Avec la fin d’House of the Dragon actée à l’issue de sa quatrième saison (sauf retournement de situation), HBO Max a le regard tourné vers la succession, afin de faire perdurer l’héritage de Game of Thrones. Il faut dire qu’on parle de la dernière série phénomène d’une époque révolue d’avant la guerre du streaming, une époque où il fallait éviter les collègues le lundi matin si on n’avait pas vu l’épisode mis en ligne à 2 h du matin la nuit précédente. A Knight of the Seven Kingdoms n’aura jamais cette aura, tout comme House of the Dragon ne l’a pas eue (désolé, c’est vrai). Que cela ne l’empêche pas de trouver la lumière, sa lumière.
Nous sommes en -100 av. J.-S, soit cent ans avant que Jon Snow ne parte pour le Mur, qu’un Stark ne tombe d’une tour ou ne perde la tête. La Maison Targaryen contrôle encore Westeros, bien que l’ombre des dragons n’y plane plus. Longtemps au service d’un vieux chevalier errant, Ser Duncan le Grand a pris sa suite pour tenter de se faire un nom lors d’un tournoi local. Habillé de son seul courage et de son honneur, le chevalier un brin naïf va être aidé dans son épreuve par le jeune écuyer Egg. Ils vont rapidement rencontrer de précieux alliés et d’impitoyables adversaires.

Disons-le tout de suite, nous ne sommes pas les plus grands fans de House of the Dragon. La série est un poil trop gameofthronesque pour nous, par son lourd sentiment de redite fait de conflits politiques, de trahisons dans des couloirs de château, de coucheries consanguines, jusqu’à un générique en forme de copier-coller. Sans parler de sa capacité à nous promettre une guerre qui ne voit toujours pas le jour (mais la saison 3 devrait être la bonne). Disons-le tout de suite, nous sommes les plus grands fans d’A Knight of the Seven Kingdoms.
Game of Troll
Avec six épisodes d’une durée moyenne de 35 minutes, le format même de la série entend marquer sa différence avec ses aînées. Un format moins propice aux longues scènes d’exposition, plus proche d’un rythme de sitcom. Ce qui n’est pas étonnant puisque sans jouer sur le terrain de la comédie pure, A Knight of the Seven Kingdoms pourra se glisser dans cette catégorie lors des prochains Golden Globes, sans l’entacher.

Le show piloté par Ira Parker manie une sorte d’humour noir, un sens du décalage et de la dérision, voire de l’absurde, comme si, loin de la gravitas des jeux de pouvoir, il n’était plus interdit de s’amuser à Westeros. Certains moments prêtent aisément à rire, et la majorité de la saison se déroule dans une ambiance volontairement légère, décontractée. Pour les connaisseurs, le style se rapproche assez d’un Chevalier, porté par le regretté Heath Ledger. Bien que l’enjeu finira par rattraper la grande Histoire (les lecteurs savent) du continent, cette première saison nous ramène finalement vers quelque chose de simple, dans la saleté boueuse de la campagne.
Un environnement dans lequel on peut côtoyer des princes, des seigneurs, des filles de joie, des saltimbanques, avec une sorte d’innocence communicative. Une séquence en particulier entend jouer sur nos attentes, notamment pour quiconque se souvient des Noces Pourpres dans Game of Thrones. Ici aussi, il sera question de noces, sauf qu’on y récompensera l’insouciance du personnage. Comme si l’enjeu principal restait de prendre le spectateur à contrepied.

A Knight of the Seven Kingdoms est un vent frais dans l’univers de Martin, peinture pittoresque d’un monde vu par le bas de l’échelle. Ira Parker prend même un malin plaisir à toucher au sacré lorsque le générique iconique de Game of Thrones commence à retentir pour finir le froc baissé. Un générique qui perd ses attributs politiques et finira par s’habiller d’une armure plus héroïque, comme si, en définitif, il résonnait désormais pour nous raconter non pas des drames, mais des exploits.
La bromance ultime ?
Il est difficile de le dire autrement, on ADORE Peter Claffey dans le rôle de Ser Duncan le Grand. L’acteur est parfait tant il en impose par sa carrure, tout en étant d’un naturel maladroit et sympathique. Une physionomie qui lui permet de se démarquer de la foule et dont la timidité et l’ignorance le rendent peu effrayant pour ses pairs. Qu’il mette les pieds dans une auberge crasseuse ou dans un château, il ne semble constamment pas à sa place. Ce qui tombe plutôt bien puisque la trouver est tout l’enjeu de la série.

Et puis cela fait du bien, après des années de trahisons, d’hypocrisies ou de manigances, de voir un personnage si doux prendre le devant de la scène. « Dunk » n’a pour lui que ses valeurs morales et son code d’honneur de Chevalier hérité. Le genre de protagoniste qui ne tiendrait pas un épisode dans Game of Thrones. On a là un vrai « gentil » au sens noble du terme et cela fait beaucoup dans l’atmosphère apaisée du show.
Son duo avec Dexter Sol Ansell, alias le jeune Egg, démontre d’une alchimie immédiate et accouche d’une relation presque fraternelle entre les deux, chacun s’éduquant au contact de l’autre. La série n’a que faire de capitaliser trop longtemps sur le mystère entourant Egg, au point où Dexter Sol Ansell peut assez rapidement montrer une autre palette dans son jeu, en restant tout aussi sincère.
« L’effet Dunk » ne fonctionne pas uniquement sur Egg, mais également sur chacun des personnages amenés à croiser leur route, alliés comme adversaires, de sorte qu’ils se bonifient tous à son contact, provoquant un attachement évident pour tous. Même si on a un coup de cœur pour Daniel Ings en Ser Lyonel.

Et une fois qu’A Knight of the Seven Kingdoms a imposé sa marque, alors Game of Thrones peut reprendre quelques droits. Certains codes de la série originelle répondent présent, sans envahir l’espace, tels qu’une dose de violence, d’intrigues de cour, et de Targaryens narcissiques. La base quoi.
Peu de chances qu’A Knight of the Seven Kingdoms devienne aussi populaire que ses aînées, notamment parce qu’elle ne paraît pas avoir la même ambition, le même budget, la même grandiloquence scénaristique. Toutefois, il suffit de se poser cinq minutes devant pour se rendre compte de tout ce qu’elle a à offrir de nouveau, de rafraîchissant. Une autre forme de plaisir vient de naître à Westeros et cela fait du bien !
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