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Espace : pourquoi l’armée américaine surveille-t-elle les météores ? Une autre menace venue de l’espace se cache derrière cette mission

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Conçus pour guetter le début d’une guerre thermonucléaire, les capteurs de l’armée américaine sont devenus la principale source d’observation astronomique de la NASA. Une reconversion née de la Guerre froide, qui laisse planer l’ombre d’un incident diplomatique potentiellement catastrophique.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la NASA ne dispose d’aucun réseau de satellites dédié à la détection des météores. En réalité, l’agence américaine doit l’essentiel de ses données sur les bolides atmosphériques aux satellites d’alerte nucléaire du Pentagone, dont les capteurs infrarouges scrutent la planète en continu pour repérer les lancements de missiles balistiques. Le CNEOS (Center for Near-Earth Object Studies), sa base de données hébergée au Jet Propulsion Laboratory, compile ces observations militaires depuis 1988, ce qui en fait probablement la seule base scientifique au monde dont la source principale reste un programme d’alerte nucléaire.

On peut parler, à cet égard, d’un « recyclage » du renseignement militaire au service de la défense planétaire, un objectif civil, donc. Finalement, le CNEOS porte une double casquette, siglée NASA d’un côté, Pentagone de l’autre ; l’interstice de ses coutures couve un danger dont la gravité potentielle dépasse, et de loin, celle que poseraient les conséquences d’un impact d’astéroïde.

La future étincelle de la Troisième guerre mondiale ?

La constellation de satellites qui assure cette double mission a changé de nom plusieurs fois en quatre décennies, mais elle n’a jamais été conçue à vocation scientifique. Le Defense Support Program (DSP), premier programme opérationnel américain, a été déployé en 1970 avec une mission unique : détecter dans l’infrarouge les lancements de missiles balistiques soviétiques depuis l’orbite géostationnaire. Le problème, c’est qu’un rocher spatial de quelques mètres qui percute l’atmosphère à des dizaines de km/s libère lui aussi une bouffée de chaleur intense et localisée, que le capteur enregistre exactement de la même manière qu’un missile en phase de propulsion.

Le SBIRS (Space-Based Infrared System), qui a pris le relais en 2011, a rendu la détection plus précise sans dissiper ce vertigineux quiproquo : le système qui protège l’Amérique d’une frappe atomique se nourrit, en réalité, des caprices de l’espace. Le programme Next-Gen OPIR, qui doit à terme remplacer le SBIRS, a repoussé encore plus loin les limites de la sensibilité infrarouge, mais toujours sans éliminer cette indistinction.

Quant au vénérable DSP, il a définitivement quitté le service actif en octobre 2026. Ces « faux positifs » cosmiques, classifiés pendant plus de 30 ans au même titre que les données de renseignement balistique, n’ont atterri sur les serveurs civils de la NASA qu’en 2022, quand l’US Space Force a déclassifié ses archives. La défense planétaire y a gagné un catalogue inestimable, mais le problème de fond est resté intact : sur chacune des trois générations de satellites, un astéroïde et un missile produisent une signature infrarouge quasi identique.

Rob Landis, responsable de programme au sein du bureau de défense planétaire de la NASA (PDCO), basé au centre spatial Johnson, prévient qu’un bolide naturel interprété à tort comme une frappe préventive pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Un astéroïde de quelques mètres de diamètre qui explose dans la haute atmosphère libère une énergie pouvant atteindre plusieurs kilotonnes de TNT. Or, les protocoles américains de riposte nucléaire ne laissent pas le temps aux opérateurs de faire la part entre un phénomène naturel et un acte de guerre ; tout se joue en quelques minutes. Si l’astéroïde en question venait à détonner au-dessus de la péninsule coréenne, de la frontière russo-scandinave ou de la mer des Barents, c’est un employé humain, seul devant son écran, qui devrait décider, sans perdre de temps, si la planète est en guerre ou non. Il suffirait qu’un seul bolide survienne au mauvais moment et au mauvais endroit pour qu’Oncle Sam déclenche le feu nucléaire sur un ennemi… qui n’existe pas.

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