Depuis sa sortie, l’histoire des cartouches de la Switch 2 est un peu compliquée. Entre les Game Key Cards qui ne contiennent rien d’autre qu’un droit de téléchargement et les vraies cartouches que les éditeurs rechignent à utiliser pour leur tarif élevé face aux disques, le format physique de la console a déjà pas mal souffert. Et on parle d’un constructeur qui a bâti une partie de sa légende sur les cartouches, de la NES à la Switch. Malheureusement, la situation ne risque pas de s’améliorer.
Des cartouches qui coûtent cher aux éditeurs
Pour comprendre, il faut revenir au point de départ. Depuis ses débuts, la Switch 2 repose sur un format unique de cartouches de 64 Go, et c’est un problème économique pour tout ce qui n’est pas un blockbuster. Certains rapports évoquent un coût de 14 euros par support, et les éditeurs boudent les vraies cartouches Switch 2 à cause de leur prix. Viennent donc les Game Key Cards dont la mémoire est inférieure et le coût réduit.
Le contexte n’aide évidemment pas, puisque la mémoire est en pleine crise. Samsung et SK hynix ont délaissé les segments d’entrée de gamme pour libérer de la capacité pour l’IA, et les prix ont flambé. Les puces qui finissent dans nos cartouches ne sont pas épargnées.
Il y a un an, on avait pourtant une lueur d’espoir. On vous en parlait d’ailleurs à l’époque : l’éclaircie pouvait venir de Macronix (c’est bien la première fois que ce nom donne espoir pour que ce soit, mais rien à voir avec le président Français) partenaire historique de Nintendo pour la fabrication de cartouches, qui planchait sur des modèles de plusieurs capacités, donc moins chers pour les petits jeux. Cette piste, on peut en fait l’oublier.
Le fournisseur historique jette l’éponge
Le 27 octobre, Macronix présentait ses résultats trimestriels. Et pour l’entreprise, tout va très bien : bénéfice par action de 5,52 dollars taïwanais, marge brute à 70,5 %, et un président qui parle du meilleur trimestre depuis la création de la société. Merci la pénurie.
Sauf que dans la foulée, il a lâché la bombe. La ligne ROM arrive en fin de vie et aucun nouveau produit ne sera lancé. La ROM, c’est précisément ce qui finit dans les cartouches Nintendo. Macronix expliquait déjà en 2025 que ses produits ROM servent principalement aux cartouches Nintendo Switch.
La ROM ne pèse plus que 5 % du chiffre d’affaires au troisième trimestre, en baisse de 39 % sur un an. Un an plus tôt, c’était 26 %. Wu justifie ça par l’âge de la gamme, les produits ROM actuels tournent depuis sept à huit ans, et les ressources partiront ailleurs. Les capacités, limitées, iront à la 3D NAND et à l’eMMC, avec un recentrage vers l’industriel, l’automobile, le médical et les communications spatiales. Clairement, des cartouches de jeu qui rapportent moins qu’une puce pour serveur, ce n’est plus la priorité.

Heureusement, ce ne sera pas la fin des cartouches demain matin
Non, les cartouches Switch 2 ne disparaissent pas la semaine prochaine. Macronix était surtout le fournisseur de la Switch 1. Côté Switch 2, l’entreprise n’a jamais vraiment décollé. En février encore, son président affirmait que Macronix était fournisseur certifié Switch 2, tout en reconnaissant que son contrôleur ROM était toujours en cours de certification. Ce sont Rohm et un autre fabricant qui produisent l’essentiel des supports Switch 2.
Mais le problème est ailleurs. Le seul acteur qui promettait des cartouches moins chères vient de quitter la table. Moins de fournisseurs, une mémoire hors de prix, des éditeurs déjà frileux : toutes les flèches pointent dans la direction que Sony a déjà empruntée.
Sony a déjà tranché
Sony arrêtera de produire des disques pour ses nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Pour Sony, la décision se tient : le numérique représentait 82 % des ventes de jeux complets au dernier trimestre, contre 18 % pour le physique. Le trimestre précédent avait même atteint un record de 85 %. Quand moins d’un jeu sur cinq est vendu en boîte, couper le robinet est un calcul froid, mais logique.
Chez Nintendo, le tableau n’a rien à voir. Sur l’exercice clos en mars 2026, le numérique représentait 54,6 % des revenus logiciels. Et attention, ce chiffre est flatteur puisque Nintendo y range aussi les jeux en téléchargement uniquement, les DLC et l’abonnement Nintendo Switch Online. Autrement dit, sur les jeux eux-mêmes, la boîte pèse encore très lourd. Alors oui, le numérique a dépassé 60 % sur les deux derniers trimestres, mais ce chiffre bouge beaucoup selon les grosses sorties. On est très loin des 82 % de Sony.
Nintendo n’a pas le même public que Sony. C’est une marque familiale, celle des cadeaux de Noël et d’anniversaire, des grands-parents qui passent en magasin acheter le dernier Mario, des enfants qui n’ont pas de carte bancaire. C’est aussi celle des collectionneurs et du marché de l’occasion, très vivace sur Switch. Passer au tout dématérialisé, ce serait tourner le dos à tout ce beau monde. Nintendo va donc devoir choisir entre continuer à payer cher des cartouches que plus grand monde ne veut fabriquer, ou pousser doucement ses joueurs vers l’eShop.