- Dreame abandonne son projet automobile ambitieux, la Starry Sky, en raison de la complexité et des coûts de développement, après un an de tentatives.
- L’entreprise restructure ses opérations, supprimant 2 400 postes et regroupant ses 200 unités commerciales en quatre grandes activités.
- Des fournisseurs font face à des retards de paiement, tandis que Dreame, bien que en difficulté, continue de croître dans son cœur de métier des robots aspirateurs.
Après avoir voulu devenir un géant technologique capable de s’attaquer à l’automobile, aux smartphones, aux puces et à une multitude d’autres marchés, Dreame vient d’opérer un spectaculaire retour aux fondamentaux.
La voiture qui devait dépasser Bugatti ne sortira jamais
L’histoire avait pourtant commencé comme une démonstration de confiance. En août 2025, Dreame annonçait son arrivée dans l’automobile avec une ambition pour le moins démesurée, construire une voiture électrique de luxe capable de rivaliser avec les références les plus prestigieuses du marché. Le projet, baptisé “Starry Sky”, devait notamment donner naissance à une supercar positionnée face à Bugatti.
Quelques mois plus tard, au CES 2026, Dreame dévoilait son premier concept. Puis, en avril, l’entreprise allait encore plus loin avec la Nebula Next 01 Jet Edition, surnommée “Rocket Car”. Les chiffres annoncés étaient spectaculaires : 0 à 100 km/h en 0,9 seconde, plus de 500 km/h en vitesse maximale, batterie solide dépassant 450 Wh/kg et même des propulseurs inspirés de la technologie des fusées.
Sur le papier, Dreame venait de passer directement de l’aspirateur robot à l’hypercar, mais dans la réalité, le projet n’ira pas plus loin que les prototypes et les concepts présentés dans les salons.
Le 25 août, Dreame a confirmé l’abandon de la production automobile. L’entreprise présente cette décision comme un choix stratégique destiné à tenir compte de la complexité du développement automobile, des investissements nécessaires et de l’intensité de la concurrence. Elle précise surtout que la production en série n’avait jamais commencé. Les technologies développées pour l’automobile doivent désormais être réorientées vers d’autres activités du groupe.
Le changement est particulièrement brutal car la division automobile avait compté près de 1 000 salariés à son sommet. Elle n’en conserverait désormais que quelques dizaines, principalement pour gérer les questions administratives, juridiques et financières liées à sa fermeture.
Les prototypes étaient-ils vraiment des voitures ?
Des anciens employés interrogés par la presse chinoise affirment que certains des véhicules présentés par Dreame étaient beaucoup moins avancés qu’ils n’en avaient l’air. Le modèle exposé au CES aurait notamment été dépourvu de véritable châssis fonctionnel et aurait été déplacé à distance.
La Nebula Next 01 aurait, elle, été réalisée à partir d’une maquette provenant d’un fabricant spécialisé de Shanghai, avant d’être modifiée pour les présentations publiques. Ces affirmations proviennent d’anciens salariés et de médias chinois, elles ne doivent donc pas être présentées comme une fraude officiellement établie. Elles permettent néanmoins de comprendre l’écart entre la communication de Dreame et l’état réel du programme. L’entreprise avait recruté massivement dans l’automobile et travaillé sur des technologies de moteur, de châssis et de contrôle, mais elle n’était manifestement pas encore arrivée au stade d’un constructeur automobile capable de lancer une production industrielle. Le projet automobile de Dreame aura donc duré à peine un an !
Le problème ne se limite cependant pas à cette aventure automobile
Depuis 2025, Dreame avait multiplié les projets et les activités à une vitesse impressionnante. Le groupe s’était aventuré dans les smartphones, les semi-conducteurs, les objets connectés, les robots, les véhicules électriques et même des activités beaucoup plus éloignées de son métier historique.
L’organisation interne avait fini par compter plus de 200 unités commerciales, les fameuses BU. En juin 2026, Dreame a décidé de mettre fin à cette logique d’expansion tous azimuts.
Selon plusieurs sources chinoises, environ 2 400 postes, soit près de 12 % des effectifs concernés, ont été supprimés dans cette restructuration. Plus de 200 unités ont parallèlement été regroupées autour de quatre grandes activités : la maison intelligente, l’entretien extérieur, la mobilité intelligente et la robotique incarnée, c’est-à-dire notamment les projets liés aux robots humanoïdes.
Les activités qui ne sont plus considérées comme prioritaires ne disparaissent pas nécessairement toutes complètement car certaines sont rétrogradées au rang de projets de recherche ou intégrées à l’institut de recherche industriel de Dreame.
