta les ait informés que leurs postes seraient supprimés le 22 juillet.
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