Oubliez le compresseur qui tourne à fond et fait exploser la facture. Une start-up française a mis au point un système de rafraîchissement qui consomme 15 à 20 fois moins d’électricité qu’une climatisation traditionnelle. Son secret, il ne fabrique pas de froid, il va le chercher là où il est déjà gratuit, dans le sol et dans l’eau de pluie. On parle ici de cette innovation appelée Rainergy, signée Airbee.
Airbee, la startup qui réinvente la clim
Airbee, c’est une entreprise installée à Monswiller, près de Saverne en Alsace, dirigée par Damien Marcel. Le monsieur cumule plus de 25 ans d’expérience dans la ventilation, le chauffage et le rafraîchissement de l’air. Et il a une conviction bien tranchée, la climatisation classique, très peu pour lui étant trop énergivore.
Trop gourmande en énergie, trop polluante, il a carrément décidé de la retirer de son catalogue. À la place, Airbee mise tout sur la ventilation double flux, les poêles à bois et les solutions de rafraîchissement naturel. Rainergy, c’est l’incarnation de cette philosophie zéro énergie fossile.
Et pour ceux qui craindraient l’argument marketing bricolé dans un garage, le système a été développé avec l’INSA Strasbourg, Mines ParisTech et le laboratoire ICube.
Concrètement, c’est quoi Rainergy ?
Rainergy, c’est l’hybridation de trois technologies que vous connaissez déjà, assemblées intelligemment : une cuve de récupération d’eau de pluie enterrée, des capteurs géothermiques de surface, et une VMC double flux.
La cuve enterrée stocke l’eau de pluie. Comme elle est sous terre, cette eau reste fraîche toute l’année, peu importe la canicule qui grille la pelouse en surface. Les capteurs géothermiques, eux, récupèrent la fraîcheur naturelle du sol. Et la VMC double flux, c’est le chef d’orchestre : elle aspire l’air frais, le filtre et le souffle dans la maison.
Résultat, l’eau stockée et la fraîcheur du sol servent à refroidir l’air neuf avant qu’il n’entre chez vous. Zéro fluide frigorigène, zéro compresseur qui vrombit dans le jardin. Airbee assume d’ailleurs totalement le côté « low tech » de la démarche. Et franchement, c’est ce qui la rend maligne.
Petit bonus non négligeable : le système marche aussi l’hiver. Le sol étant plus chaud que l’air extérieur pendant la saison froide, Rainergy récupère une partie de cette chaleur pour préchauffer l’air entrant. Vous rafraîchissez l’été, vous économisez du chauffage l’hiver. Deux pour le prix d’un.
Pourquoi ça consomme 20 fois moins d’électricité qu’une clim classique ?
Une clim classique fabrique du froid, Rainergy ne produit pas ce froid, il le transporte. Une climatisation traditionnelle fonctionne avec un compresseur. Ce compresseur comprime un fluide frigorigène pour créer du froid artificiellement, et c’est précisément ce qui consomme énormément d’électricité. Plus il fait chaud dehors, plus il force, plus le compteur tourne.
Rainergy, lui, n’a pas de compresseur et c’est là que se joue toute la différence. Le froid, il ne le crée pas, il l’emprunte à la nature. La fraîcheur du sous-sol reste stable autour de 15 à 20 degrés toute l’année, quelle que soit la température extérieure. L’eau de pluie enterrée est fraîche en permanence. Ces deux ressources sont gratuites et disponibles sans dépenser un seul watt pour les produire.
Du coup, la seule électricité que consomme réellement le système, c’est celle qui fait tourner les ventilateurs de la VMC et la circulation de l’air et de l’eau. Autant dire trois fois rien comparé à un compresseur qui s’arrache les tripes quand il fait 38 degrés. La VMC double flux ajoute même une couche d’efficacité : elle récupère l’énergie de l’air qu’elle extrait via un échangeur, ce qui limite encore les besoins.
Voilà le tour de passe-passe. Pas de magie, juste du bon sens physique. Quand on arrête de produire du froid pour se contenter de le déplacer, la consommation s’effondre.
Le test grandeur nature
Les chiffres sur le papier, c’est bien. Mais est-ce que ça tient la route quand la France subit vague sur vague de canicule ?
Un témoignage revient souvent, celui de Sébastien Gasnier, à Haguenau dans le Bas-Rhin, équipé depuis 2021. Pendant un pic de canicule avec 38 degrés dehors, il fait 27 degrés maximum dans la maison en utilisant le système Rainergy. Onze degrés d’écart. On ne parle pas d’un frigo, mais franchement, entre 38 et 27, il y a le jour et la nuit quand il s’agit de dormir ou de bosser.
En bonus, la VMC filtre en continu les pollens, le CO2, l’humidité et certains composés organiques volatils. On respire donc un air plus sain, contrairement à ce que proposent les systèmes de climatisations traditionnels.
Alors, il est où le piège ?
Rainergy n’est pas une climatisation au sens classique du terme. Il ne transformera pas votre salon en chambre froide sur commande à 16 degrés. Son objectif, c’est de limiter la montée en température et de renouveler l’air en permanence, pas de produire du froid à la demande. Si vous cherchez à claquer des dents en plein mois d’août, passez votre chemin. Si vous voulez juste que votre maison arrête de se transformer en four sans exploser votre facture d’électricité, c’est là où Rainergy devient intéressant.
La cuve enterrée et les capteurs géothermiques, ça veut dire des travaux au sol. Rainergy vise donc surtout les constructions neuves et les rénovations ambitieuses. Bonne nouvelle quand même, le système est éligible aux aides d’État comme MaPrimeRénov’ et les CEE.
Si vous construisez ou que vous vous lancez dans une grosse rénovation, Rainergy coche à peu près toutes les cases de l’époque : sobriété énergétique, confort d’été, meilleure qualité d’air, et une conso ridicule face à une clim classique. C’est le genre de solution qui a du sens quand on regarde à long terme, surtout avec des canicules qui deviennent la norme et pas l’exception.
Le hic et il est de taille, la demande explose tellement qu’Airbee peine à suivre le rythme. À force de multiplier les épisodes de chaleur extrême, tout le monde cherche des alternatives, et cette petite boîte alsacienne se retrouve débordée.
Aussi Airbee ne semble aussi que très peu transparent vis à vis des tarifs, ne disposant pas de tableau sur son site officiel. Il faut forcément passer par un devis personnalisé après étude. Rainergy repose sur 3 système avec la VMC Double flux, une cuve enterrée et des capteurs géothermiques. Selon nos estimations, il y en aurait donc au moins pour 15 000 euros au bas mot. Bref, si le concept vous tente, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
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