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Critique Disclosure Day : Spielberg refuse toujours le désespoir

Après Rencontre du troisième type, E.T et la Guerre des Mondes, Steven Spielberg retrouve les petits hommes verts avec Disclosure Day. Une histoire tout à fait inédite qui se veut la somme de tout son cinéma. Le réalisateur tient-il encore un nouveau coup de maître ?

Il y a 50 ans, Steven Spielberg changeait l’imaginaire collectif à jamais. Tandis que le cinéma dépeignait les êtres venus d’ailleurs comme des créatures effrayantes et hostiles, le réalisateur américain soulevait l’hypothèse d’une vie extraterrestre pacifique. Dans Rencontre du troisième type, il confronte l’humain à l’inconnu avec un optimisme évident. Ce goût pour l’émerveillement est aussi au cœur de son E.T : l’extra-terrestre où le regard d’un enfant sert à guider le spectateur à travers une réflexion sur l’altérité et la famille. Disclosure Day veut s’illustrer dans la continuité de ces monuments du cinéma de science-fiction. Cette fois-ci, il est question de montrer l’humanité face à sa plus grande découverte.

Le lanceur d’alerte Daniel Kellner a volé des documents confidentiels afin de révéler une présence alien sur Terre. Pourchassé par une organisation secrète et privée, l’expert en cybersécurité va faire la rencontre de Margaret Fairchild, une présentatrice météo qui pourrait bien être la clé de tout. Mais toute vérité est-elle bonne à prendre ?

“Nous venons en paix”

Quand Spielberg donne dans la SF, c’est forcément un événement. Le monsieur est un maître en la matière, un artisan du divertissement souvent imité mais jamais égalé. Pourtant, sa dernière proposition dans le domaine est loin d’avoir fait l’unanimité. Son Ready Player One a laissé une partie du public sur le carreau, ceux que l’exploration de mondes artificiels n’enchante pas particulièrement. Disclosure Day renoue avec ses racines, celles d’un cinéma familial, gavé de bons sentiments et qui ne lésine pas sur les moyens et les effets pour divertir. Un métrage fédérateur autour de problématiques profondément contemporaines, comme l’accès à l’information et l’influence des organisations privées.

S’il nous faut taire une immense majorité des éléments narratifs convoqués par Spielberg et son collaborateur historique David Koepp, force est d’admettre que le cinéaste n’a rien perdu de son savoir-faire. Dès l’introduction, il prouve qu’il n’a pas son pareil pour installer une ambiance, qu’il est un faiseur de blockbusters que rien n’arrête. Le premier acte est particulièrement réussi en ce sens, mené tambour battant et délivrant des scènes d’une efficacité rare. Qu’il s’agisse d’une course poursuite en voiture ou simplement d’une retransmission en direct qui dérape, Steven Spielberg manie la tension dramatique comme personne. Sa caméra s’installe au plus près de l’humain pour montrer l’inquiétude ou la surprise face à une révélation qui changera le monde à jamais.

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© Universal Pictures

Toute la force de ce nouveau film réside là, dans sa manière d’être un plaidoyer pour la connaissance, une histoire profondément optimiste. Pour Spielberg, toute vérité est bonne à prendre. Les personnages campés par Emily Blunt et Josh O’Connor sont l’incarnation de ce parti-pris, ils se font miroir d’une race terrestre qui ne demande qu’à savoir et à faire savoir. Le troisième acte, apothéose en tous points, emporte le spectateur comme rarement sur grand écran. Une prouesse atteinte grâce à l’impeccable jeu d’Emily Blunt et l’espace qui lui est donné pour faire opérer sa magie. Elle est le cœur battant de cette histoire, ses émotions guident le film.

