Critique

[Critique] Bloodshot sans âme ni violence

Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Bloodshot débarque sur Amazon Prime et avec lui un Vin Diesel énervé, prêt à tuer tout ce qui bouge avec sa stature de super-soldat invincible. Blockbuster séduisant ou nanar divertissant ? Ce nouveau film de super-héros n’a peut-être pas choisi les bonnes armes…

Dire que Bloodshot revient de loin tient de l’euphémisme. Tiré de l’univers des super-héros de Valiant Comics, le film produit par Sony se voulait franchise avant de se raviser suite à quelques déconvenues de droits, sans fermer la porte pour autant. Il faut dire que le studio dispose d’un catalogue fourni, à une époque propice aux blockbusters encapés, et d’un acteur principal à la recherche d’une nouvelle licence sur laquelle régner. Il fallait encore attendre les résultats au box-office, mais l’avenir de Bloodshot ne s’annonçait pas trop mal. Sauf que le coronavirus vint priver notre héros de salles obscures, obligeant Sony à revoir sa stratégie. Le studio faisait donc le pari de proposer le film en vidéo à la demande… avant de l’envoyer sur Amazon Prime un mois plus tard. Et bien que l’on plaigne celles et ceux qui auront payé pour le visionner dans ce laps de temps, on se dit que son arrivée sur la plate-forme de streaming est peut-être la meilleure garantie de succès…

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Mais ne vendons pas la charrue avant le Vin Diesel et parlons de ce que Bloodshot nous met devant les yeux, à savoir l’histoire d’un soldat mort qui se voit ressusciter par une entreprise créant de nouvelles technologies. Avec un corps composé de nanites le rendant quasiment invulnérable, il va chercher à se venger de ceux qui ont tué sa femme. Évidemment, préparez-vous à quelques rebondissements, sauf si vous avez regardé les différentes bandes-annonces.

Bloodshot tourne au Diesel

À la question de savoir s’il faut avoir lu les comics pour apprécier le film, on a envie de répondre bien au contraire. Le lien entre les deux se veut extrêmement faible, cette adaptation décidant très vite de s’en écarter ostensiblement. Mauvaise idée diront certains – et ils auront raison – tant le personnage se voit dépouiller de toute sa substance pour laisser place à Vin Diesel. Grossièrement, on pourrait résumer le super-soldat du comics à un mélange de Punisher et de Wolverine, les tourments psychologiques en plus. Un côté dur, sec et très triste à la fois dont est incapable l’acteur qui a définitivement arrêté de jouer un autre rôle que lui-même.

Pas de Bloodshot à l’écran, juste Vin Diesel avec des super-pouvoirs qui nous parle famille en marcel blanc sans se questionner sur sa condition. C’est la première grosse erreur du projet : le confier entre les mains de celui qui s’est transformé en stéréotype de lui-même. Si Robert Downey Jr. semble être devenu Tony Stark hors des écrans, jamais Bloodshot n’apparaîtra au-delà d’un Vin Diesel inexpressif. Comme ultime preuve de ce refus d’épouser la mythologie du personnage, sa véritable apparence s’esquissera à peine le temps de quelques secondes avant de reprendre celle de la star de Fast & Furious. Un refus de jouer qui se retrouve dans le reste du casting, chacun se demandant ce qu’il peut faire avec les coquilles vides, purement fonctionnelles, qu’on leur a écrites. Pas grand chose.

De l’audace que diable !

Si cette saison de Top Chef est placée sous le signe de l’audace (comme à chaque fois non ?), le son de cloche se veut bien différent chez notre super-soldat. Malgré les failles des acteurs, il y a assez de potentiel pour tenir, sinon un grand film, au moins un nanar assumé où l’hémoglobine coule à flots, surtout quand on s’appelle Bloodshot !

Rendez-vous raté, le PG-13 du studio le destine au tout public et niveau sang, on en voit encore moins que lorsqu’on se coupe avec une feuille (oui, ça fait mal, on ne veut rien savoir !). Pourtant, avec un héros quasi-invulnérable, on peut dire que les idées n’auraient pas manqué pour montrer une tripe ou deux. Mis à part au détour d’une scène grandement stylisée (la meilleure avouons-le) pour cacher le rouge sanguin au milieu d’une lumière ton sur ton, pas une goutte.

Plus surprenant encore, le long-métrage ne se montre pas plus généreux lorsqu’il s’agit d’action. Trois séquences, c’est tout ce qu’on aura sur une durée de deux heures. La pilule passe encore plus mal lorsqu’on se rend compte que notre héros préfère utiliser ses poings que la panoplie d’armes mit à disposition. Surtout que question mise en scène, l’action est particulièrement molle et mal montée, abusant des ralentis pour tenter de créer le mouvement.

À la recherche d’un sauveur

Est-ce que ça signifie que Bloodshot est un total ratage ? Pas du tout. Avec un minimum de budget et quelques beaux plans, le film parvient néanmoins à se sortir la tête de l’eau en ne proposant rien de bon, mais rien de foncièrement mauvais. Malgré tous les défauts qu’on lui a trouvés, on ne peut pas dire qu’on est face à quelque chose qu’on préférerait oublier. Déjà parce qu’il s’effacera tout seul de nos mémoires, ensuite parce qu’il réussit à nous faire passer le temps sans qu’on veuille se brûler les yeux à l’acide. Il y a de la réussite dans son échec puisqu’en ne proposant rien de nouveau, il évite de nous offrir le pire, se contentant de nous divertir entre deux parties de Call of Duty.

C’est là que son arrivée sur Amazon Prime peut lui offrir sa meilleure vie. Le ticket de cinéma étant bien trop cher pour la qualité du spectacle proposée, Bloodshot peut trouver sa place au sein d’un catalogue où la concurrence ne se bouscule pas. Il se positionne ainsi comme une proposition convenable lors d’un samedi soir avec les copains, affalés sur le canapé avec des chips.

Notre avis

Plombé par un Vin trop Diesel et un manque de générosité dans l'action, Bloodshot porte mal son nom. Il reste de ses trop grandes ambitions qu'un divertissement regardable, faute de mieux. On espère juste que son potentiel succès sur une plate-forme en demande ne lui donne pas les envies d'une suite.

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