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Des enfants drogués, puis sacrifiés : des momies incas révèlent les secrets d’un sordide rituel vieux de 500 ans

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Au sommet des montagnes andines, les Incas offraient leurs enfants en sacrifice à leurs divinités. Cinq siècles plus tard, leurs cheveux et leurs ongles permettent aux scientifiques de reconstituer une partie de ces cérémonies macabres, notamment en identifiant les substances psychotropes qui accompagnaient ce rituel.

Entre le XVe et le début du XVIe siècle, l’empire inca s’étendait sur près de 4 000 kilomètres le long de la cordillère des Andes, du sud de la Colombie jusqu’au centre du Chili. Gouverné d’une main de fer depuis Cusco, dans l’actuel Pérou, le peuple inca a imposé son autorité par la conquête armée : les résistants étaient massacrés et des dizaines de peuples autochtones ont été assujetties. Formant une société complexe et technologiquement avancée, les Incas entretenaient un appareil religieux indissociable de leur appareil de pouvoir, où les divinités des montagnes (les « apus ») exigeaient des offrandes à la mesure de leur rang.

Parmi leurs pratiques rituelles, la plus terrible, sous notre regard contemporain, était certainement la « capacocha ». Lors de cette cérémonie, la plus sacrée de l’empire, des enfants choisis pour leur beauté et leur intégrité physique étaient rassemblés à Cusco, cérémonieusement présentés devant les statues du Créateur, du Soleil, de la Lune et du Tonnerre, puis envoyés en pèlerinage jusqu’aux sommets les plus reculés de la cordillère, un périple de plusieurs mois au terme duquel ils étaient mis à mort par le froid, la strangulation ou un coup porté à la tête.

Une étude publiée dans la revue Antiquity par la bioarchéologue Dagmara Socha, du Centre d’études andines de l’Université de Varsovie, vient de mettre en lumière ce que vivaient les corps de ces enfants pendant leurs dernières semaines de vie, grâce à l’analyse toxicologique de huit d’entre eux, âgés de six à quatorze ans, retrouvés momifiés sur des volcans du Pérou et d’Argentine.

Les sacrifices d’enfants incas : une découverte inattendue dans les restes d’une momie

Les spécialistes de la période inca savaient que, durant les pèlerinages, des drogues étaient administrées aux enfants sacrifiés, sans qu’on en connaisse véritablement leur nature. « Les analyses précédentes avaient soit produit des résultats négatifs, soit porté essentiellement sur les feuilles de coca [NDLR : Erythroxylum coca, une plante endémique de la région, symboliquement très importante pour les Incas et la culture andine] », explique Socha

Son équipe a donc soumis les cheveux et les ongles des huit momies (sept filles et un garçon) à la spectrométrie de masse, une technique qui permet de détecter et d’identifier des molécules chimiques présentes dans les tissus biologiques, même plusieurs siècles après la mort. Ils ont élargi leur analyse à un panel plus vaste de substances : cocaïne et ses métabolites, alcool, harmine, harmaline, mescaline et tryptamine (molécules psychotropes aux effets divers).

La cocaïne, issue de la mastication de feuilles de coca est apparue dans la totalité des échantillons capillaires. L’alcool, sous forme de chicha (bière de maïs fermenté consommée lors des rituels) n’a été détecté que chez quatre enfants.

Chez une seule des momies, les chercheurs ont retrouvé une substance qui les a eux-mêmes surpris. « L’une des découvertes les plus intrigantes concerne la célèbre Dame de l’Ampato, aussi connue sous le nom de Juanita [NDLR : les momies étaient déjà connues et répertoriées grâce à des études précédentes] chez qui nous avons détecté des traces d’harmine », souligne la chercheuse. L’harmine est un alcaloïde qui provient d’une liane, Banisteriopsis caapi, qui entre dans la composition de l’ayahuasca, une boisson puissamment hallucinogène, elle aussi, utilisée à des fins rituelles par les Incas.

Momies Incas
Photo de quatre des momies analysées lors de cette étude. © Socha et al. / Antiquity

Pourquoi les familles incas acceptaient-elles de confier leurs enfants aux dieux ?

« Cela pourrait indiquer qu’un breuvage contenant de l’harmine jouait un rôle spécifique dans les cérémonies liées à cette montagne sacrée en particulier », avance Socha. Si la cérémonie de la capacocha peut évidemment nous apparaître comme extrêmement violente et choquante, il est déontologiquement indispensable de ne pas la regarder avec nos yeux d’Occidentaux du XXIe siècle et d’éviter d’y plaquer nos grilles de lecture morales.

Dans la cosmogonie inca, offrir un enfant aux apus n’était pas un acte de cruauté, mais le sacrifice le plus prestigieux qui soit, celui qui scellait le lien sacré entre l’empire et ses montagnes nourricières. Les familles qui donnaient leurs enfants y gagnaient un statut social considérable, et l’enfant lui-même, selon les chroniqueurs espagnols, était censé accéder à une forme de divinité. « Comprendre cette perspective ne diminue en rien la dimension humaine de ce qui s’est passé, mais cela nous aide à comprendre pourquoi ce rituel revêtait une signification aussi profonde pour la société inca », conclut Socha. N’oublions pas que les nations occidentales, il y a à peine un siècle, ont envoyé des millions de jeunes hommes crever dans les tranchées au nom de la patrie. Les Incas, comme toute civilisation, n’ont jamais eu le monopole de la violence ritualisée : c’est une constante de la nature humaine, dont seule la justification change selon les époques et les civilisations.

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