C’est notamment le cas de l’automobile puisque les technologies développées pour les moteurs, le contrôle du châssis et les algorithmes de mouvement doivent être conservées et éventuellement réutilisées dans d’autres branches du groupe.
Des fournisseurs attendent aussi leur argent
Depuis l’été, plusieurs fournisseurs affirment faire face à des retards de paiement. Le magazine économique chinois Caijing a notamment rapporté des impayés allant de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions de yuans, concernant aussi bien les activités en cours de réduction que certaines activités historiques. Des fournisseurs auraient commencé à négocier des paiements échelonnés. Certaines entreprises auraient même cessé de livrer Dreame tant que les anciennes factures n’étaient pas réglées. Dans certains cas, des stocks spécialement fabriqués pour la marque resteraient immobilisés.
La situation aurait également commencé à toucher la logistique internationale. Des prestataires auraient demandé à être payés plus rapidement avant de continuer à travailler avec Dreame, avec des marchandises bloquées dans certains entrepôts ou plateformes logistiques.
Début septembre, une vidéo montrant un fournisseur venu réclamer son argent directement dans les locaux de Dreame a largement circulé sur les réseaux sociaux chinois. L’homme affirme notamment que certaines sommes lui seraient dues depuis environ un an. Ce cas particulier ne permet évidemment pas de conclure que tous les fournisseurs de Dreame sont dans la même situation.
追觅模式终于玩不转了?自称要做中国版马斯克,到处开公司要地方补贴的追觅科技,被曝已有大量供应商,在办公室维权要欠款,同时办公室绝大多数工位已经空置。
从 5 月份猜测预言,到 9 月出现供应危机,也太快了。 https://t.co/kCiVDAatHr pic.twitter.com/VHvav6E8tQ
— AB Kuai.Dong (@_FORAB) September 1, 2026
Dreame a d’ailleurs répondu à ces accusations car l’entreprise affirme que la réorganisation de ses équipes ne remet pas en cause ses obligations contractuelles et qu’un système centralisé a été mis en place pour traiter les dossiers des fournisseurs et partenaires concernés.
Les autorités chinoises surveillent aussi la situation
Cette expansion extrêmement rapide avait fini par attirer l’attention des autorités et des investisseurs locaux. Selon Caixin, Dreame s’était appuyé sur plusieurs fonds d’investissement soutenus par les autorités locales chinoises pour financer une partie de son expansion. Le groupe avait notamment développé un vaste réseau d’entités et de projets autour de ses différentes activités. Face au durcissement des règles concernant les investissements publics locaux, plusieurs de ces opérations ont commencé à être réexaminées en 2026.
C’est dans ce contexte qu’est intervenu le recentrage annoncé par Dreame au mois de juin. L’entreprise ne renonce donc pas à l’innovation, elle renonce surtout à essayer de lancer simultanément une quantité impressionnante de nouvelles activités.
Dreame n’est pas en faillite
Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que Dreame est en faillite. Le fondateur Yu Hao avait déjà démenti des rumeurs de difficultés financières en septembre 2025, affirmant que l’entreprise disposait d’une trésorerie suffisante. Il indiquait alors que Dreame et lui-même avaient consacré environ 5 milliards de yuans au rachat d’anciennes actions, faisant passer sa participation de 45 à 70 %.
À l’IFA 2026, Dreame annonçait encore une hausse de 91 % de son chiffre d’affaires au premier semestre 2026 et revendiquait une position de numéro un du marché des robots aspirateurs en Europe occidentale. L’entreprise affirme également être présente dans plus de 120 pays et régions.
Le contraste est donc saisissant car pendant que certaines branches du groupe sont fermées, réduites ou placées en sommeil, le cœur historique de Dreame continue de croître rapidement.
Ce qui se joue actuellement chez Dreame ressemble donc moins à un effondrement général qu’à une correction particulièrement violente d’une stratégie d’expansion devenue trop large.
Le groupe voulait construire un écosystème technologique capable de toucher presque tous les secteurs : électroménager, robots, automobile, électronique, mobilité et intelligence artificielle. En quelques mois, cette logique a produit plus de 200 unités commerciales, des milliers de recrutements et une multitude de projets.
Le problème est qu’une entreprise peut très bien être capable de vendre des millions de robots aspirateurs tout en étant incapable de lancer simultanément une voiture électrique, un smartphone, des semi-conducteurs et une nouvelle génération de robots humanoïdes.
L’abandon de la voiture est finalement le symbole le plus spectaculaire de ce retour à la réalité. Il y a encore quelques mois, Dreame promettait une hypercar capable d’accélérer plus fort qu’une Formule 1. Aujourd’hui, l’entreprise explique surtout qu’elle veut concentrer ses ressources sur les activités où elle dispose déjà d’un véritable avantage technologique.