Les lunettes connectées ont un problème que les fabricants ont du mal à résoudre : comment ajouter de l’intelligence à un objet que l’on porte devant les yeux sans donner l’impression d’avoir en permanence une caméra braquée sur son entourage ?
Even Realities a choisi une réponse radicale avec ses G2 qui n’ont pas de caméra. La marque préfère miser sur l’affichage tête haute, les commandes vocales et l’intelligence artificielle. Le produit arrive en France avec une distribution assurée par Modelabs, à partir de 699 euros. Une approche à contre-courant des lunettes connectées qui cherchent au contraire à multiplier les capteurs et les fonctions liées à la vision.
Tout miser sur ce que l’on peut afficher dans le champ de vision
Les G2 ne cherchent pas à remplacer un smartphone, elles veulent surtout éviter de le sortir toutes les trente secondes.
Le principe repose donc sur un petit affichage monochrome intégré aux verres, capable de faire apparaître des informations directement dans le champ de vision. Navigation, traduction, téléprompteur, listes ou notifications peuvent ainsi être consultés sans regarder un écran traditionnel.
Mais la fonction la plus ambitieuse est “Converser”, l’assistant d’IA développé par Even Realities. Avant une réunion, l’utilisateur peut lui fournir des documents ou des notes grâce à la fonction Prep Notes. Pendant la conversation, l’IA utilise ce contexte pour afficher des informations pertinentes : rappels, éléments de réponse, explications ou informations liées à un nom mentionné pendant l’échange.
Le système peut également afficher une transcription en temps réel. Even Realities précise que l’audio est traité pour générer cette transcription et les résumés, mais que les enregistrements audio ne sont pas conservés. “Converser” doit en revanche passer par le smartphone et une connexion internet pour fonctionner.
C’est donc moins une paire de lunettes “qui voit tout” qu’un petit écran connecté toujours accessible.
Pas de caméra, et c’est volontaire
L’absence de caméra est loin d’être un détail technique. Even Realities explique avoir fait ce choix dès la conception de ses produits. L’objectif est de pouvoir porter les lunettes dans une réunion, un restaurant ou une conversation sans que les personnes présentes aient à se demander si elles sont en train d’être filmées. La marque présente cette philosophie comme un principe de conception et non comme une réaction récente aux polémiques autour des lunettes connectées.
Cette décision implique évidemment des concessions. Sans caméra, les G2 ne peuvent pas analyser visuellement leur environnement comme le font certaines lunettes concurrentes. Pas question, par exemple, de pointer un objet pour demander à une IA de l’identifier ou de laisser les lunettes regarder autour de vous en permanence.
En échange, le produit est beaucoup plus discret, et il n’est même pas complètement silencieux : contrairement aux G1, les G2 intègrent des microphones pour les commandes vocales et les fonctions de “Converser”. Even Realities ne stocke cependant pas les conversations audio enregistrées.
Une deuxième génération nettement plus aboutie
Even n’en est pas à son premier essai puisque les G1 avaient déjà fait le pari de ressembler davantage à des lunettes classiques qu’à un gadget technologique posé sur le nez.
Les G2 reprennent cette philosophie tout en ajoutant une couche logicielle beaucoup plus ambitieuse. Le dispositif peut notamment fonctionner avec la bague Even R1, vendue séparément, qui permet de piloter certaines fonctions sans utiliser son smartphone. Un pavé tactile placé sur la monture complète les commandes.
En France, le G2 est proposé à partir de 699 euros. Le prix concerne la paire sans correction optique mais les verres adaptés à la vue sont proposés en supplément selon la configuration choisie.
Even Realities veut en faire un véritable produit du quotidien, et pas seulement un appareil destiné aux amateurs de réalité augmentée. La marque met d’ailleurs fortement en avant les usages professionnels de “Converser” : préparation de rendez-vous, aide pendant les réunions, présentation avec téléprompteur ou consultation de références sans quitter son interlocuteur des yeux.
Reste évidemment une question très concrète : combien de personnes accepteront de dépenser 699 euros pour afficher quelques informations devant leurs yeux ? Le produit devra aussi convaincre face à des lunettes qui proposent davantage de fonctions pour parfois moins cher, notamment grâce à leurs caméras et leurs haut-parleurs. Even Realities assume précisément de ne pas jouer sur ce terrain.

Le pari inverse des lunettes connectées
C’est ce qui rend les G2 intéressantes car Even Realities ne cherche pas à faire des lunettes un nouveau smartphone miniature capable de voir, entendre et enregistrer tout ce qui se passe autour de vous. La marque fait presque le pari inverse : moins de capteurs, moins de fonctions, mais un objet plus discret.
Sur le papier, cela limite sérieusement les possibilités. En pratique, cela répond aussi à l’un des principaux freins à l’adoption des lunettes connectées : la présence d’une caméra sur le visage.
Les G2 ne vont donc probablement pas remplacer les smartphones ni ouvrir une nouvelle ère de réalité augmentée, mais elles proposent quelque chose de beaucoup plus précis : un écran personnel, piloté par l’IA, suffisamment discret pour être porté toute la journée.
Et dans un marché où chaque fabricant semble vouloir ajouter un capteur de plus à nos lunettes, Even Realities a choisi de commencer par en retirer un, et ce n’est pas plus mal.


