Il fallait oser. En pleine tempête sur l’arrêt annoncé des disques physiques, au moment précis où une partie de la communauté prépare un boycott, Sony envoie à ses joueurs un mail intitulé sobrement « Conditions PlayStation Copie pour votre information ». Si on traduit dans un langage plus facile à comprendre, voici, écrit noir sur blanc, la liste de tout ce qui craint avec le dématérialisé.
Un timing incroyable de la part de Sony
Reprenons le contexte pour ceux qui n’auraient pas tout suivi de cette histoire. Sony a confirmé l’arrêt de la production de disques physiques pour ses nouveaux jeux à partir de janvier 2028. La nouvelle a fait bondir une bonne partie des joueurs, qui voient le physique comme le dernier rempart de la vraie possession : on achète, c’est à soi, on revend si on veut, on prête, on garde.
Résultat, un mouvement de boycott s’organise. Un blackout de 7 jours, du 23 au 30 août, pendant lequel les participants s’engagent à ne rien acheter et à ne pas se connecter. Un coup de gueule symbolique contre la marche forcée vers le tout numérique.
Et c’est pile à ce moment-là que Sony choisit d’envoyer son petit rappel des règles. Le sens du timing est proprement stupéfiant. On ne sait pas si c’est de la maladresse ou de l’arrogance, mais le résultat est le même, Sony vient de fournir gratuitement les munitions à ceux qui l’attaquent.
« Vous ne possédez pas le produit numérique ». C’est écrit noir sur blanc.
Le passage central ne se cache même pas. La phrase est limpide : quand on achète ou télécharge un jeu, on peut l’utiliser, mais on n’en est pas propriétaire. Le texte enfonce le clou juste au-dessus : ce que l’on paie, c’est une licence individuelle, pour un usage privé, non transférable.
Non transférable, ça veut dire quoi concrètement ? Qu’on ne peut ni revendre, ni prêter, ni léguer. Une ludothèque numérique à quatre chiffres n’a aucune valeur de revente. Zéro. Le jour où on en a marre d’un jeu, on ne récupère rien.
Votre compte saute pour n’importe quelle raison ? Bye bye à tous vos jeux
Si le compte ayant effectué l’achat est supprimé, clôturé ou suspendu, l’accès au jeu saute et il devient impossible de l’utiliser. La clôture d’un compte est d’ailleurs irréversible, et elle emporte avec elle l’accès à tous les produits achetés. Pire, une violation des conditions, ou même de fausses infos dans un profil, ou une erreur de Sony peuvent suffire à déclencher une suspension. Et pendant cette suspension, impossible d’utiliser certains produits numériques, même ceux payés plein pot.
Toute une bibliothèque qui tient à un fil, celui d’un compte que Sony peut fermer. Le jour où ça arrive, des années d’achats s’évaporent, sans rachat possible, sans récupération, sans rien.
Les clauses bonus, celles qui achèvent le tableau
Tant qu’à faire, autant lire jusqu’au bout, parce que le document regorge de conditions qui ont de quoi faire péter un câble.
Pour à peu près tout ce qui pourrait mal tourner, la responsabilité de Sony est plafonnée à 100 livres sterling (environ 115 euros) ou au solde du porte-monnaie s’il est supérieur. Une collection à 3000 balles qui part en fumée à cause d’un bug de leur côté ? Voici l’équivalent de 115 euros, merci au revoir.
Aussi et dès que le téléchargement démarre, terminé le droit de rétractation. Et comme par hasard, tout le processus d’achat est conçu pour faire consentir à la livraison immédiate. Un clic, c’est plié, aucun retour en arrière.
Les clips vidéos ne sont pas vraiment à vous non plus. Sony explique gentiment que le joueur est « propriétaire » de ses captures et vidéos de gameplay. Sauf que le texte autorise dans la foulée l’entreprise à les concéder sous licence, les vendre, les exploiter commercialement et empocher des revenus publicitaires dessus. Donc pas un centime pour le créateur et une propriété qui ne rapporte rien à son propriétaire, mais qui peut rapporter à Sony, joli concept.
La surveillance, aussi. Sony peut collecter les communications écrites et vocales, les vidéos de jeu, les horaires et lieux d’activité, le nom réel, l’identifiant PSN et l’adresse IP. Big Brother version JV quoi.
Rien de nouveau, et c’est bien ça le problème
Soyons honnêtes deux secondes : rien de tout ça n’est neuf. Ces clauses existaient déjà, elles trainent dans les conditions du PSN depuis des lustres, exactement comme chez la plupart des boutiques numériques. Juridiquement, Sony n’invente rien.
Sauf que sortir ce rappel maintenant, alors que les joueurs s’inquiètent justement de la disparition du physique et de la conservation de leurs bibliothèques, c’est mettre le doigt exactement là où ça fait mal. Sony voulait sans doute juste cocher une case légale. Au lieu de ça, la marque vient d’écrire le meilleur argumentaire anti-démat de l’année. Et de le signer. Si l’objectif était de rassurer les joueurs avant le grand saut vers le tout numérique, c’est vraiment raté.
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