Passer au contenu

Ce drone de combat refait le pari fou d’un avion de 1954 qu’un seul pilote au monde a su poser

5 min
0 commentaire
Partagez

Shield AI a terminé l’assemblage du premier prototype de son X-BAT, un drone de combat qui décolle à la verticale, posé sur sa queue. Avant son premier vol libre, il sera testé accroché à l’une des plus grandes grues du monde, une méthode déjà utilisée par l’US Navy en 1954 avec le Convair XFY-1 Pogo.

Le 3 novembre 2026, la société américaine Shield AI a annoncé avoir terminé l’assemblage du X-BAT 001, le premier exemplaire à taille réelle de son drone de combat. Il a été construit sur le site X-Forge 1 de l’entreprise, à Frisco, au nord de Dallas, au Texas. Il est maintenant transporté vers X-Forge 2, son centre d’essais en vol de Newton, au Kansas. Shield AI avait présenté le X-BAT le 21 octobre 2025 à Washington, sous la forme d’une maquette, puis une maquette à demi-échelle avait été exposée au salon Sea-Air-Space de la Navy League en avril 2026. Armor Harris, vice-président chargé de la division aéronautique de Shield AI, a tenu à préciser auprès de The War Zone qu’il ne s’agissait plus d’un modèle réduit : “c’est un véhicule à taille réelle, il a la forme extérieure définitive, il a le moteur F110, toute la chaîne de propulsion, tout est dedans”.

Un drone qui décolle sur sa queue, sans piste

Le X-BAT est un “tail-sitter”. Il décolle et atterrit à la verticale, posé sur sa queue, puis bascule à l’horizontale pour voler comme un avion classique. Il utilise pour cela un turboréacteur F110-GE-129E de GE Aerospace, le moteur de certains F-16, associé à une tuyère orientable appelée AVEN. Cette tuyère avait été développée dans les années 1990 pour un F-16 expérimental à poussée vectorielle, et Shield AI a récupéré la tuyère d’essai d’origine, stockée depuis des décennies. Elle contrôle le tangage et le lacet, tandis que le roulis est géré par de l’air prélevé sur le moteur et éjecté au niveau des ailes. Le 20 juillet 2026, Shield AI et GE Aerospace avaient annoncé avoir terminé les essais d’allumage du moteur et de mouvement de la tuyère, sur le site de GE à Peebles, dans l’Ohio.

Lors de la présentation de 2025, Shield AI annonçait une longueur de 7,9 mètres, une envergure de 11,9 mètres, un plafond supérieur à 15 000 mètres et une autonomie de plus de 2 000 milles nautiques, soit environ 3 700 kilomètres. Sa soute interne doit accueillir des munitions pesant jusqu’à 2 000 livres (907 kg). Le drone est piloté par Hivemind, le logiciel d’autonomie de Shield AI, conçu pour fonctionner lorsque le GPS et les liaisons de communication sont brouillés. Brandon Tseng, président et cofondateur de Shield AI, le présentait alors ainsi : “une puissance aérienne sans piste, c’est le Graal de la dissuasion”.

Le prototype n’est d’ailleurs plus tout à fait identique aux images de 2025. L’aile est passée d’une forme en “cerf-volant” à une forme en pointe de flèche, la tuyère dépasse maintenant du bord de fuite, et deux bosses avec des ouvertures circulaires grillagées sont apparues sur le dos de l’appareil. Shield AI n’a pas voulu expliquer leur rôle. Un porte-parole a seulement indiqué que “X-BAT 001 est un appareil de développement, sa définition évoluera au fil des essais”.

Quatre étapes avant de lâcher le câble

Le programme d’essais a été détaillé par Armor Harris en octobre. Le drone sera d’abord posé à l’horizontale sur son véhicule de lancement et de récupération pour faire tourner le moteur. Ensuite, il sera redressé à la verticale pour faire tourner le moteur dans cette position, toujours au sol. La troisième étape se fera sous une grue : “nous avons l’une des plus grandes grues du monde en cours d’installation sur notre site d’essais au Kansas, nous suspendons l’appareil à cette grue et faisons toute une série d’essais pendant qu’il y est accroché”, explique-t-il. Le câble sera retiré seulement pour les vols libres. Selon Interesting Engineering, la grue doit éviter de perdre le prototype si le moteur cale ou en cas de problème technique.

Shield AI vise un premier X-BAT entièrement équipé pour ses missions en 2028, et une production en série à partir de 2029, avec au moins une capacité opérationnelle limitée cette même année. La date du premier vol libre n’a pas été donnée. En octobre 2025, Armor Harris évoquait les premiers essais de décollage et d’atterrissage vertical pour l’automne 2026.

400 millions de dollars engagés avec l’US Navy

Le X-BAT est financé en grande partie par l’US Navy. En août 2026, la Navy et la Defense Innovation Unit ont engagé 50 millions de dollars dans le cadre du programme RIMES (Runway Independent Maritime Expeditionary Strike), qui vise une capacité de frappe maritime à longue portée sans piste. Shield AI y a ajouté 50 millions de dollars de ses fonds propres. Le 8 octobre 2026, Naval News annonçait une rallonge de 150 millions de dollars de la Navy, à nouveau compensée par la même somme de la part de Shield AI. Cela fait 400 millions de dollars au total, soit environ 355 millions d’euros. L’idée de la Navy est de pouvoir embarquer ces drones, potentiellement par dizaines, sur des navires d’assaut amphibie qui n’ont pas de catapultes.

En 1954, le Convair Pogo avait suivi le même chemin

Cette méthode avait déjà été utilisée il y a plus de 70 ans. Le Convair XFY-1 Pogo était un chasseur à hélices contrarotatives conçu pour l’US Navy, qui décollait lui aussi posé sur sa queue. Son pilote d’essai, James F. “Skeets” Coleman, ancien pilote de chasse des Marines devenu pilote d’essai chez Convair, a fait son premier vol attaché le 29 avril 1954. Il a ensuite accumulé plus de 60 heures de vols attachés dans le hangar à dirigeables numéro 1 de Moffett Field, en Californie. Le premier vol libre a eu lieu le 1er août 1954, et le 2 novembre 1954, James Coleman a réalisé la première transition complète d’un avion à voilure fixe, du décollage vertical au vol horizontal puis retour à l’atterrissage vertical. Cela lui a valu le Harmon Trophy en 1955.

Le Pogo n’a pourtant jamais été mis en service. À l’atterrissage, le pilote devait redescendre à la verticale en regardant par-dessus son épaule pour voir le sol, une manœuvre jugée trop difficile pour des pilotes de la Navy. Son concurrent, le Lockheed XFV, n’a jamais décollé ni atterri à la verticale. James Coleman a volé sur le Pogo jusqu’en juin 1955, et c’est le seul pilote à l’avoir fait. Le X-BAT, lui, n’aura pas de pilote à bord pour ce passage délicat, c’est le logiciel Hivemind qui gérera l’atterrissage.

En France, le drone de combat qui doit accompagner le Rafale F5 est prévu pour le début des années 2030. Il s’agit d’un appareil furtif de Dassault Aviation dérivé du démonstrateur nEUROn, qui décollera depuis une piste classique.

Articles sauvegardés