Ces derniers temps, on a pas mal parlé de contenu qualitatif et même lorsque l’horreur s’invite sur grand écran, il cherche à nous raconter quelque chose (on a dit chercher, pas réussir forcément). On ne va pas s’en plaindre. Néanmoins, par instant, il peut être appréciable de voir une œuvre faire uniquement ce qu’on lui demandait de faire, respecter sa promesse et s’en aller, nous laissant seuls avec un Frank Leboeuf voulant vendre notre voiture. Est-ce que Primate pouvait être de cette trempe-là ?
Offrez vous la trilogie Terrifier
A priori, avant même de déposer nos punaises de lit sur le fauteuil du cinéma, on aurait eu tendance à dire que oui. L’indice étant une campagne marketing un peu à l’ancienne, misant davantage sur le visionnage des réactions des premiers spectateurs que sur une bande-annonce nous dévoilant tout le film.

Comment nous convaincre qu’un long-métrage peut terrifier sans révéler le secret d’une hémoglobine réussie ? En nous montrant Kevin, 18 ans, les mains sur ses yeux. Sois fort Kevin, Primate ne dure pas si longtemps (1h30 environ). Exception faite, Paranormal Activity usait du même processus alors qu’il faisait moins peur qu’une grand-mère en lingerie, mais on y croit !
Le pitch de Primate est des plus simplistes : Lucy a grandi à Hawaï aux côtés de sa petite sœur, de son père et de Ben, un chimpanzé intelligent éduqué par feu leur mère. Après plusieurs mois d’absence, elle revient dans la maison familiale en compagnie de sa meilleure amie, le frère de celle-ci, et d’une invitée imprévue. Le départ du père est l’occasion de faire la fête ! Sauf que Ben commence à avoir un comportement de plus en plus brutal…
Gorille sur la brune
Il est évident que nous avons fait beaucoup de lignes sur un récit qui n’en demandait pas tant. Il suffit de lire le synopsis officiel pour comprendre qu’on s’est un peu enflammés sur le sujet. En réalité, Primate peut être résumé en trois mots : chimpanzé fracasser adolescents. Et c’est ce qu’il y a de beau avec le film écrit par Johannes Roberts et Ernest Riera, cette pureté dans le cinéma de genre qui ne repose que sur une leçon de darwinisme : singe très intelligent contre jeunes très idiots.

Et le scénario ne cherchera à aucun moment à dépasser sa fonction de mise en contexte, il n’a pas le temps. Il n’a même pas 90 minutes dans les pattes pour faire preuve d’une autre subtilité ou d’une morale. Le long-métrage débute par un premier fait d’armes de Ben, puis on dessine rapidement la caractérisation des personnages pour pouvoir se satisfaire de leur mise en pièces concernant certains.
On connaît la seule et unique règle du genre : si tu es un ado en chaleur, tu vas y passer, et salement. Ça crie, ça court et ça prend parfois la bonne décision avant de sauter dans la piscine de la bêtise sans se mouiller la nuque avant.

Nos victimes ne sont que de la chair à canon et on décèle même un certain machiavélisme quand la fonction de l’une d’elles n’est pas tant de savoir quand elle y passera, mais tout ce qu’elle subira avant d’y passer. Hormis, évidemment, pour notre héroïne protégée par la magie du scénario inhérente à ce genre de film (mais on ne vous dit pas si une surprise est au programme).
Toutefois, il faut saluer la volonté d’extirper Hannah (Jess Alexander) de cette simplification. Le récit lui offre plusieurs mises en lumière permettant une certaine évolution chez un personnage d’abord présenté comme machine à claques.
Peur Primate
Bon, là on vous voit venir, vous avez compris que le film n’a pas menti sur son intrigue (sinon relisez toute notre première partie, que diable !), mais qu’en est-il de l’imagerie ? Est-ce que Kevin a eu raison de se cacher les yeux ?!

Il serait mensonger de dire que Primate atteint un niveau de gore digne d’un Terrifier. Ben n’a pas le sadisme d’un Art, il reste un animal malgré ses pouces opposables. Le film se veut porteur d’un certain cinéma bis, sans plonger complètement dedans non plus. Cela donne droit à quelques séquences peut-être trop timorées, en hors-champ, comme si Johannes Roberts, également réalisateur (double salaire !) n’assumait pas entièrement son petit penchant pour le cracra. Est-ce que Primate aurait pu être plus violent, plus démonstratif ? Complètement.
Néanmoins, il n’est pas sage pour autant. Peut-être parce qu’on en a perdu l’habitude avec un cinéma plus « généraliste » – entendons que Primate ne veut pas se contenter d’être une séance de minuit pour amateurs de genre -, la séquence de préambule nous a agréablement surpris, nous faisant comprendre qu’on n’allait pas être entièrement sereins. La scène est une profession de foi de la part de Johannes Roberts qui déclare « oubliez mon Resident Evil, mon Strangers ou mon 47 Meters Down, ici, on va taper dans le dur ».

On pensait voir un singe un peu énervé, on a eu un mec avec un déguisement de singe animatronique déjà effrayant en soi. Dans aucun monde, on adopte Ben dont l’apparence laisse entendre qu’il va faire une corde avec nos boyaux. Et que dire quand ce même chimpanzé décide de jouer à Docteur Maboul avec ses partenaires de jeu. Pour les connaisseurs, sachez qu’il touche beaucoup les bords. S’il aurait pu aller plus loin, Primate ne manque pas de séquences répugnantes. D’autant que les effets pratiques rendent tout ceci bien plus gore qu’un amusant Destination Finale par exemple.
On se demandait à quelle sauce Primate allait nous manger et on en a eu pour notre argent, noyés sous la sauce barbecue. Primate n’est pas un grand film, pas un film mémorable sur le long terme, mais un film qui a placé sa simplicité au service de l’efficacité. On voulait voir un chimpanzé éclater des jeunes en puberté, c’est exactement ce qu’on a eu, sans fioriture. On peut pinailler sur beaucoup d’éléments ratés ou améliorables, mais Roberts a mis du cœur à l’ouvrage pour nous offrir une œuvre gore honnête. Les fans de films d’horreur devraient être ravis et pour Kevin, il y a aussi des séances d’Hamnet. C’est bien Hamnet.
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