Depuis des années, la finesse est devenue l’argument roi des préservatifs. Sauf que moins il y a de matière, moins il y a de marge de manœuvre. Cet été, une première alerte sanitaire avait déjà alerté les services publics. Il aura fallu plusieurs mois d’enquête pour remonter le fil jusqu’à l’origine du problème.
Huit marques, une seule usine
Vendredi 30 octobre, la DGCCRF a annoncé le retrait et le rappel sur le marché européen de 15 références de préservatifs en latex. Toutes sortent de chez le même fabricant, la société malaisienne Richter Rubber Technology. Selon la Répression des fraudes, ces produits présentent des défauts de fabrication « susceptibles de causer éclatement et perforation ». Dommage quand on parle du moyen de contraception le plus utilisé du monde.
Le volume donne la mesure du problème : environ 7 millions de préservatifs sont concernés à l’échelle de l’Union européenne. Une partie seulement a été vendue en France. Côté marques, l’AFP cite My Lubie, Releaf, Einhorn, Primeros, Amor, You+Me, R&S et On. Les prix et les positionnements marketings sont différents, mais l’usine reste la même.
Ainsi, l’arrêté publié au Journal officiel du 22 octobre vise les préservatifs ultra-fins fabriqués « selon la méthode d’adjonction manuelle d’eau ammoniaquée ». Derrière cette formule très administrative se cache un geste industriel banal : l’ammoniaque sert à stabiliser le latex naturel pour l’empêcher de coaguler avant le moulage. D’après l’enquête de la DGCCRF, le procédé manuel peut faire varier l’épaisseur et la qualité du film de latex. Sur un préservatif classique, une irrégularité passe parfois inaperçue. Sur un modèle ultra-fin, elle peut devenir un point de rupture.
Depuis les premiers rappels, huit utilisateurs ont signalé des ruptures rattachées aux lots jugés non conformes et dangereux, et l’arrêté évoque aussi plusieurs grossesses non désirées. Le ministre chargé de la Consommation a donc suspendu pour un an la commercialisation et l’importation en France de toutes les références fabriquées selon ce procédé. Une interdiction qui pourra être prolongée si nécessaire.
Marquage CE, rayon pharmacie… ça n’a pas suffi
Le 21 août dernier, la DGCCRF et la Direction générale de la santé alertaient sur une trentaine de références non conformes vendues sur de grandes marketplaces, sans marquage CE et le plus souvent sans emballage en français. Plus de 40 000 préservatifs, soit environ un millier de boîtes, avaient été écoulés en ligne, majoritairement par des distributeurs asiatiques. Plus inquiétant encore, en contrôlant les produits vendus en magasin et en pharmacie, les enquêteurs avaient aussi repéré deux références pourtant estampillées CE, et malgré tout non conformes. Quelque 260 000 unités avaient été rappelées entre fin mai et début août. C’est en remontant l’origine de ces anomalies que la DGCCRF a fini par incriminer le fabricant malaisien.
Rappelons que le marquage CE atteste qu’un fabricant respecte les exigences essentielles de sécurité, mais ne garantit pas que chaque lot sorti d’usine sera irréprochable. Les contrôles reposent sur des échantillons, et la surveillance du marché intervient forcément après coup.
En attendant, les autorités recommandent à celles et ceux qui s’en sont servis de faire un dépistage des infections sexuellement transmissibles dans un laboratoire d’analyses médicales et, en cas de retard de règles, un test de grossesse. À noter : le dépistage des IST est possible sans ordonnance en laboratoire (pris en charge à 100 % pour les moins de 26 ans), et la contraception d’urgence est délivrée gratuitement en pharmacie, sans ordonnance. En cas de rupture du préservatif avec un partenaire dont on ignore le statut sérologique, un traitement post-exposition au VIH peut être prescrit aux urgences, idéalement dans les heures qui suivent le rapport.