L’offre d’emploi avait pourtant l’air correcte. Un manoir cossu, une famille de notables, trois jours de service pour une réunion annuelle, et quelques corvées à accomplir. Sauf qu’après dix minutes à nettoyer le sol et à préparer le petit-déjeuner, vous comprenez vite que le sous-sol ne sert pas au stockage des confitures. À moins de 8 €, ces trois jours de travail chez les Vanderboom signent le grand retour de la saga Rusty Lake.
Rusty Lake est de retour
Servant of the Lake, sorti le 13 août 2026 sur Steam, iOS et Android, est le 19ème jeu de Rusty Lake et son huitième titre payant. Pour celles et ceux qui n’auraient jamais mis un pied au manoir Vanderboom, une piqure de rappel s’impose : depuis 2015 et le premier Cube Escape, le studio vidéoldique construit une seule et même histoire, éclatée entre une dizaine de jeux gratuits et une poignée de productions payantes. Tous ont pour colonne vertébrale un lac, une famille maudite, des têtes de corbeau et une mécanique de jeu aussi glauque que fascinante.

Ce nouvel épisode remonte le temps. Début du XIXe siècle sur le domaine Vanderboom, à l’époque d’Aldous et William, soit plusieurs décennies avant Rusty Lake : Roots, sorti en 2016 et longtemps considéré comme le sommet du studio. On y incarne le pauvre domestique embauché pour le week-end de retrouvailles de trois héritiers qui ont chacun d’excellentes raisons de se détester. Votre mission est de faire en sorte que tout le monde soit bien traité. En réalité, vous allez surtout devoir survivre à un enfer de trois jours.
Lancé il y a environ deux ans et demi, le projet a vu son ampleur presque doubler en cours de route, au point de repousser la sortie du printemps à l’été et de passer le tout sous Unity. Servant of the Lake est la plus grosse production de Rusty Lake depuis cinq ans, avec 49 succès à débusquer et une durée annoncée de quatre à cinq heures? qu’on dépasse largement dès qu’on s’attarde dans les recoins.

Bienvenue chez la famille Vanderboom
Sur le fond, rien ne change. On retrouve avec plaisir la même expérience graphique, la même ambiance oppressante qui règne autour du lac, et les mêmes mécaniques de jeu, tout en point and clic et en malaise. Chaque tâche domestique devient une énigme, qu’il faudra résoudre avec ses codes, sa symbolique et sa logique tordue.
Servant of the Lake parvient pourtant à se distinguer sur plusieurs aspects : Rusty Lake nous a déjà mis dans la peau d’un détective, d’un patient aliéné, d’une morte et même d’un lapin inquiétant, mais jamais dans celle de l’employé de maison. Cette singularité permet d’appuyer encore un peu plus l’horreur et le mystère qui règne. Personne ne fait attention à vous, alors même que vous observez les moindres faits et gestes de la famille Vanderboom.

L’ambiance générale fait le reste. Aquarelle sale, plans fixes, visages figés qui se fendent d’un sourire au mauvais moment, animations minimales qui rendent les rares mouvements franchement désagréables. La bande-son, composée par Victor Butzelaar, fidèle du studio, et le travail sonore de Driftwood Audio installent un malaise domestique toujours aussi efficace. Les novices se plairont à découvrir un univers étrange, les habitués assisteront avec délectation à la fabrique de la malédiction familiale. Le lore de la saga, aussi cryptique soit-il, ne déçoit décidément jamais.
Plus accessible, mais pas moins épineux
Historiquement, la série cultive l’hermétisme, avec des énigmes rarement très complexes, mais aucune instruction qui permettrait de nous aiguiller en cas de blocage. Servant of the Lake corrige cet héritage, peut-être un peu trop à notre goût. La liste de tâches nous guide en permanence, les objectifs sont clairs, les indices bien placés. On se sent tenu par la main, et le plaisir d’errer sans savoir ce qu’on cherche perd de sa superbe.

Reste que le calcul est payant. Ce guidage fait de ce nouvel épisode la meilleure porte d’entrée de la série. Pas besoin d’avoir joué aux 18 autres pour comprendre qui trafique quoi dans cette maison de l’enfer : le jeu se suffit à lui-même, et donne juste assez envie de remonter le fil ensuite. Servant of the Lake est disponible depuis le 13 août 2026 au prix de 7,99 € sur Steam (avec une certification SteamDeack très appréciable pour jouer sous la couette), mais aussi à 4,99 € sur iOS et Android. Le jeu est traduit en 23 langues, sous-titres français inclus. L’occasion parfaite de (re)plonger dans les affres de la famille maudite.