C’est sans aucun doute en cela que Disclosure Day s’illustre comme un pur produit spielbergien, le film fait de la science-fiction une occasion de questionner nos propres réactions face à de telles révélations. Il convoque notre âme d’enfant. Même lorsqu’il ne regarde pas l’autre avec le regard d’un enfant, Spielberg cultive cette naïveté dans sa mise en scène et son écriture. Le metteur en scène croit encore à l’émerveillement, et Williams continue de lui fournir les outils pour nous convaincre également. Le compositeur livre sans doute ici sa dernière partition, à 94 ans. La symbiose entre les deux hommes est évidente, même si la composition se fait plus discrète qu’à l’accoutumée. Il aura néanmoins tout l’espace dans le grand final pour nous émouvoir.

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© Universal Pictures

Trop facile ?

C’est sans doute cet optimisme à toute épreuve qui fait de Disclosure Day le film d’un autre temps. Le personnage de Colin Firth incarne les limites de la “narration Amblin”. Si le metteur en scène nous invite à suspendre notre incrédulité, il le fait trop souvent pour son propre bien. La facilité avec laquelle Spielberg nous embarque est aussi celle qui le freine parfois. Les agents de l’organisation secrète ne sont pas les chips les plus croustillantes du paquet et ça arrange bien nos héros qui peuvent s’en sortir grâce à des stratagèmes dignes de Maman, j’ai raté l’avion. En multipliant les sauvetages prévisibles de ses personnages principaux, à la manière Luke Skywalker échappant mystérieusement aux tirs des stormtroopers, la candeur de Steven Spielberg est à un cheveu de nous perdre par instant.

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© Universal Pictures

De la même manière, alors qu’il promet de raconter l’humanité face à la découverte d’une altérité, Spielberg écarte toute idée de conflit pour montrer une unité utopique. Disclosure Day aurait eu tout à gagner à s’attarder sur le jour de la révélation, à prendre du recul pour ajouter de la nuance. La science-fiction voit souvent le verre à moitié vide, Spielberg le voit plein à ras bord… quitte à diluer ses enjeux à l’approche du grand final. Pourtant, il avait l’espace pour faire maturer son propos, avec un deuxième acte qui aurait pu être moins une course contre la montre et plus l’illustration d’un monde fracturé, entre rejet et accueil de l’autre.

À contresens

Au bout du compte, Spielberg revendique l’idée d’un divertissement d’un autre temps, il refuse le cynisme contemporain et la fatalité. Sa formule magique, celle qui lui a permis d’initier toute une génération à la science-fiction, reste inchangée et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. On regrette tout de même que la critique sociale qu’il esquisse ne prenne jamais vie, que son envie de faire un film fédérateur l’empêche de trancher dans le lard. Spielberg préfère s’attarder sur la religion à travers le personnage d’Eve Hewson. C’est une manière pour lui de déplacer son récit loin des considérations politiques pour revenir à une vision spirituelle de l’inconnu et de l’autre.

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© Universal Pictures

Mais à une heure où la fiction rattrape la réalité, où le Metaverse est né (puis mort) et où des intelligences artificielles se revendiquent psychologues, assistants et confidentes, l’idée d’un futur meilleur est plutôt réconfortante. Dans un panorama dominé par les films et les séries profondément fatalistes, comme Don’t Look Up ou Black Mirror, Disclosure Day paraît être à contre-courant. Mais si le succès de Projet Dernière Chance, résolument tourné vers l’optimisme, nous apprend une chose : c’est que la science-fiction gavée de bons sentiments a encore sa place. Spielberg a toujours vu l’humanité comme le phare qui éclaire l’obscurité. Pourquoi changer maintenant ?

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Notre avis

À la science-fiction angoissante et fataliste, Steven Spielberg préfère l'optimisme à toute épreuve. Disclosure Day apparaît souvent à contre-courant, ne réussit pas toujours ses effets (surtout dans un deuxième acte plus faible) mais se sauve grâce à une conclusion émouvante. Le cœur de son cinéma reste l'émotion, il le prouve à nouveau grâce à son talent pour emmener le spectateur. Oui, on a pleuré...

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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